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La Municipalité rurale (MR) de Ritchot a conclu un protocole d’accord avec Carbon Lock Technologies Inc., une entreprise manitobaine pour la transformation de déchets organiques en matière réutilisable, notamment dans les secteurs de la construction et de l’agriculture.
Le protocole d’accord, officialisé le 6 mai, stipule que l'entreprise créera du biochar, un charbon riche en carbone obtenu par la combustion de déchets organiques provenant de la décharge Mid-Canada, située dans la municipalité.
Le maire de Ritchot, Chris Ewan, a expliqué lors d'une entrevue téléphonique mercredi que les objectifs principaux du projet sont de diminuer le volume de résidus enfouis et de valoriser ces matières à des fins pratiques.
Nous avons toujours cherché des moyens créatifs et innovants d'intégrer la technologie, ainsi que des solutions pour améliorer et préserver notre environnement du mieux possible, a-t-il déclaré, qualifiant l'initiative d'innovatrice.
Des retombées économiques potentielles
Le président et directeur général de Carbon Lock Technologies Inc., Kevin Danner, a indiqué vendredi que l’entreprise établie à Headingley vise à séquestrer le carbone de certaines variétés de déchets afin de générer des crédits carbone destinés à la vente.
De grands émetteurs industriels achètent ces crédits pour satisfaire leurs engagements ou respecter les restrictions liées à leurs émissions. Le biochar lui-même pourra également être commercialisé.
L’entreprise lancera une première phase d’essai en août, et en couvrira l'ensemble des coûts.
Il s’agira d’une occasion pour l’entreprise de prouver à la Municipalité que nous sommes capables de mener à bien ce projet, précise Kevin Danner.
Après cette phase initiale de 12 à 24 mois, Ritchot pourra négocier ou non une entente à long terme pour la construction d’une usine industrielle. Le maire a cité les anciennes plaques de plâtre et le vieux bois comme exemples de matières transformables en biochar, ajoutant que la décharge est idéale pour ce projet, puisqu'elle reçoit une grande quantité de résidus industriels.
Une technologie verte, selon l’entreprise
Selon Kevin Danner, les granulés de biochar n’émettent aucune mauvaise odeur, n’attirent pas les animaux et ne produisent pas de méthane.
C'est un moyen efficace de traiter les déchets organiques, et c'est une approche que d'autres collectivités ont déjà adoptée , soutient-il, précisant que la production de biochar se fait déjà à Regina et à Minneapolis. Le produit peut notamment être intégré à l’industrie du béton pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, ou être répandu dans les champs agricoles pour servir de filtre contre le ruissellement.
Inoka Amarakoon, professeure associée en sciences du sol à l’Université du Manitoba, a indiqué en entrevue vendredi que, bien que cette technologie demeure relativement méconnue en Amérique du Nord, elle gagne bel et bien en popularité comme solution au gaspillage.
La chercheuse apporte toutefois une nuance, soit que le biochar peut présenter un risque lorsque les matériaux recyclés proviennent de décharges et sont ensuite destinés à des terres agricoles. Bien que la probabilité soit faible, elle précise que certaines particules, telles que les dioxines ou les produits chimiques fluorés, pourraient contaminer les produits agricoles.
Kevin Danner a reconnu ce risque, mais assure que son entreprise prend les mesures nécessaires pour l’éviter.
Si vous prenez du bois contaminé par de l'arsenic pour le transformer en biochar et que vous souhaitez ensuite l'utiliser pour cultiver des aliments, cela soulèverait évidemment des inquiétudes, admet-il. Il précise donc que, pour le secteur agricole, l'entreprise utilise des matières ciblées, comme des roseaux ou du chanvre.
Graham Sceviour-Fraehlich


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