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Rapt du « roi de la crypto » : la défense d’un ravisseur tente d’obtenir une peine réduite

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Au premier jour de son audience sur la peine, la défense de Deren Akyeam-Pong a projeté des vidéos des sévices que son client a subis en détention pour espérer obtenir la clémence de la juge. L’homme de 26 ans a plaidé coupable en octobre de neuf accusations, dont celles de rapt et d’agression armée, relatives à l’enlèvement d’Aiden Pleterski, le roi autoproclamé de la cryptomonnaie.

Arrêté en mai 2024, Aiden Pleterski est poursuivi pour fraude et son procès criminel est prévu en octobre à Toronto.

Le jeune homme de 27 ans a été contraint à la faillite en 2022 par certains de ses investisseurs qui tentent de recouvrer les 40 millions de dollars qu’ils ont investis par son entremise dans des cryptomonnaies et des devises étrangères.

Outre Deren Akyeam-Pong, trois autres individus ont été appréhendés. Akil Heywood et Alfredo Paladino auront leur procès à l’automne pour enlèvement et extorsion.

Rakeem Henry fera face à la justice en janvier. Deren Akyeam-Pong a été arrêté en avril 2023 et les trois autres en juillet de la même année.

Akil Heywood.

Akil Heywood fait face à trois accusations liées au rapt d’Aiden Pleterski en décembre 2022, ainsi qu’à deux autres d’extorsion.

Photo : Atlantic Mas Toronto/Facebook

Selon la déclaration commune des faits, les accusés ont enlevé et détenu Aiden Pleterski du 5 au 8 décembre 2022.

Les actes de torture qu’ils lui ont infligés comportent des inflictions physiques et psychologiques, comme des coups donnés avec la crosse d’un pistolet, des agressions à l’arme blanche, l’usage d’eau, le fait d’être ligoté et des brûlures de cigarettes.

Il est allégué que le rapt a été orchestré par Akil Heywood, qui aurait investi à lui 300 000 $ dans la compagnie de M. Pleterski. Il aurait proposé de payer MM. Akyeam-Pong, Paladino et Henry pour exécuter l’enlèvement.

Vidéos de prison compromettantes

En présentant plusieurs vidéos sur les actes de brutalité dont son client a été victime en détention, la défense de Deren Akyeam-Pong tente d’obtenir une réduction de peine pour son client.

Le premier incident a eu lieu le 20 avril 2023 juste après l’arrestation de M. Akyeam-Pong. Son avocat, Craig Zeeh, projette à la cour la vidéo provenant du Centre de détention du Sud de Toronto commentée par son client.

M. Akyeam-Pong explique que l’un de ses pensionnaires de cellule l’a menacé de le poignarder avec un crayon en le traitant du mot en n avant qu’ils en viennent aux mains.

Il affirme qu’il a alors demandé à changer de cellule, mais que les agents correctionnels ont refusé sa demande.

Il souligne que des gardiens, en entendant la bagarre, sont venus le sortir de la cellule, que deux agents lui ont tordu un bras avant de le mettre en isolement.

Le deuxième incident s’est produit le 10 septembre 2024, lorsque trois détenus l’ont violemment attaqué.

J’ai perdu deux dents, ils m’ont brisé la mâchoire et l’os orbital droit, une hanche et ils ont sectionné une partie de ma langue pour m’empêcher de parler, se rappelle-t-il.

M. Akyeam-Pong précise qu’il a depuis perdu la vue d’un œil et qu’il a perdu le sens du goût (NDLR : sa langue ayant été recousue). Il ajoute que l’agression a été commanditée par des agents correctionnels.

La façade du Centre de détention du Sud de Toronto le 14 janvier 2022.

Le Centre de détention du Sud de Toronto, où Deren Akyeam-Pong est retenu de façon préventive et où il a été violemment agressé par des détenus et des gardiens depuis son arrestation. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Mark Bochsler

Il mentionne qu’il a attendu six heures avant qu’on réalise qu’il était gravement blessé. M. Akyeam-Pong est alors transporté d’urgence à l’hôpital, parce qu’il a perdu beaucoup de sang.

À son retour en détention, M. Akyeam-Pong séjourne durant environ un mois à l’infirmerie.

Des agents sont venus me chercher à mon congé de l’infirmerie pour me dire d’aller dans une aile de la prison où je ne voulais pas aller pour des raisons de sécurité, poursuit-il. Ils m’ont répondu que je n’avais pas le choix et j’ai demandé à voir un superviseur.

