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Offrir un camp de jour qui permet aux enfants de se baigner dans une mare, de caresser des lamas et de ramasser les œufs de poules, tout en profitant d’un terrain de jeux immense en pleine nature. C’est le pari du Centre de santé de Kanesatake pour permettre aux jeunes Mohawks de reconnecter avec qui ils sont et les aider à faire des choix de vie éclairés.
Chaque matin, c’est le même ballet. Les enfants arrivent avec leurs parents, annoncent leur présence, puis partent avec leur animateur ou animatrice, leur sac sur les épaules, bouteille d’eau dans une main, imperméable dans l’autre, et remontent vers le grand bâtiment qui faisait autrefois partie d’une ferme. De part et d’autre, on trouve des enclos, un jardin, une mare et des hamacs accrochés aux arbres.
En 2024, le Centre de santé de Kanesatake a acheté ce terrain, mis en vente après la faillite de la ferme Les Jardins de la Pinède, située sur le rang de l’Annonciation, à Oka, au nord-ouest de Montréal. Et depuis l’année dernière, la structure organise un camp de jour durant tout l’été pour les jeunes de 5 à 11 ans de la communauté, et ce, pendant sept semaines.
Un camp pour renouer avec le territoire

Les enfants sont libres de jouer dans cet espace immense.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Nous essayons de fournir aux enfants tout ce dont ils ont besoin pendant toute la durée du séjour : un sac à dos, des chaussures, une gourde, un imperméable et une serviette. Nous leur offrons ce matériel. Ils le ramènent chez eux à la fin de l'été et peuvent le garder, détaille Ami-Lee Hannaburg, coordonnatrice du camp et employée au Centre de santé.
Ils sont 73 enfants à pouvoir en profiter, ce qui représente presque l’ensemble des jeunes de Kanesatake, selon le directeur du Centre de santé, Jeremy Tomlinson. Pour s'en occuper, 22 animateurs, eux-mêmes encadrés, ont été recrutés.
Les trois encadrants seniors sont d’ailleurs des visages connus. Ce sont toutes des personnes qui travaillent régulièrement avec les enfants à l’école, donc ils les connaissent, précise Mme Hannaburg.
Divisés en petits groupes et accompagnés, les enfants prennent possession de l’espace. Certains observent les poules et le dindon dans leur enclos. D’autres sautent à pieds joints dans la mare, qui a récemment été nettoyée. Les plus téméraires grimpent à un arbre dans lequel un semblant de cabane a été construit.

Certes, les enfants sont libres, mais ils restent sous la supervision des animateurs.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Pas un seul d’entre eux n’est à l’intérieur, entre quatre murs. Et c’est justement le but. Il y a ce côté un peu chaotique où les enfants décident de ce qu'ils veulent faire dehors, et tout se passe dehors. On ne rentre que s'il y a du tonnerre et des éclairs pour des raisons de sécurité, précise Ami-Lee.
Une liberté quelque part retrouvée, qui tranche avec la formule précédente du camp de jour : plusieurs semaines dans un gymnase.
Ici, on marche pieds nus dans l’herbe, on sent le vent sur sa peau, on caresse les animaux et on se rafraîchit dans une piscine naturelle.
Notre objectif est de les déconnecter et de leur permettre de redevenir des enfants. De les laisser sortir, explorer leur imagination, les laisser découvrir ce qu'ils ont envie de faire et s'ouvrir à leur monde imaginaire.
Landon Glasgow a sa fille de 8 ans inscrite au camp de jour pour la deuxième année consécutive. Selon lui, elle adore y venir, car elle aime être dehors pour jouer. Ça leur donne une occupation et c'est très orienté vers la ferme, c’est l’une des raisons pour lesquelles je l’ai inscrite. Et j’ai remarqué qu’il y a plusieurs activités culturelles aussi, explique le père de famille.

Le camp de jour est entièrement gratuit pour les familles.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Retrouver une connexion avec soi et le territoire
Jeremy Tomlinson mise beaucoup sur cette (re)découverte de soi dès le plus jeune âge, et ce, à notre manière, dit-il en utilisant sa langue, le kanien’kéha. Une approche qu’il analyse comme différente de l’approche préventive occidentale.
La culture autochtone est comme un oignon, et, en son centre, il y a une connexion et une vision du monde et de l’univers très différente de celle des Occidentaux, raconte le directeur du centre de santé.
Et, malheureusement, poursuit-il, au fil de la colonisation, cette connexion s’est érodée, mais elle se trouve toujours dans notre ADN.

