Sans la même prédisposition pour la gloire des armes et du pouvoir que son illustre homonyme Scipion l’Africain, mais affublé par ironie de l’auteur d’un prénom tout droit venu de la Rome antique, Scipione semble promis à la plus radicale inadaptation à vivre avec notre temps. Seul un jour, le nouveau roman de Marco Lodoli, a pour héros une figure de l’extrême indolence, qui n’a aucune hésitation à choisir entre la dureté des jours et la douceur des rêves.
«Dans un mois j’aurai 30 ans, je suis en retard sur presque tout.» Des coups insistants frappés à la porte de sa chambre tirent Scipione de son lit. Ses parents – un père petit tailleur, une mère au foyer – ne tiennent pas en place, car le jour qui commence est pour eux le couronnement d’une vie de sacrifices: leur fils doit soutenir sa thèse de doctorat sur Spinoza. La table du salon déborde de victuailles pour la petite réception à laquelle la famille est conviée des quatre coins de l’Italie. Avec un peu de chance et surtout une raccomandazione – le bon mot d’un ami ou d’un parent chuchoté dans la bonne oreille, accompagné peut-être d’une petite enveloppe –, un poste dans un ministère et un salaire convenable lui sont promis. De quoi mourir d’ennui, en somme.


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