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Cyberviolence chez les jeunes : la stratégie de l’Î.-P.-É. sous la loupe des élus

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Des représentants du gouvernement et du milieu scolaire se sont réunis devant le comité législatif sur l'éducation de l'Île-du-Prince-Édouard pour présenter la toute nouvelle Stratégie provinciale de prévention de la cyberviolence chez les jeunes.

La cyberviolence chez les jeunes préoccupe plus que jamais les autorités éducatives et gouvernementales. Face aux députés, Kelly Morris, responsable des politiques et de la planification de la Direction des écoles publiques de langue anglaise, s’est inquiétée de la vitesse fulgurante à laquelle évolue les nouvelles technologies.

Il y a de nouveaux moyens d'accéder aux enfants et de leur causer du tort par la violence et le harcèlement en ligne.

Les derniers sondages Compass indiquent une légère baisse du nombre d'incidents, mais la réalité sur le terrain révèle une dynamique plus sombre.

Les cas de harcèlement en ligne sont désormais nettement plus graves, complexes et isolants pour les victimes, a rapporté Craig Clark, responsable de la santé mentale au sein de la Direction des écoles publiques de langue anglaise.

Du leurre au sextos-harcèlement en passant par la falsification d'images par l'intelligence artificielle, les formes d'agression dépassent désormais le cadre traditionnel de la cour de récréation.

Une stratégie coécrite avec les jeunes

Lancée en juin 2026 après deux ans de consultations, la nouvelle Stratégie provinciale de prévention de la cyberviolence fixe une feuille de route sur cinq ans. Elle est structurée autour de six piliers et 29 recommandations.

L'une des pierres angulaires du plan repose sur la participation directe des jeunes. Lors de l’élaboration, ils ont été abondamment consultés afin que les mesures proposées répondent fidèlement à leur réalité.

Les jeunes ont vraiment apprécié d'avoir une voix dans la stratégie, que les décisions à propos d'eux ne soient pas prises sans eux, souligne Jaclyn Reid, directrice de l'éducation et des programmes en français au ministère de l'Éducation et de la Petite Enfance.

Priorités de la Stratégie de prévention de la cyberviolence

  • Une éducation à la littératie numérique dès le primaire pour adopter très tôt des habitudes responsables ;
  • Des outils pratiques et des formations pour aider les adultes (enseignants, parents, entraîneurs) à repérer les signes d'escalade ;
  • Des mécanismes de signalement renforcés et sécurisés ;
  • Une approche axée sur la prise de conscience plutôt que sur la seule punition.

Au ministère de l'Éducation, la prévention s'inscrit déjà au cœur des salles de classe, comme l’explique Jaclyn Reid.

C'est vraiment important de commencer la sensibilisation quant au cyberharcèlement le plus tôt possible.

Besoin de collecter des données

Dans les écoles de la Commission scolaire de langue française (CSLF), la sécurité numérique ne fait pas l'objet d'un cours isolé.

C'est intégré à travers différentes matières de la maternelle jusqu'à la 12e année. Nous essayons de développer la citoyenneté numérique, précise Jaclyn Reid.

Pour agir efficacement, encore faut-il disposer de données fiables. La CSLF s'apprête donc à lancer un programme pilote de collecte de données dans deux de ses six écoles pour répertorier de manière détaillée les incidents de violence en ligne.

En enregistrant la nature des faits, ce système permettra de dégager des tendances claires pour adapter l'aide apportée aux élèves, affirme Éric Morency, directeur des communications et des affaires publiques à la CSLF .

Éric Morency de la CSLF

« Les objectifs, c'est de nous aider à faire de la prévention, puis intervenir à la bonne place », explique Éric Morency de la CSLF à propos du projet pilote de collecte de données.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Mais l'action des écoles ne suffit pas. Pour Éric Morency, la clé réside dans la mobilisation générale.

Ça passe par l'implication de tout le monde. L'école a son rôle à jouer, les familles [aussi]. La cyberviolence va souvent se passer à l'extérieur de la classe, mais l'impact revient à l'école.

Le responsable souligne d'ailleurs la grande inquiétude des familles : Mais tout le monde est occupé, donc il faut trouver la bonne façon d'aller chercher le monde pour qu'on travaille dans un but commun.

Impliquer les parents

Face à un paysage technologique qui échappe parfois au contrôle des adultes, les députés ont exprimé leurs préoccupations jeudi devant le comité législatif à Charlottetown.

Interrogés sur la place de l'intelligence artificielle générative dans les écoles, les responsables du gouvernement et des commissions scolaires ont précisé que son usage reste à la discrétion de l'enseignant. Seul l'outil Google Gemini (via des comptes gérés sous protection renforcée) est autorisé à ce jour dans la province.

Kelly Morris, de la Direction des écoles publiques de langue anglaise, a rappelé que le futur code de conduite ciblerait spécifiquement la mauvaise utilisation des technologies, incluant l'intelligence artificielle.

La CSLF prépare également la mise en place d'un nouveau code de conduite encadrant l'utilisation des technologies pour la rentrée prochaine.

Jaclyn Reid

« Nous voulons continuer à éduquer les élèves, les parents, les éducateurs, les communautés autour d'une utilisation éthique et responsable des nouvelles technologies », assure Jaclyn Reid du ministère de l'Éducation.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Les députés ont également souligné le défi d'informer les parents qui ne se déplacent pas aux réunions scolaires.

Danielle Gillan, chargée de projet de la stratégie provinciale, a répondu que la sensibilisation passerait par plusieurs canaux de diffusion – réseaux sociaux, organismes communautaires, bulletins – pour amener l'information directement dans le quotidien des familles.

Kelly Morris a de son côté souligné la nécessité de former les élèves témoins de cyberviolence. Nous avons tellement de cas où des jeunes savaient mais n'ont rien dit par peur qu'on leur en veuille. Il faut créer un climat de confiance pour qu'ils se sentent responsables d'alerter les adultes, a-t-elle insisté.

Évaluation continue

Préoccupés par l'efficacité de la stratégie provinciale, les députés ont enfin interrogé les responsables sur la façon dont les progrès seront évalués.

Danielle Gillan a assuré que l'évaluation du plan quinquennal se ferait régulièrement. Des points de référence permettront d'ajuster les interventions en temps réel selon l'évolution des comportements des jeunes et des technologies.

Craig Clark, de la Direction des écoles publiques de langue anglaise, a voulu conclure sur une note d’espoir. Selon lui, la technologie n'est pas à bannir, mais à apprivoiser. Le responsable a insisté sur l'importance de maintenir des connexions humaines et d'apprendre aux jeunes à naviguer en sécurité dans cet univers.

Le monde virtuel a des côtés négatifs, mais c'est aussi l'évolution de la façon dont les élèves communiquent entre eux, donc rejeter tout cela n'est pas réaliste, a-t-il dit.

Les comités de mise en œuvre de la nouvelle stratégie, réunissant ministères et commissions scolaires, amorcent leurs travaux dès cette semaine. Et tous les acteurs s'accordent sur un point : la lutte contre la cyberviolence ne pourra réussir sans une alliance étroite entre l'école, la maison et la communauté.

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