Il explique que des agents l’ont alors poivré et plaqué au sol avant de l’attacher. En tombant, il s’est frappé la tête sur le coin d’un bureau.

Ils me tordaient l’épaule, je criais de douleur, avant qu’elle ne se disloque, dit-il en mentionnant qu’on était allé chercher un fauteuil roulant pour le conduire dans une cellule d’isolement.

Deux jours plus tard, M. Akyeam-Pong sera hospitalisé grâce à la vigilance d’un infirmier, qui avait noté une fracture d’épaule. Des examens montreront qu’un fragment d’os de son épaule s’était détaché et logé près de son cœur.

M. Akyeam-Pong souligne qu’il refuse depuis de se faire opérer, parce que les chirurgiens l’ont averti qu’il faudrait ouvrir sa cage thoracique.

À son second congé de l’hôpital, il est transféré à la prison du Niagara, où le troisième incident a eu lieu le 18 janvier 2025.

J’étais le seul Noir dans l’aile de l’établissement et trois détenus m’ont battu, j’ai perdu connaissance durant quelques secondes, raconte-t-il en précisant qu’il avait demandé aux gardiens de changer d’aile, sans succès.

Pendant que je parlais aux agents, les détenus fautifs et les témoins de l’agression chantaient ''Sale n’’, des gardiens m’ont dit qu’ils allaient me muter ailleurs dans la prison, poursuit-il.

M. Akyeam-Pong affirme qu’il a subi une violente commotion par la suite, qu’il crachait du sang et qu’il a été transféré dans l’hôpital régional. À son congé, il a été renvoyé au Centre de détention du Sud de Toronto.

L’intérieur du Centre de détention du Sud de Toronto.

Radio-Canada n’a pu obtenir les vidéos compromettantes des agressions dont Deren Akyeam-Pong a été victime à l’intérieur du Centre de détention du Sud de Toronto, la Couronne n’ayant pas fini son contre-interrogatoire. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Le quatrième incident a eu lieu le 14 mars 2025, lorsqu’un gardien l’a réveillé avant l’aube pour lui dire qu’il allait changer de cellule.

J’ai à nouveau refusé pour des raisons de sécurité, mais ils ne m’ont pas écouté, déclare l’individu.

M. Akyeam-Pong explique qu’un agent était tellement en colère qu’il lui a dit qu’il allait lui donner une leçon et l’envoyer dans l’aile réservée aux détenus incorrigibles.

Ils me traitaient de rat, se souvient-il en ajoutant qu’il a été plaqué contre le mur, puis jeté au sol avant d’être menotté et placé dans cette aile de l’établissement.

Le dernier incident s’est produit le 9 juin 2025, lorsque M. Akyeam-Pong s’est penché sur un comptoir pour prendre un formulaire de plainte avant de se faire dire de retourner dans sa cellule.

Cela faisait cinq jours que nous étions en confinement, c’était ridicule, mais les agents ne voulaient pas que je plaide ma cause à leur supérieur, explique-t-il.

Six à sept agents l’encerclent alors dans une aire ouverte avant que l’un d’eux ne l’asperge de poivre de Cayenne pour aucune raison valable. Il affirme qu’ils l’ont conduit ensuite aux douches pour le décontaminer.

Il affirme qu’un sergent lui a alors craché au visage parce qu’il n’avait pas apprécié son commentaire. Je lui ai dit que sa chemise était trop serrée et que cela privait d’air son cerveau, répète-t-il.

M. Akyeam-Pong mentionne qu’il a dit au sergent qu’il porterait plainte, mais qu’il lui a répondu que personne ne le croirait.

Le sergent l’a menacé de déposer des accusations criminelles contre lui et il a rempli un rapport d’inconduite dans lequel il a écrit que c’est M. Akyeam-Pong qui lui avait craché dessus. Or, la vidéo montre très bien le contraire.

Après m’être évanouis à cause de mes yeux toujours irrités, ils m’ont ramassé et menotté et conduit dans une cellule d’isolement, conclut-il.

Contre-interrogatoire de la Couronne

Me Zeeh a pris soin de conclure son interrogatoire en rappelant les divers problèmes de santé qui affligent aujourd’hui son client, comme des dommages irréparables au cerveau.

La Couronne n’a pas tenté de minimiser les agressions dont M. Akyeam-Pong a été victime, mais elle a insisté pour montrer que l’individu ne respecte pas les ordres qu’il reçoit.

