Des chercheurs français se sont basés sur une cohorte d’adolescents pour déterminer que les jeunes enfants maltraités présentent des différences dans certaines régions du cerveau jouant un rôle dans les émotions et la mémoire. Or, ces différences nommées « cicatrices cérébrales » persisteraient jusqu’à l’adolescence.
La maltraitance infantile, un facteur d’altération du cerveau
Rappelons tout d’abord que la maltraitance infantile englobe toute forme de mauvais traitement, de violence, d’abus ou de négligence exercée sur un mineur de moins de 18 ans. Il peut donc s’agir de violence physique, de maltraitance psychologique (ou affective), de violences sexuelles et de négligence dite « lourde ». D’une manière générale, la maltraitance infantile représente un facteur de risque majeur de nombreux troubles psychiatriques, notamment la dépression et autres troubles du comportement.
En janvier 2026, une étude publiée dans la revue European Psychatry a permis de mieux comprendre les altérations durables de la maltraitance infantile sur le développement cérébral. Pilotés par l’unité de recherche Trajectoires Développementales et Psychiatrie (Inserm U1299), ces travaux se sont appuyés sur les données concernant 634 adolescents de 14 à 18 ans.
Comme l’explique un communiqué de l’Inserm, de précédentes études ont déjà permis d’associer la maltraitance infantile à des altérations structurelles du système limbique, que l’on associe au traitement des émotions, de la récompense et du stress. Néanmoins, les modifications de ces zones limbiques chez les adolescents sont encore très mal connues, puisque la plupart des études antérieures ont intégré des échantillons cliniques et sur un laps de temps limité.
Des altérations qui persistent dans le temps
Dans les faits, les scientifiques ont analysé le volume de matière grise des volontaires, ainsi que l’activité cérébrale au sein de leur système limbique, à l’aide de l’imagerie par résonance magnétique (IRM). Des questionnaires portant sur l’état de santé mentale des participants ont accompagné ces analyses.
Selon les résultats, la matière grise présentait un volume plus faible dans le système limbique chez les ados ayant subi des maltraitances au cours de l’enfance – en comparaison avec des ados n’ayant jamais eu ce genre d’expérience. Par ailleurs, les auteurs de l’étude n’ont observé aucune évolution du volume de matière grise durant les quatre années de suivi. Ceci signifie que les altérations – ou « cicatrices cérébrales » – ont persisté durant toute l’adolescence.
Parmi les ados de l’étude, ceux ayant subi des violences auparavant présentaient davantage de signes évoquant une dépression mais aussi, des risques plus importants de trouble de stress post-traumatique (TSPT). Citons également la présence de symptômes d’hyperactivité et d’inattention, des difficultés émotionnelles et comportementales et des problèmes relationnels.
Crédit : AndreaObzerova / iStock
Vers de meilleurs stratégies de prévention et d’accompagnement ?
Le fait est que la plupart des régions cérébrales évoquées dans l’étude ont auparavant déjà été associées à certains troubles psychiatriques comme la dépression, le TSPT et l’anhédonie (absence de plaisir). Or, les résultats de l’étude de l’Inserm ont tendance à renforcer l’hypothèse que les modifications cérébrales résultant de la maltraitance infantile ont de fortes chances de contribuer à accroître la vulnérabilité face à certains troubles psychiques.
L’étude, qui n’est autre que la plus vaste concernant les « cicatrices cérébrales », pourrait peut-être faire évoluer la psychologie. Selon les auteurs, les résultats soulignent la nécessité d’évaluer de nouvelles stratégies de prévention et d’accompagnement ciblées auprès d’adolescents à risque ayant été victimes de maltraitance. Il est ici question d’axer les efforts de prévention sur les jeunes présentant des signes avant-coureurs de risque pour leur santé mentale ou physique.


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