Une petite installation a été créée dans les arbres.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Si c’est important pour lui que les enfants aient accès à la nature, au territoire, c’est parce qu’il est primordial de leur rappeler qu’en tant que Kanien’kéhaka (Mohwaks), ils entretiennent, au fond d’eux, une véritable connexion avec ce qui les entoure et, donc, avec eux-mêmes.
Tomlinson espère ainsi apporter sa pierre à l’édifice de la guérison de sa communauté, aux prises avec des problèmes sociaux, environnementaux et de sécurité.
Si certaines activités sont choisies par les enfants, d'autres sont plus tournées vers la culture autochtone, comme la fabrication de paniers, ou la découverte des plantes médicinales. Mais dans le fond, ce n’est pas tant l’activité en elle-même qui compte pour Jeremy Tomlinson. Ce qui est important, c’est la manière de la pratiquer, croit-il.
Le camp de jour est un morceau qui fait partie d’une vision globale de revitalisation culturelle. Et notre vision du monde est très relationnelle.
Une vision qui dépasse les sept semaines d’été
Le directeur croit qu’il ne suffit pas de chercher des solutions aux problèmes qui touchent la communauté de Kanesatake, mais aussi de comprendre pourquoi. Pourquoi il y a autant de comportements violents, d’anxiété, de problème de santé mentale? se demande-t-il.

Ami-Lee Hannaburg s'occupe de l'encadrement du camp de jour.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Dans un environnement dans lequel on ne se sent pas en sécurité, c’est normal de chercher une solution immédiate à un problème, avance-t-il.
Ce qui se passe sur le long de la route 344 est attirant pour les jeunes qui peuvent voir de belles voitures filer droit sur la route, après avoir fait un tour à l’un des gros magasins de vente de cannabis, illustre-t-il. Ils se disent qu’un jour, eux aussi, ils pourront avoir ce style de vie qui incarne le succès à l’occidental, le fameux American dream, poursuit M. Tomlinson, qui voit ce mirage offert par la 344 comme une compétition à son camp de jour.
Son astuce pour attirer les foules : rendre le camp de jour entièrement gratuit, y compris les sorties. Un budget que le centre de santé n'a pas encore entièrement évalué, indiquant toutefois qu'un montant de 30 000 $ est budgétisé pour les activités de l'offre globale de services de prévention de premier niveau.
Si le camp s'adresse actuellement aux 5 à 11 ans, la vision de Jeremy Tomlinson ne s'arrête pas là. Des programmes existent déjà pour les adolescents de la communauté, mais, à terme, le directeur aimerait pouvoir les intégrer directement au camp de jour, notamment comme aides-animateurs ou participants.

Jeremy Tomlinson, directeur du Centre de santé de la communauté, a lancé ce projet pour faire bouger les choses. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Un projet ambitieux qui se heurte toutefois à une réalité : le recrutement. L'encadrement des jeunes demeure un défi de taille pour le centre de santé qui doit trouver du personnel qualifié et engagé pour faire vivre cette philosophie au quotidien.
Loin de la route 344 et de ce qu’elle pourrait faire miroiter, les besoins sont bien plus simples pour Harlan, 8 ans. Depuis quelques minutes, il s’active à jouer avec un bâton de bois, à pourchasser ses amis et à explorer le début de la forêt qui longe le camp.
Tous les camps de jour n’offrent pas toutes ces activités, comme passer du temps avec les animaux de la ferme ou sortir profiter des jeux d’eau, fait remarquer son père, Steve Nelson.

Les enfants ont pu cueillir des légumes dans le grand jardin de la ferme.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Le camp d’été se termine dans quelques jours avec, en point d’orgue, la sortie dans un énorme parc aquatique, à Ottawa. Le travail entamé durant ces sept semaines d’été peut-il laisser des traces assez profondes pour résister au retour au quotidien?
C’est la question qu’on se pose tous les jours, concède Jeremy. Parfois, on voit cela comme un poids impossible à bouger, mais il ne faut pas s’arrêter là. Quand l’école va reprendre, on sera encore là grâce à différents programmes.
Et pour poursuivre sur la bonne voie, le directeur croit aussi qu’il est important d’investir dans les enfants pour qu'ils deviennent des vecteurs essentiels auprès de leurs parents, pour relayer certaines valeurs.
Ils sont le meilleur investissement, conclut Jeremy Tomlinson.


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