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À l’occasion des 20 ans de sa disparition, le maître de l’absurde est l’objet d’un beau portrait de Christophe Duchiron.
Passer la publicité Passer la publicité« Alors si nous parlons pour ne rien dire, de quoi allons-nous parler ? », vitupère Raymond Devos, disparu le 15 juin 2006. M6 rend hommage au poète jongleur de mots et au roi de l’absurde à travers un documentaire joliment baptisé Il était une foi… la mienne, réalisé par Christophe Duchiron, auquel le téléspectateur doit Merci Zaza, la folle histoire de “La Cage aux Folles” et un portrait de Pierre Desproges. Les images d’archives en noir et blanc et en couleur alternent avec des confidences touchantes. « J’ai toujours aimé que l’on m’aime, toujours, toujours », répète Raymond Devos, cigare aux lèvres.
Le moins qu’on puisse dire est que l’artiste ne parlait pas pour ne « rien dire », il ne prenait rien au sérieux excepté le rire. Le réalisateur le considère comme l’« un des plus grands cosmiques de son temps ». « Au début, je me suis servi évidemment de mots à double sens pour alimenter le malentendu », explique-t-il sérieusement à Pierre Tchernia, qui ne peut s’empêcher de sourire. Filmé dans sa maison natale, au château des Tourelles, héritage d’un père industriel qui fera faillite - la famille déménage à Tourcoing, puis à Paris -, le gai luron partage quelques maximes de son cru : « Qui prête à rire n’est pas sûr d’être remboursé » (on en trouvera dans Les Meilleures Pensées et Répliques de Raymond Devos, Éditions Le Cherche midi, juin 2026).
Deuxième d’une fratrie de six enfants, le garçon a 5 ou 6 ans quand il a une « révélation » en voyant un spectacle de « grands ». Il se met à son tour à raconter des histoires à ses copains, puis se produit dans des petits cabarets. Auparavant, il sera crémier et envoyé à Berlin dans le cadre du STO, le service du travail obligatoire. « Pendant deux ans et demi, j’ai crevé de faim », lâche-t-il. À 33 ans, il fait partie de la troupe de théâtre de Jacques Fabbri quand, dans un restaurant, lui vient l’idée de sa fameuse diatribe sur la Mer démontée, puis son premier spectacle. « Raconter sa vie, c’est inutile », disait-il. Il avait tort. « En cinquante ans de carrière, à la main il écrira deux cents monologues truffés de trouvailles et de ratures », précise Christophe Duchiron en montrant des pages de textes.
Sensibilité exacerbée
« Je raconte l’aventure d’un monsieur, je crois que c’est l’aventure des autres que je raconte… Aussi vrai que je me retrouve chez les autres, je retrouve les autres en moi », réfléchit le comique philosophe d’une sensibilité exacerbée. Selon lui, « on a inventé le rire pour pouvoir supporter des choses graves ». Il résume : « Si je n’avais pas de bon sens, je ne pourrais pas écrire des choses à contresens, ce serait de la folie. » En 1962, ce travailleur acharné achète « presque la maison de ses rêves », au bord d’un étang, à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, elle est aujourd’hui transformée en musée. Fan de fanfare, il apprend à jouer d’une dizaine d’instruments dont il se sert avec ingéniosité sur scène. Il raconte au musicien Michel Portal comment il en a fabriqué un avec son tuyau d’arrosage… « Il peut être considéré comme un penseur du rire », estime Christophe Duchiron. « J’ai toujours réussi à rater tous les examens », assurait Raymond Devos. Ce portrait le contredit, tout comme son spectacle à l’Olympia, en 1999, diffusé en deuxième partie de soirée (22 h 20).


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