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Les réactions à l’annonce du 30 juin sur le financement fédéral accordé à Québec pour le caribou sont tout sauf unanimes comme en font foi les commentaires recueillis auprès d’André Michel, biologiste et représentant de la nation innue, du président de la forestière Boisaco Steeve Saint-Gelais et du chercheur Martin-Hugues St-Laurent.
André Michel, expert caribou pour la nation innue, a accueilli avec un certain scepticisme l’annonce du fédéral.
« De notre côté, on était plutôt content quand le fédéral avait annoncé son intention d’émettre un décret pour forcer le Québec à protéger le caribou. Cette annonce, on ne la voit pas nécessairement comme un recul, mais est-ce que le Québec va faire tous les efforts qu’il faut ? », commente le biologiste affilié au Conseil de bande d’Uashat mak Mani-utenam (ITUM).
Le montant de 25 M$ semble également peu élevé. « C’est peu pour la mission », estime M. Michel qui travaille sur plusieurs projets autour du caribou dans sa communauté et sur le nitassinan nord-côtier, notamment la mise en place de nouvelles aires protégées.
« Le gros enjeu, c’est l’habitat…Ça fait quand même plusieurs années qu’on attend la Stratégie québécoise pour les caribous forestiers et montagnards et elle n’est jamais arrivée. On dirait que le fédéral, là, cherche juste à s’entendre avec le Québec, mais pas tant à sauver le caribou. »
Bien qu’il soit sceptique, André Michel préfère laisser la chance au coureur. « On verra… »
La réaction est moins mitigée à la coopérative forestière Boisaco de Sacré-Cœur.
« Nous, on voit ça d’un bon œil. C’est comme si le gouvernement fédéral reconnaît enfin la compétence du provincial pour oeuvrer dans ce dossier-là », estime le président Steeve Saint-Gelais.
On avait fortement réagi au projet de décret d’urgence du fédéral de Steven Guilbeault, en 2024, dont l’objectif était de forcer la main à Québec en matière de protection du caribou, en vertu de la loi sur la protection des espèces en péril.
« Le gouvernement fédéral, on l’a bien vu, n’avait pas les informations ni le portrait complet », renchérit le président de Boisaco.
Pour M. Saint-Gelais, exploitation et protection sont conciliables. « Il faut éviter les positions extrémistes et bien prendre en compte les enjeux, mais pour ça il faut être capable d’avoir un dialogue entre toutes les parties concernées et bien évidemment les communautés autochtones. »
L’alignement des deux paliers des gouvernements est un bon premier pas, estime le président. « C’est beaucoup plus porteur. On était dans un feu croisé et on ne veut pas faire les frais d’une guéguerre entre les deux paliers de gouvernement ! On veut faire partie de la solution à notre échelle, dans notre petit coin de pays. Il faut avoir un portrait clair de l’avenir pour notre organisation et de notre milieu », estime M. Saint-Gelais.
Déjà 10 ans d’attente pour la Stratégie
Pour le biologiste Martin Hugues Saint-Laurent, professeur en écologie animale à l’Université du Québec à Rimouski, cette annonce n’apporte rien de nouveau.
« C’est dans la continuité des ententes entre Ottawa et le Québec. On est vraiment juste en train d’essayer de garder le canal de communication ouvert pour faire en sorte que le Québec s’engage à faire quelque chose. Québec va utiliser des fonds fédéraux comme il le faisait avant pour le suivi de la garde en captivité. La seule petite différence, c’est que Québec semble avoir accepté de faire de la reddition de compte. », estime le chercheur.
Il rappelle que la Stratégie québécoise pour les caribous forestiers et montagnards est attendue depuis 2016.
« Le fédéral a l’air de demander timidement une stratégie, mais le diable est dans le détail. Il y a des choses que le Québec fait de façon exceptionnelle et d’autres pas très bien. Sur le suivi, on est en avance, mais monitorer le déclin ne signifie pas qu’on l’empêche… », lance-t-il avec un brin de cynisme.
Il est enclin à croire que les deux paliers « jouent la montre ».
« On ne veut pas vraiment pas s’en occuper, de ce dossier, et ça fait en sorte que les partenaires du milieu industriel sont dans l’incertitude, que les Premières Nations sont en attente, que les ONG environnementales attendent une stratégie à évaluer. On n’est pas rendu… Je ne suis pas juriste, mais un jour il va falloir savoir si ces ententes sont contraignantes légalement. Pour l’instant j’en doute, mais c’est à suivre. »
Durant ce temps, le déclin du caribou se poursuit, inexorablement. « Il y a plusieurs gouvernements des paliers fédéraux, provinciaux et territoriaux qui donnent l’impression qu’ils font quelque chose, mais dans les faits, ils libéralisent l’accès à la ressource pour l’industrie. Si on ne protège pas l’habitat, le caribou va rester dans le trouble », conclut le chercheur.
Rétablissement et protection du caribou : un accord Canada-Québec
Emelie Bernier
Initiative de journalisme local
Émélie Bernier est journaliste et chroniqueuse au sein des Éditions nordiques depuis une vingtaine d'années. Depuis 2023, elle a fait de l'environnement son sujet de... Lire la suite


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