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Après avoir bousculé les banques, Revolut vient désormais essayer la monnaie numérique de leur surveillant.
Revolut n’a pas été réquisitionnée à l’aube par une brigade de fonctionnaires européens. La fintech a candidaté, comme plus de 50 autres prestataires, et la Banque centrale européenne en a retenu 36. Le groupe BPCE, Deutsche Bank, UniCredit, Stripe, Adyen ou encore SumUp figurent également sur la liste. La rébellion a ses limites : un accès au marché bancaire européen reste plus pratique avec les tampons de ceux que l’on critiquait hier.
Revolut has been granted a French banking licence.
This marks a major milestone in our European journey.
Our French bank will serve customers across Western Europe — part of a Revolut network of almost 60 million customers across Europe, making us one of the continent’s largest…
— Revolut (@Revolut) August 10, 2026
Revolut testera l’euro numérique pendant douze mois
Le pilote doit commencer au second semestre 2027 et durer un an. Il utilisera une version expérimentale de l’euro numérique, proche du dispositif envisagé, mais sans cours légal. Les essais auront lieu auprès de la BCE et de 19 banques centrales nationales, dont la Banque de France.
Au programme : paiements entre particuliers, achats en magasin et commerce en ligne, avec ou sans connexion. Les utilisateurs ne seront pas les millions de clients de Revolut, mais des salariés de l’Eurosystème et un cercle limité de commerçants. Pour le public, rien ne change donc dans l’immédiat.
Un porte-parole de Revolut a confirmé la participation auprès de Frandroid : « Grâce à une infrastructure bancaire unifiée opérant dans les 27 États membres de l’Union européenne, nous sommes heureux de soutenir la BCE et les banques centrales nationales dans les tests de ce dispositif. » Autrement dit, Revolut apporte ses tuyaux et gagne une place au premier rang pour observer la plomberie monétaire de demain.
Une monnaie « souveraine » et parfaitement administrée
La BCE présente l’euro numérique comme un complément aux billets et aux pièces. Il devrait permettre de payer en ligne ou hors ligne tout en réduisant la dépendance européenne à Visa et Mastercard. La formule officielle promet donc davantage de souveraineté, ce mot magique qui transforme une infrastructure centralisée en geste d’émancipation.
Le projet n’est pourtant pas adopté. Son cadre légal reste en négociation et une éventuelle émission est visée vers 2029. La BCE promet un niveau élevé de confidentialité et assure que l’euro numérique ne remplacera pas les espèces. Mais regardons surtout l’architecture : une monnaie électronique gérée par l’Eurosystème, distribuée par des intermédiaires agréés et soumise à des règles modifiables. La confiance reposera donc moins sur un billet dans la poche que sur la durée de vie des garanties politiques.
De la fintech pressée à la banque bien installée
Le rapprochement est savoureux. Nik Storonsky, cofondateur et directeur général de Revolut, comparait ses équipes à des « missiles autoguidés », libres de lancer rapidement de nouveaux produits. En 2025, la BCE a justement freiné certains lancements européens, après avoir relevé des insuffisances dans les procédures de risque, de conformité et d’approbation.
Depuis, le missile a appris à présenter ses papiers. Le 10 août 2026, Revolut a reçu une licence bancaire complète en France, accordée par l’ACPR et la BCE. Cette nouvelle structure doit servir progressivement la France, puis plusieurs grands marchés d’Europe occidentale.
Il ne s’agit donc ni d’un scandale ni d’une capitulation imposée. Revolut fait un calcul simple : participer au pilote permet de préparer ses systèmes, d’influencer les détails techniques et de rester dans la course si l’euro numérique voit le jour. La fintech n’est pas devenue amoureuse de la bureaucratie. Elle a seulement compris qu’en Europe, pour bousculer la table, il faut d’abord demander à Bruxelles où poser sa chaise.


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