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Bien que les résultats officiels ne soient pas encore proclamés, une majorité d’Albertains s’est prononcée en faveur du « oui » aux questions référendaires sur l’immigration, un signal qui suscite de vives inquiétudes, chez les organismes de terrain et les communautés d’immigrants, quant à leur avenir dans la province.
L'approbation de ces propositions visant un contrôle provincial (nouvelle fenêtre) (en anglais) accru sur les permis de travail et l'accès aux services publics laisse un goût amer aux minorités et nouveaux arrivants.
Pour plusieurs représentants communautaires, ce vote risque de fragiliser le sentiment d'appartenance des immigrants, tout en alimentant des tensions sociales.
Les boucs émissaires
Au Centre d'accueil pour les nouveaux arrivants francophones (CANAF), l'issue du vote crée un sentiment d'incompréhension. Pour nous, c'est un grand choc, dit Esdras Ngenzi, directeur général de l'organisme établi à Calgary.
L'Alberta a toujours été une province hospitalière. Au cours des 15 dernières années, sa croissance a été propulsée par les nouveaux arrivants. Les voir aujourd'hui transformés en boucs émissaires pour des problèmes de logement ou de santé, c'est injuste et ce n'est pas humanitaire.
Il prévient que de telles politiques pourraient inciter ces travailleurs qualifiés à déménager en Saskatchewan, au Manitoba ou en Colombie-Britannique.
Le désarroi est le même chez Chaimae, résidente permanente arrivée du Maroc à la fin de 2024. Elle exprime son anxiété face aux incertitudes touchant la santé et l'éducation : Nous sommes arrivés sous certains termes, et ils pourraient changer. Si la situation devient trop négative, c'est certain que nous allons envisager d'aller ailleurs.
Du côté de Migrante Alberta, l'organisateur Adam Fune estime que les questions sur l'immigration visaient à rejeter la faute sur les travailleurs temporaires, privés du droit de vote. Cela ouvre la porte à plus de marginalisation et au traitement des migrants comme des résidents de seconde classe, affirme-t-il.
Animateur du balado The Newcomers, Dozie Anyaegbunam dresse un constat similaire : On vient de dire à toute une population que, si le logement est cher ou que les hôpitaux sont pleins, c'est la faute du voisin. Pourtant, nous payons nos impôts, nous sommes des bénévoles et nous contribuons à la société.
Aux yeux de l'avocat calgarien d'origine irano-kurde Kamal Azer, cette politisation est une pente glissante qui menace la tradition d'accueil des réfugiés et l'harmonie fédérale. Cela crée un sentiment d'isolement : on se demande où est notre place en tant que Canadiens, explique M. Azer.
Un appel à la participation citoyenne
Au-delà de la déception, l'ancien président de la communauté camerounaise de Calgary et membre du conseil de l'association des Camerounais canadiens de Calgary (ACCC), Victor Nkameni, montre du doigt un je-m'en-foutisme et une inertie électorale au sein des minorités naturalisées.
Il souligne que, si la population calgarienne a considérablement augmenté (nouvelle fenêtre) (en anglais), ces dernières années, en partie grâce à l'immigration, cette masse critique a tendance à ne pas s'exprimer pas dans les urnes.
Si nous ne votons pas, notre avenir et celui de nos enfants peuvent basculer.
Il cite l'exemple des élections scolaires de FrancoSud, où la communauté francophone issue de l'immigration a eu peine à mobiliser 200 votants.
Si on n'est pas là, les gens vont décider pour nous, et on ne pourra pas brandir la carte du racisme après.
Cette faible mobilisation s'explique aussi par des obstacles linguistiques et des craintes institutionnelles, note l'analyste de données John Santos, de la firme Janet Brown Opinion Research, mentionnant la complexité des questions référendaires.
Il pointe notamment des obstacles majeurs, tels que la complexité du langage juridique des bulletins pour les personnes dont le français ou l'anglais est une langue seconde, la peur d'un fichage gouvernemental, et la difficulté des organismes à mobiliser les troupes.
Une fracture entre villes et régions
Si les propositions sur l'immigration ont trouvé un écho favorable en région, les électeurs les ont rejetées dans la plupart des circonscriptions de Calgary et d’Edmonton, même si le oui menait de justesse à l’échelle provinciale.
Interrogée à ce sujet, la première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, a admis que son gouvernement devait se rapprocher des préoccupations des citadins, plus préoccupés par le coût de la vie et les services publics que par les débats constitutionnels.
De son côté, le premier ministre du Canada, Mark Carney, (nouvelle fenêtre) s'est dit « ravi » du vote en faveur de l'unité nationale, assurant qu'il collaborera avec la province sur l'immigration « sans changement constitutionnel ».
Avec les informations de Félix Gagné et de Mrinali Anchan


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