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Si la centrale nucléaire de Point Lepreau devait fermer subitement, Énergie Nouveau-Brunswick pourrait faire face à un large déficit de production d’énergie, avec à sa disposition très peu d’options pour combler les besoins des Néo-Brunswickois.
C'est ce scénario hypothétique que la société de la Couronne choisit de présenter à la Commission de l’énergie et des services publics pour justifier des réparations de 67 millions de dollars apportées l'année dernière à la centrale et la convaincre d’approuver ses dépenses.
Il faut dire que la centrale a connu de nombreux problèmes, produit plusieurs années en deçà des attentes et serait même l’une des causes principales des problèmes financiers d’Énergie NB, selon Duncan Hawthorne, l’un des experts engagés par Fredericton pour rédiger un rapport sur l’avenir de la société de la Couronne.
Perdre les services de la centrale, soit 715 mégawatts de sa production, entraînerait pour Énergie NB des déficits de capacité immédiats et importants, peut-on lire dans l’exposé de la demande de la société de la Couronne.
Les documents soumis à la commission comprennent un rapport du Brattle Group, une firme d’experts-conseils américaine, qui a réalisé une analyse de ce scénario hypothétique.

La centrale nucléaire de Point Lepreau. (Photo d'archives)
Photo : MARKHEMMINGS.COM
Dans celui-ci, la firme estime le déficit d’énergie pour 2028, 2029 et 2030 si la centrale nucléaire devait cesser toute production.
Les scénarios où la demande en électricité est moins élevée, qui supposent une électrification des transports modérés, une croissance modérée de la population et un hiver plus clément, présentent un manque à gagner d’environ 73 mégawatts pour 2030 et aucun pour les deux années précédentes.
Les scénarios selon lesquels la demande serait plus élevée présentent un manque à gagner qui dépasse les 1000 mégawatts, voire, jusqu’à 1574 mégawatts pour 2030.

Les experts Bruce Tsuchida et Jill Moraski devant la Commission de l'énergie et des services publics du Nouveau-Brunswick en février.
Photo : Commission de l'énergie et des services publics
Ces analyses démontrent clairement qu’Énergie NB ne peut assurer une fiabilité sans la centrale nucléaire de Point Lepreau de 715 mégawatts en activité, écrivent dans leur rapport en anglais les experts Bruce Tsushida, Jill Moraski et Tom Chapman.
Peu de solutions
Les experts de la firme, qui ont produit leur rapport à la demande d’Énergie NB, avancent qu’il existe à court terme bien peu d’options pour combler les manques à gagner.
À leurs yeux, les occasions d’achat sont limitées et il est difficile de croire que d'importants transferts au sein des Maritimes puissent voir le jour dans un avenir proche.
Selon eux, les énergies renouvelables ne sont pas assez fiables et les centrales à base de combustibles fossiles prennent trop de temps à se mettre en marche.

Le parc éolien Burchill à Saint-Jean se trouve à proximité de la centrale électrique d'Énergie NB de Coleson Cove. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Roger Cosman
Un déploiement plus large d’énergie nucléaire pourrait aider à combler le vide à leurs yeux, mais il est peu probable que ça se produise avant 2030.
Le rapport dit qu’Énergie NB doit travailler à une solution de rechange.
Jusqu’à ce moment-là, toutefois, la centrale nucléaire de Point Lepreau devrait assurer que les lumières restent allumées et que les buts climatiques demeurent atteignables, écrivent les trois experts.
Dans l’exposé de la demande, Énergie NB se permet de faire mention de son projet de centrale au gaz naturel de 400 mégawatts avec une entreprise américaine, qui nécessite entre autres, encore l’approbation de la Commission de l’énergie et des services publics. L'objectif, c’est qu’elle soit prête pour 2028.
Un risque minime, mais réaliste
C’est certain que Point Lepreau représente au-dessus de 30 % de la production énergétique d’Énergie NB donc c’est certain que ce serait catastrophique, reconnaît Alain Chiasson, intervenant public dans le secteur énergétique. Point Lepreau est la clef de voûte de tout le système.

Alain Chiasson est intervenant public dans le secteur énergétique. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Frédéric Cammarano
Je pense que le rapport du Brattle Group est une vision qui peut être réaliste. Si Point Lepreau ferme ses portes demain matin, je pense qu’ on va avoir de la misère à le remplacer à court terme, puis il y a peut-être pas de solution miracle, ajoute-t-il.
Sur la probabilité d'une telle fermeture, Alain Chiasson se montre plus prudent, évoquant un risque minime, mais réaliste compte tenu des ratés de la centrale.
Une réparation coûteuse
Ce qui pousse Énergie Nouveau-Brunswick à formuler cet argumentaire dans des documents soumis à la Commission de l’énergie et des services publics, c’est une réparation qu’elle doit faire approuver et qui a paralysé la centrale pendant plusieurs mois l’année dernière.
Du 14 juillet au 29 novembre, la centrale nucléaire a interrompu ses activités selon l'exposé de la demande. À l’origine du problème : des défauts de fabrication dans un matériau du générateur.

Le réacteur CANDU à la centrale nucléaire de Point Lepreau. (Photo d'archives)
Photo : Énergie NB
Quelques réparations plus tard, la société de la Couronne est toujours en discussion avec son assureur et la facture est importante : 67 millions de dollars.
Cela force donc Énergie NB à faire approuver ses dépenses par la commission. Tout projet de plus de 50 millions de dollars doit l’être selon la Loi sur l'électricité.
Pour ce qui est de l'intervenant public, Alain Chiasson choisit de réserver sa position sur la réparation.
Il estime qu’il est difficile de blâmer Énergie Nouveau-Brunswick d’avoir effectué ces travaux-là, mais il préfère attendre le rapport qu’il a commandé à un expert.

Des casques de protection à la centrale nucléaire de Point Lepreau. (Photo d'archives)
Photo : Brice McVicar
Une première audience au contenu très préliminaire a lieu mercredi. Les audiences qui vont explorer la question se dérouleront en juin.
Énergie NB n’a pas offert d’entrevue.


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