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« Toi, tu viens d’un pays de merde et tu veux nous dire comment faire. Hâtes que tu disparaisses, ça viendra. » Lu à haute voix par la porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, ce commentaire fait partie d’une dizaine d’autres dénoncés par les personnalités publiques féminines dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes.
La vidéo, qui fait presque 2 minutes, a été vue des centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux depuis sa publication dimanche. Des femmes, dont l’autrice Elizabeth Lemay qui s’est retrouvée au centre d’une tempête médiatique au début de l’année, lisent à tour de rôle des commentaires dégradants qu’elles ont reçu en ligne. La journaliste Laïma Abouraja Gérald, l’autrice India Desjardins et l’humoriste Kim Lévesque-Lizotte, ont aussi pris part à la vidéo.
En entrevue avec Le Devoir, Ruba Ghazal est claire. « Ce qu’il faut faire, c’est dénoncer ces commentaires-là. S’indigner, ne pas les banaliser. » Elle, et les autres personnalités publiques dans la vidéo, propose aux femmes d’utiliser le mot clic « OnSeTientDebouttes » pour dénoncer la misogynie en ligne.
« Comme personnalité publique, une femme qui prend la parole, ça fait partie malheureusement aujourd’hui de notre vie de recevoir ce genre de commentaires haineux qui seraient inacceptables dans la vraie vie », a-t-elle raconté.
Après avoir parlé des insultes dont elle était victime, Mme Ghazal a reçu de nombreux témoignages de femmes qui prennent la parole publiquement, parfois sur des enjeux polarisants, et qui ont peur de continuer en raison de cette vague de haine.
Esli Chan, chercheuse et candidate au doctorat à l’Université McGill, abonde dans le même sens. La dénonciation en ligne fait partie, selon elle, des solutions. « Si tu fais des commentaires publics, tu devrais avoir à prendre la responsabilité publique de ce que tu as dit », explique-t-elle. D’autant plus qu’en dénonçant ce type de commentaire, les autres femmes peuvent se sentir moins seules ».
Québec solidaire a déjà pris l’engagement de créer un service de première ligne pour freiner la cyberviolence et venir en aide aux victimes s’il forme le prochain gouvernement.
« En ce moment, le seul recours qui existe, c’est d’appeler le 911 ou d’aller au poste de police et ça, ça peut être intimidant. Les gens, des fois, ne veulent pas judiciariser ça, ce qu’ils veulent, c’est que le comportement de cyberintimidation cesse », a expliqué Mme Ghazal.
Stéphane Villeneuve, professeur à l’Université du Québec à Montréal et spécialiste des questions de cyberharcèlement et cyberviolence, croit aussi qu’il ne faut pas hésiter à dénoncer aux plateformes elles-mêmes les commentaires reçus, même si, personnellement, il n’a jamais réussi à faire enlever une publication qu’il jugeait haineuse. Il conseille aussi d’informer les forces de l’ordre face aux menaces et injures graves reçues sur les réseaux sociaux.
Un phénomène vieux comme l’Internet
« Surement qu’il avait des cyberviolences même au tout début de l’Internet », estime Stéphane Villeneuve. La violence en ligne n’est pas nouvelle, « c’est le reflet de ce qui se passe dans la société », pense-t-il, en précisant que les nouvelles technologies, et la main mise des algorithmes dans les plateformes en ligne, permet une plus grande portée de la violence de nos jours. « Avec les algorithmes, les contenus sensationnalistes apparaissent beaucoup plus dans les fils d’actualité des gens », raconte l’expert.
« On peut penser aux Deepfakes aussi », donne à titre d’exemple Esli Chan. Certains utilisateurs vont utiliser des outils d’intelligence artificielle générative pour créer des images falsifiées de femmes dénudées pour les dénigrer. Celles-ci peuvent rapidement être propagées en ligne, notamment grâce aux algorithmes qui favorisent les publications dites « sensationnalistes ».
« Dans mes recherches, on voit que les violences faites aux femmes en ligne sont souvent plus de nature sexuelle », explique pour sa part M. Villeneuve, en soulignant que ces violences sont souvent faites pour « faire taire les femmes ».
En 2019, Statistique Canada révélait qu’une femme sur cinq au Canada rapportait avoir été victime de harcèlement en ligne.
Avec La Presse canadienne


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