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Réinventer les Fêtes loin de ses proches

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Les fêtes de fin d’année évoquent spontanément les grandes tablées, les retrouvailles familiales et les rituels bien ancrés. Mais pour beaucoup, dont plusieurs nouveaux Québécois, Noël et le Nouvel An prennent un tout autre visage : celui de la distance, de la rupture et, parfois, de la solitude.

Entre les billets d’avion hors de prix, les vacances limitées et les démarches d’immigration parfois coûteuses, « rentrer au pays » pour les Fêtes peut être compliqué.

Angelica Aranda est Mexicaine et vit au Québec depuis deux ans. Bien qu’elle soit très proche de sa famille, elle s’apprête à passer un deuxième Noël consécutif loin d’eux. La raison est avant tout financière : entre les frais liés à ses démarches d’immigration, les cours de français et le coût de la vie, voyager est devenu « un privilège et, malheureusement, ce n’est pas la priorité », regrette-t-elle. Sa voix se brise : « Ma famille me manque beaucoup. […] C’est très dur. »

Les Fêtes occupent une place centrale dans sa vie : « C’est vraiment important, parce que c’est religieux et aussi parce que c’est très familial. »

Même constat pour Oriane Guérin, une Française installée à Montréal depuis un an et demi. Elle aussi passera les Fêtes loin de sa famille, une décision dictée à la fois par son budget et par son calendrier de vacances trop serré. « C’est difficile d’avoir des vacances, j’ai seulement deux semaines par an », dit-elle. Et quand l’occasion de prendre des vacances arrive, un autre problème se présente : son mari est Colombien. Son couple « jongle donc un peu entre les deux pays ». « On fait des choix, on ne peut pas tout avoir », estime-t-elle.

Laisser derrière

À l’éloignement s’ajoute un autre renoncement : celui des traditions culturelles et familiales.

Au Mexique, le temps des Fêtes est rythmé par de nombreux rituels religieux. Parmi ceux-ci, Mme Aranda cite notamment le rituel qui consiste à aller à l’église le 24 décembre pour bercer le bébé Jésus avant de le déposer sur l’autel. Aussi, au Nouvel An, au Mexique comme dans d’autres pays d’Amérique latine, la tradition veut que l’on mange un raisin à chaque coup de minuit, un pour chaque mois de l’année à venir.

« L’année dernière, on a passé Noël avec [la] famille [de mon mari], c’est très gentil, mais c’est vraiment différent », confie-t-elle avec beaucoup d’émotion. Dans sa famille, au Mexique, « tout le monde parlait, tout le monde dansait, même la musique est différente, il y a des feux d’artifice, et tout le monde est croyant ».

Mme Guérin avait aussi quelques rituels des Fêtes en France. « On a toujours fait Noël chez ma grand-mère paternelle, avec toute la famille du côté de mon père. On se réunit toujours le 24 au soir, ça a toujours été ça, la tradition. » Le rituel demeure, mais elle doit maintenant y assister à distance. « Je suis la personne manquante », regrette-t-elle.

Si elle reconnaît avoir choisi de traverser l’Atlantique de son propre chef, elle admet qu’« on ne se rend pas compte à quel point ça peut nous manquer quand on part vivre à l’étranger », confie-t-elle.

Nouvelles traditions

Pour Laura Ben, Française qui vit à Montréal depuis presque 10 ans, ce qui lui manque le plus, c’est la gastronomie française. « On a du mal à retrouver les mêmes saveurs ici », admet-elle avec nostalgie.

Pour contrer la solitude, Mme Ben organise régulièrement sur Facebook des événements, comme des 5 à 7, pour rassembler des gens qui souhaitent briser l’isolement. « Ça crée vraiment de chouettes connexions. Il y en a même qui ont trouvé l’âme sœur ; d’autres se sont retrouvés en France », raconte-t-elle.

Pendant les Fêtes, elle rassemble des personnes qui, justement, sont loin de leurs proches et souhaitent avoir de la compagnie. « C’est important de ne pas être seul […], surtout ceux qui viennent d’arriver, souligne-t-elle. Tout le monde est le bienvenu. »

Au moment de parler au Devoir, Mme Ben avait déjà rassemblé une dizaine de personnes en vue de l’événement qu’elle devait tenir le 25 décembre.

De son côté, Mme Aranda a souligné avec son mari « des festivités [mexicaines] de toute l’année », comme le Jour des morts (« Día de los Muertos »), une fête traditionnelle qui célèbre la vie et la mémoire des défunts. Pour le réveillon de Noël, elle tenait aussi absolument à avoir un sapin de Noël. « C’est important que mon mari comprenne mes traditions aussi », dit-elle. Et pour le Nouvel An, ils entretiendront la tradition des douze raisins. Mais l’absence de ses proches reste douloureuse. « J’aimerais qu’ils voient les décorations que j’ai faites et partager avec eux ma vie ici », confie-t-elle, les larmes aux yeux.

Mme Guérin adopte une démarche similaire avec son mari colombien. À Noël, pour le repas, ils essaient « de mélanger les traditions françaises et colombiennes ». « En Colombie, ils ont des plats qu’ils font seulement à Noël. Donc, nous, on les recrée ici », précise-t-elle. C’est un nouveau rituel « assez simple », dit-elle, mais « qui [leur] permet quand même de passer les Fêtes ».

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