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Par Antoine Sauvetre Publié le 5 juin 2026 à 6h08
Il a fait chaud, très chaud, trop chaud même.
Avec un pic à près de 33 °C à l’ombre mardi 26 mai 2026, on n’a jamais autant suffoqué si tôt dans l’année dans la région d’Alençon (Orne), comme dans une grande partie de la France.
Localement, le précédent record pour un mois de mai était de 31 °C. Et c’était en 1953 !
Avec le réchauffement climatique, les scientifiques sont formels : de telles vagues de chaleur seront plus fréquentes, plus précoces et plus intenses.
Dans ces conditions, les villes doivent se préparer à transpirer de plus en plus, et de plus en plus souvent. Pour limiter les effets des canicules sur le confort thermique et la santé publique, elles doivent se métamorphoser. Et dès aujourd’hui.
Un renouvellement « indispensable »
La solution la plus responsable tient en une expression désormais répandue : « les îlots de fraîcheur ».
Autrement dit, des zones urbaines qui offrent des températures plus fraîches et participent au rafraîchissement global de la ville : les parcs, les jardins, les allées d’arbres, les rivières…
Ils s’opposent et limitent les effets « bouillottes » des îlots de chaleur particulièrement présents en zone urbaine : « les bâtiments, les routes, les trottoirs, dont les matériaux à forte inertie thermique comme la pierre, le béton, le goudron, le métal emmagasinent la chaleur et la restitue, empêchant notamment les rafraîchissements nocturnes », résume Nicolas Blanchard.
Ce docteur en géographie né à Alençon a récemment réalisé une étude à ce sujet sur sa ville d’origine.
Une « base de travail » sur laquelle s’appuyer pour réfléchir aux aménagements urbains de demain. Dans ses conclusions, il estime que « le renouvellement, l’accroissement et la diversification du patrimoine arboré d’Alençon apparaissent indispensables ».
La fraîcheur, un argument pour l’attractivité de demain

Car selon lui, la couverture végétale de la ville est insuffisante, ou du moins pas assez efficace, pour faire face à ces vagues de chaleur amenées à se répéter.
Sans adaptation progressive de l’aménagement urbain, les choix opérés ces dernières décennies pourraient faire d’Alençon une ville plus chaude et plus inconfortable.
Ce qui serait une véritable épine dans le pied pour la ville préfecture de l’Orne « à l’heure où la question de l’attractivité d’Alençon est sans cesse à l’ordre du jour ».
Il en appelle donc à une transformation progressive de l’aménagement urbain et « l’objectif ne se limite pas à maintenir l’existant, mais bien à augmenter la couverture végétale et à améliorer sa structure verticale », alors que « plusieurs travaux ont mis en évidence que la végétation arborée permettait localement de réduire la température de l’air de 0,5 à 9 °C et de 20 °C celle des surfaces ».
La végétation couvre 15 % de la superficie d’Alençon

Pour analyser le microclimat d’Alençon et surtout ses capacités à faire face à de tels pics de chaleur, le géographe s’est donc appuyé sur deux éléments existants, qu’il reconnaît comme « insuffisants » mais « qui ne trompent pas » : le bâti et la végétation.
À partir de différentes données, il a pu calculer « le taux de recouvrement du bâti et de la végétation sur l’ensemble du territoire communal », mais surtout la hauteur de cette végétation, facteur clé pour apporter de la fraîcheur.
Et c’est là que le bât blesse à Alençon, où les arbres et les haies occupent 160 ha, soit 15 % de la surface totale de la ville. Presque autant que le bâti (170 ha).
Les arbres d’Alençon manquent de hauteur

