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En vacances près du Cap Ferret, une Dijonnaise de 44 ans a dû fuir son camping en pleine nuit face aux flammes. Elle raconte ces heures irréelles et l'évacuation d'urgence.
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Par Emma Ressegaire Publié le 28 juil. 2026 à 10h20
Comme chaque été depuis son enfance, Amandine, 44 ans, avait retrouvé sa famille au camping du Grand Crohot, sur la commune de Lège-Cap-Ferret (Gironde). Un lieu où elle possède sa caravane, chargé de souvenirs et auquel elle est profondément attachée.
« Il y a une âme dans ce lieu, inexplicable », nous confie cette habitante de Dijon avant de poursuivre : « Au-delà du camping, nous avons un attachement viscéral au bassin d’Arcachon. Là-bas, nous nous sentons chez nous. Depuis plusieurs années, nous avons même le projet de nous y installer. »
Mais les vacances ont brutalement basculé.
Un ciel bleu puis un immense nuage de fumée
Mercredi 22 juillet après-midi, alors qu’elle profite de la piscine avec sa sœur, Amandine apprend qu’un départ de feu s’est déclaré à Saumos (commune située à 1h10 en voiture de Lège-Cap-Ferret). « Nous sommes quand même parties au Cap Ferret, mais en demandant à tout le monde de rester vigilant et de garder son téléphone sur soi », continue-t-elle.
Sur le chemin du retour, le paysage change. « Il y avait un contraste très fort entre le ciel bleu du Bassin et cet immense nuage de fumée. L’odeur a commencé à se faire sentir », se remémore la Dijonnaise.
Le soir, une quinzaine de proches se retrouvent autour d’un repas, comme ils le font chaque année. « J’étais absente. Je passais mon temps à retourner dans la caravane pour suivre l’évolution de l’incendie, à l’abri du regard de tous », explique-t-elle.
Des cendres commencent déjà à tomber.
« Je savais que nous serions évacués »
Vers 23h30, la Dijonnaise décide d’alerter son frère et sa sœur : « Je suis allée les voir avec les clés de voiture à la main pour leur demander de préparer quelques affaires et de partir par précaution. »
Ce n’est pas le feu qui l’inquiète mais les fumées : « À ce moment-là, il pleuvait des cendres. Je savais que nous serions évacués, je le sentais. Je voulais simplement éviter d’être pris au dépourvu. »
Autour d’elle, personne n’imagine pourtant que les flammes pourraient atteindre le camping. « Tout le monde me disait qu’il ne fallait pas céder à la panique. Personne, absolument personne, n’envisageait que c’était le feu lui-même qui nous menaçait », insiste-t-elle.
Par précaution, chacun prépare tout de même un sac avec quelques vêtements, de l’eau, des biscuits et des affaires de toilette.
Réveillés en pleine nuit
À 1h30 du matin, l’évacuation est confirmée. « C’est mon neveu qui est venu frapper à nos portes pour nous prévenir que nous devions partir », se souvient la quadragénaire.
En quittant le camping, les images resteront gravées à tout jamais.
« Le ciel était rouge. Les gyrophares bleus des véhicules de secours contrastaient avec les colonnes de fumée. En sens inverse, un impressionnant convoi de pompiers arrivait. On entendait aussi les hélicoptères tourner. »
En l’espace d’une heure, près de 2 000 vacanciers du Grand Crohot, ainsi que ceux des deux campings voisins, sont évacués sous escorte de la gendarmerie.
« Je m’appelle Amandine et je suis en vie »
Les vacanciers sont dirigés vers la salle des fêtes de Marcheprime. C’est là qu’un moment marque profondément la Dijonnaise : « Le recensement. Arriver et devoir décliner son identité… C’est une démarche très particulière. À cet instant, on est littéralement en train de dire : je m’appelle Amandine et je suis en vie ».
Elle réalise alors le danger auquel ils viennent d’échapper : « C’est aussi à ce moment-là qu’on prend pleinement conscience de ce qui aurait pu arriver sans l’intervention des gendarmes. »
Sur place, elle souligne l’immense solidarité rencontrée. « Nous avons été littéralement portés par le maire, les élus, les bénévoles, les commerçants et les habitants. Leur bienveillance a été incroyable. »
« Nous pensions revenir dès le lendemain »
Avant de quitter le camping, Amandine n’emporte que le strict nécessaire. « Un change, le nécessaire de toilette, nos téléphones, de l’eau… et mon oreiller que j’ai depuis mon enfance. J’en avais besoin émotionnellement », énumère la Dijonnaise.
Comme tous les autres vacanciers, elle est persuadée que l’évacuation ne durera que quelques heures : « Nous pensions revenir le lendemain ou le surlendemain et retrouver tout comme nous l’avions laissé. »
Mais les nouvelles tombent rapidement : le camping est touché par les flammes. La Dijonnaise a laissé sur place l’intégralité de ses affaires : sa caravane, son mobilier, ses appareils électroménagers, ses vélos, un drone, une tablette, ses vêtements, bijoux et effets personnels. « Même si la caravane a été épargnée, la chaleur a dû être telle que tout sera probablement bon à jeter », regrette-t-elle.
« Tout tourne en boucle dans ma tête »
De retour à Dijon, le choc est toujours présent. « Je me sens vide, déboussolée. Tout tourne en boucle dans ma tête », explique Amandine. Chaque objet qui lui manque lui rappelle les circonstances de son départ précipité : « Ce n’est pas le matériel qui compte. Ce qui me revient sans cesse, c’est pourquoi je ne l’ai plus. »
Malgré tout, elle tient à relativiser : « Notre situation n’est rien comparée à celle des personnes qui ont perdu leur maison ou leur commune. Nous avons vécu une épreuve, mais nous avons surtout été protégés et soutenus par une chaîne humaine incroyable. »
Aujourd’hui, elle souhaite adresser un message de reconnaissance aux secours.
« Si aucune victime n'est à déplorer, c'est grâce au travail exceptionnel des pompiers, des gendarmes, des militaires, des policiers et de toutes les personnes mobilisées. Il faut leur faire confiance, respecter les consignes et faciliter leur intervention. »
Enfin, elle appelle chacun à davantage de vigilance : « Certains gestes irresponsables ne devraient plus exister aujourd’hui. Ce ne sont pas seulement des paysages qui disparaissent : ce sont des vies bouleversées, une faune et une flore dévastées, et des femmes et des hommes qui risquent leur vie pour en sauver d’autres. Il est temps qu’une véritable prise de conscience collective ait lieu. »
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