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Sécheresse : Marc-André Selosse raconte l’incroyable bataille qui se joue dans chaque gramme de terre

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Vous avez déjà ressenti cette quiétude qui diffuse en nous lorsque l'on marche pieds nus dans une forêt ou même dans un champ ou un jardin ? Faites l'expérience, vous verrez...

Un rythme cardiaque qui diminue, une respiration qui devient plus profonde. Au contact de la nature, notre cerveau s'apaise. Les neuroscientifiques en ont fait la démonstration. Et se retrouver pieds nus sur le sol, c'est une belle façon de renouer le contact avec cette nature qui nous fait tant de bien.

De nombreuses études montrent comment le contact physique avec la nature apaise. © Ornavi, Adobe Stock

Sous nos pieds, un océan de vie (presque) indestructible

Parce que le sol grouille littéralement de vie. « On y trouve entre la moitié et les trois quarts de la masse vivante des écosystèmes et entre 25 et 60 % de la diversité des espèces qui évoluent sur Terre », nous raconte Marc-André Selosse. Il est biologiste au Museum national d'histoire naturelle (MNHN) de Paris. Sa spécialité : les champignons. Notamment ceux qui se cachent dans la terre et échangent de bons procédés avec les plantes.

Des chercheurs de l’université du Michigan (États-Unis) sont allés voir à 500 mètres de profondeur. Ils y ont trouvé une diversité insoupçonnée de champignons. Et cela pourrait avoir des conséquences sur nos projets de stockage du carbone dans le sous-sol… © Tomasz Warszewski, Adobe Stock

La vie grouille à 500 mètres sous terre : le carbone enfoui est-il vraiment à l’abri ?

Et si la vie foisonnait là où on ne l’attendait pas ? Des chercheurs viennent de découvrir un monde insoupçonné. Champignons, tardigrades, vers… une véritable jungle souterraine qui bouleverse notre vision de la biosphère.... Lire la suite

« Le sol, c'est plus qu'une éponge. Dans chaque gramme de terre, il y a plusieurs dizaines de millions de bactéries et de microbes en tous genres. » Une biodiversité qui fait vivre les sols. Elle forme ces trous minuscules qui permettent à l'eau de s'infiltrer. Et les reforme lorsqu'ils se sont effondrés. Inlassablement. « Certains champignons, eux, convoient de l'azote et du phosphore vers les plantes qui en ont besoin en échange d'un peu de sucre. Mais ce qu'on imagine encore moins, c'est l'effet de cette biodiversité lorsqu'elle meurt. »

Champignons, bactéries : les ouvriers invisibles de la résilience

Cette matière organique morte qui reste dans le sol assure d'abord la stabilité du système. « Elle colle les particules minérales et empêche l'érosion. Elle ralentit ainsi aussi l'effondrement des trous dont nous parlions plus haut, favorisant la rétention de l'eau dans les sols. Plus encore, toute cette matière organique est comme du coton qui retient l'eau par elle-même. »

La matière organique est comme du coton qui retient l’eau.

Alors que se passe-t-il en période de sécheresse ?

« En réalité, le sol c'est le dernier compartiment à sécher parce qu'il est poreux et qu'il retient l'eau. Lorsque cela arrive malgré tout, un peu comme lorsque le sol gèle, il y a des morts par centaines de milliers. »

En quelques semaines, la carte des nappes phréatiques s'est largement teintée de rouge sous l'effet de la sécheresse et des fortes chaleurs. © XD, ChatGPT

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Des morts par centaines de milliers, mais c'est une tragédie ? Pas tout à fait. Parce que, souvenez-vous, dans chaque gramme de terre vivent des dizaines de millions de micro-organismes. Alors qu'à cela ne tiennent. Il en survit suffisamment pour que dès que l'eau revient, ils se multiplient et relancent la machine. « La résilience est basée sur le nombre. »

Bonne nouvelle, les sols ont donc la capacité naturelle de survivre à une période de sécheresse !

Sécheresse : quand le sol commence à lâcher

« Lorsqu'ils ne sont pas déjà fragilisés par l'utilisation de pesticides, par la pollution aux microplastiques ou par le labour. » C'est le premier bémol que souligne Marc-André Selosse. Et quand les périodes de sécheresse se multiplient ou deviennent interminables, les choses se compliquent un peu plus encore.

Mauvaise nouvelle en temps de réchauffement climatique qui intensifie ce type de phénomènes météorologiques extrêmes. « Depuis que je suis né, je n'ai jamais vu la Bretagne aussi sèche », nous confie le biologiste avant de nous reparler de ses petits protégés.

Le climat mondial a pris un virage radical depuis le début des années 2000. © piyaset, Adobe Stock

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« Dans les sols, il y a des microbes et des bactéries très étroitement dépendant des plantes, justement ceux dont les plantes sont très étroitement dépendantes. Mais il y a aussi tous ces petits champignons qui vont chercher dans la terre de l'azote et du phosphore pour les plantes. Ils troquent ces nutriments contre du sucre que les plantes produisent. Or, en condition de sécheresse, les plantes souffrent. Elles meurent. Ou au moins, elles perdent leurs feuilles et alimentent moins ces champignons - et autres micro-organismes - qui dépendent d'elles pour survivre. Là encore, le nombre fait la capacité de résilience, mais à force... »

Alors vous l'aurez compris, ce que la sécheresse fait réellement au sol, c'est abimer sa capacité à fournir aux plantes ce dont elles ont besoin pour se développer, ne pas dépérir : des nutriments et de l'eau. « Ce n'est pas irrémédiable parce que le sol est conçu pour survivre. Mais pas à un matraquage répété... »

Si le sol peut encaisser, il ne peut pas tout absorber. La vraie question est désormais de savoir comment nous pouvons l'aider. Dans le prochain épisode de cette série, nous verrons avec Marc-André Selosse ce que l'agriculture peut (vraiment) faire face à la sécheresse !

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