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Depuis vendredi, les portes d’entrée de la Minganie célèbrent un jalon important de leur histoire. La Municipalité et ses citoyens fêtent le centenaire de l’incorporation de Rivière-au-Tonnerre et le 175ᵉ anniversaire de la fondation du village de Sheldrake, le tout dans un esprit de collaboration et avec l’espoir de faire rayonner leur patrimoine.
En préparation depuis septembre dernier, cette célébration conjointe est le fruit d’une collaboration entre quatre organismes communautaires, soit le comité Histoire et Patrimoine de Rivière-au-Tonnerre, le comité des Loisirs et Culture de Rivière-au-Tonnerre, la Maison du Tonnerre et la fabrique de la paroisse Saint-Hippolyte-de-la-Rivière-au-Tonnerre.
La Municipalité a d’ailleurs accordé une aide financière de 13 000 $ à l’organisation pour soutenir les activités.

La salle communautaire de Rivière-au-Tonnerre aux couleurs de la fête.
Photo : gracieuseté
Des soirées musicales, une exposition historique, des dîners communautaires et des ateliers familiaux animeront les deux villages jusqu’à dimanche.
Pour Nathalie Cloutier, l’une des membres du comité organisateur, cet événement nécessite énormément de travail à l’avance, qu’il s’agisse de faire les recherches pour les expositions historiques ou de coordonner les différentes équipes.

Nathalie Cloutier est l’une des membres du comité organisateur.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
Malgré l’ampleur du travail, elle témoigne que ça en vaut la peine pour partager l’histoire locale avec les nouveaux venus.
Comme plusieurs petits villages de la Minganie, on a de plus en plus d’exode des jeunes. Et nos doyens, qui connaissent bien les histoires, on en a de moins en moins, remarque Nathalie Cloutier. Nos nouveaux arrivants ne la connaissent pas ou la connaissent peu. Donc, pour nous, c’est important d’aller chercher ces informations-là, puis de les transmettre, de les faire connaître.

Un concours de décoration de maison a également lieu en marge des festivités.
Photo : gracieuseté
De Jersey à la Gaspésie… jusqu’à Sheldrake
C’est en 1851 que Philippe-Gédéon Touzel, homme d’affaires originaire de l’île de Jersey, une dépendance de la Couronne britannique à 20 km des côtes françaises, s’installe en Minganie pour y fonder Sheldrake.

Des citoyens de la Minganie était attendus au thé d’après-midi dans la salle communautaire de Sheldrake. Le drapeau de Jersey y était affiché.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
C’est alors qu’il y ouvre la première usine de poisson locale. Dès 1853, il y développe l’un des plus importants établissements de pêche de la Côte-Nord du golfe du Saint-Laurent, axé principalement sur la pêche de la morue qu’on devait saler et sécher pour la conserver.
C’était tout un bonhomme ! C’était un gars d’affaires. C’était le premier et c’était vraiment la personne pour partir une compagnie, raconte Étienne Francis, auteur de nombreux livres axés sur l’histoire de la Minganie, et invité d’honneur des festivités.

Le littoral de Sheldrake, village fondé par Philippe-Gédéon Touzel. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
Il explique que les entreprises jersiaises, à leur arrivée en sol québécois, s'étaient installées d’abord en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, avant de découvrir que le poisson était plus abondant de l’autre côté du golfe.
L'abondance de morue attire rapidement d’autres géants de l’industrie jersiaise à Sheldrake, notamment les compagnies John, Collas & Elias ainsi que les Boutillier Brothers. À quelques kilomètres de là, Rivière-au-Tonnerre emboîte le pas dès 1853 en accueillant des familles venues de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine.
S’inspirer du passé pour aller de l’avant
Malgré des épreuves majeures, comme le grand incendie qui a complètement rasé le village à la fin du XIXe siècle ou l’isolement hivernal que les citoyens devaient briser en cométique (traîneau traditionnel inuit) pour obtenir des denrées essentielles, la communauté s’est bâtie dans l’adversité.
Pour le maire de la Municipalité, Benoit de Mulder, ce double anniversaire est bien plus qu’une simple commémoration, c’est aussi un point de repère pour l’avenir.

Benoit de Mulder, le maire de la Municipalité de Rivière-au-Tonnerre. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Nicolas Bougeard
Selon lui, la cohésion sociale a toujours été la clé de la survie des deux villages. À l’heure où la Minganie fait face à d’importants changements démographiques, le maire y voit le principal défi de son mandat.
Les gens se tiennent ensemble et c’est quelque chose, à mon avis, qui est le plus important à conserver. […] Je pense que le plus grand défi, c’est de pouvoir recréer avec les personnes qui viennent, qui arrivent, ce même esprit d’entraide, de solidarité qui a existé pendant des générations.


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