Nicolas Blanchard a recensé environ 65 000 arbres et arbustes, lieux publics et privés confondus, « ce qui n’est pas mal pour une ville de cette superficie » (un peu plus de 1 000 ha).
Mais la végétation alençonnaise n’est pas du genre à prendre de la hauteur : 49 % du couvert végétal n’excède pas les 5 mètres de haut.
« Quelques sujets isolés atteignent près de 40 mètres, mais ils restent exceptionnels, et totalement lissés dans la moyenne des hauteurs, située entre 4 et 8 mètres », relève le docteur en géographie.
L’ombrage fait défaut
Conséquence : à Alençon, l’indice de canopée, « c’est-à-dire la surface totale occupée par le feuillage favorisant l’ombrage », qui constitue « un enjeu central dans la lutte contre les îlots de chaleur », se situe « probablement autour de 10 % ».
Un pourcentage « insuffisant » et bien inférieur au chiffre généralement recommandé, entre 20 % et 30 %, pour améliorer significativement le confort thermique urbain.
Quels secteurs géographiques sont les plus exposés ?
Certains secteurs risquent d’être particulièrement exposés.
« Le déficit est particulièrement marqué dans le cœur de ville ou le quartier de Perseigne, où la densité de végétation peut descendre en dessous de 50 arbres à l’hectare », remarque Nicolas Blanchard, qui a confectionné plusieurs cartes à l’aide des données recueillies.
« La faible couverture arborée est également visible dans les zones industrielles, artisanales et commerciales de la commune, où la forte densité bâtie s’accompagne d’une quasi-absence de végétation structurante. Dans ces espaces, la place laissée aux arbres reste très limitée, ce qui renforce les phénomènes de surchauffe des surfaces minérales. »
Où fait-il le plus frais ?
Avec une analyse plus fine, le trentenaire qui a validé sa thèse en 2024, a également identifié les bons et les mauvais élèves.
Dans la première catégorie ? Le Parc des Promenades et certains de ses arbres centenaires, mais aussi la place du Plénitre, « où les arbres relativement hauts ont été conservés », et… le parc de la préfecture, qui a cependant la particularité de ne pas être ouvert au public et avec peu d’habitations à proximité immédiate.
Une zone plutôt bien dotée néanmoins avec, non loin de là, le parc de Cerisey et le parc Joubert.
Des places ont été dévégétalisées depuis 2010
Dans la seconde catégorie, Nicolas Blanchard cite la place La Magdeleine, « pourtant place de marché en plein cœur de ville, mais entièrement pavée ».
La place à l’Avoine et surtout la place du Point-du-Jour ont, elles, des circonstances aggravantes : elles ont récemment été dévégétalisées.
« La Place à l’Avoine comptait encore 10 arbres en 2010 avant une reconfiguration fortement minéralisée. Aujourd’hui, seuls trois arbustes (quatre en réalité, N.D.L.R.) subsistent, sans aucun effet d’ombrage et un ancrage au sol tenu à sa plus simple expression. »

Le constat est plus dramatique encore sur la place du Point-du-Jour. « Elle accueillait environ 90 arbres en 2010, contre seulement 11 aujourd’hui… »

Nicolas Blanchard regrette donc que « sur ces 20 dernières années, les décisions politiques en matière d’urbanisme ont contribué à réduire drastiquement par endroits la présence d’arbres et, par conséquent, à accentuer les effets du réchauffement climatique. »
Adapter et varier les essences

Si les allées d’arbres, comme celle de la rue de Bretagne, sont, selon celui qui est par ailleurs chargé de mission pour le parc naturel régional du Morvan, des exemples à suivre, elles font néanmoins l’objet d’un bémol.
À Alençon, comme dans beaucoup de villes françaises, les alignements d’arbres reposent souvent sur une seule essence et une même classe d’âge. Or, cette homogénéité représente une vulnérabilité importante.
« Lorsqu’une espèce est touchée par une maladie, un champignon, un parasite, ou dépérit en raison des sécheresses à répétition, c’est parfois l’ensemble d’un alignement qu’il faut remplacer », explique-t-il. « Il faut ensuite attendre une vingtaine d’années pour espérer retrouver un ombrage efficace. »
Dans les aménagements futurs, il faudra donc adapter au changement climatique les essences choisies. « De nombreuses espèces traditionnellement utilisées en milieu urbain et plutôt efficaces pour l’ombrage qu’elles procurent, comme le platane, sont aujourd’hui fragilisées par les fortes chaleurs. »
La place Foch doit passer sur le billard

La place Foch devrait être la prochaine à faire l’objet d’un aménagement.
L’ancienne équipe municipale avait promis la plantation de 34 arbres, tandis que la nouvelle maire Sophie Douvry s’est, elle, engagée à « lancer un grand plan de végétalisation d’Alençon » en développant des îlots de fraîcheur et en « renaturant certains espaces urbains » pour « permettre d’adapter la ville au réchauffement climatique tout en améliorant le cadre de vie ». Reste à savoir où, comment et à quel prix.
Contacté à ce sujet, le cabinet de la maire n’a, pour l’heure, pas répondu à nos sollicitations.
Selon une étude de l’Insee avec Météo France, la température estivale moyenne à Alençon pourrait augmenter de + 2,3 °C d’ici 2050 par rapport à la période 1976-2005, passant de 17,8 °C à 20,1 °C.
Pour lire l’étude complète de Nicolas Blanchard, rendez-vous ici.
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