La procureure Tracy Vogel lui rappelle qu’il a un mépris pour la loi et l’autorité. Seulement lorsque ma vie est en danger, réplique-t-il.

Vous mentez lorsque cela fait votre affaire, poursuit Me Vogel avant d’obtenir une réponse négative. Elle laisse en outre entendre que l’individu faisait tout pour être envoyé à l’infirmerie pour éviter d’être en cellule, parce que la détention y est moins pénible.

Me Vogel a ensuite passé au peigne fin les antécédents judiciaires de l’individu : trafic de fentanyl et de cocaïne, possession d’armes à feu, entrées par effraction, vols, délit de fuite, menaces, agression et enlèvement.

La procureure rappelle qu’il a été condamné à 70 reprises et qu’il a enfreint 38 fois les termes de sa remise en liberté ou de sa libération conditionnelle en moins de cinq ans.

Avant l’ajournement, M. Akyeam-Pong a reconnu qu’il avait eu une enfance très malheureuse qui l’a fait tomber dans le crime, mais que les gens dans la même situation que lui ne commettent pas tous des crimes.

Le contre-interrogatoire prendra fin vendredi. La Couronne compte ensuite appeler deux agents correctionnels à la barre des témoins.

Retour sur le plaidoyer de culpabilité

Le plaidoyer de Deren Akyeam-Pong indique qu’il s’est présenté comme un investisseur potentiel sous le nom de Slime Dawg Millionaire et qu’il a demandé à voir Aiden Pleterski à l’hôtel Ritz Carlton, à Toronto, le 2 décembre 2022.

Rakeem Henry se trouvait avec M. Akyeam-Pong, comme le montre la vidéo d’une caméra de surveillance de l’hôtel.

Une seconde rencontre s’est tenue le 5 décembre comme prétexte pour piéger M. Pleterski et l’enlever en le faisant monter dans une camionnette.

M. Akyeam-Pong est au volant, MM. Henry et Paladino sont à l’arrière avec le roi de la crypto.

Une camionnette Dodge Ram capturée par une caméra de surveillance.

La camionnette Dodge Ram que les ravisseurs ont utilisée lors de l’enlèvement d’Aiden Pleterski le 5 décembre 2022 à Toronto, selon l’exposé conjoint des faits.

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario

Avant que le véhicule ne redémarre, M. Henry a appuyé son arme dans les côtes de M. Pleterski, selon la déclaration commune des faits. Ce dernier a été contraint de leur remettre passeport, argent en espèces et portefeuille.

Les ravisseurs lui ont attaché les mains et lui ont fait passer un sac sur la tête. Ils l’ont ensuite conduit dans un champ de la région de Niagara, où la victime a été interrogée sur ses actifs.

M. Pleterski a expliqué à ses ravisseurs qu’il n’en possédait aucun, parce qu’ils avaient été gelés dans le cadre des procédures de faillite.

M. Akyeam-Pong l’a alors menacé en comptant jusqu’à trois avant de tirer un coup de feu près de sa tête pour lui soutirer des informations.

La vidéo de cette scène de 13 secondes, qui aurait été filmée par M. Paladino, a été présentée lors du plaidoyer de Deren Akyeam-Pong.

Aiden Pleterski au visage couvert d’ecchymoses.

Dans la vidéo, Aiden Pleterski présente ses excuses à ceux qui ont perdu de l’argent.

Photo : Radio-Canada

M. Pleterski dit à ses ravisseurs que son propriétaire, Sandeep Gupta, avait les fonds, ce qui n’était pas vrai.

Les ravisseurs l’ont alors forcé à appeler M. Gupta. Il a été frappé chaque fois que le propriétaire ne répondait pas au téléphone.

M. Gupta a fini par décrocher et M. Akyeam-Pong lui a réclamé de l’argent. Il a alors composé le 911 pendant qu’il était en ligne avec M. Pleterski, ce qui a déclenché une enquête de la police de Toronto.

Toujours selon les documents judiciaires, les ravisseurs ont emmené M. Pleterski dans une casse de voitures le lendemain, où la majorité des actes de tortures lui ont été administrés.

De là, M. Pleterski a été conduit et confiné dans le sous-sol d’une maison de la région de Pickering.

Un policier à un podium à côté de deux portraits de police d'accusés.

Aiden Pleterski a été arrêté en 2023, mais le chef de la police de Durham, Peter Moreiras, n’a jamais dévoilé les circonstances de son arrestation. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / CBC

Une vidéo y a été enregistrée dans laquelle M. Pleterski, visiblement battu, explique ce qu’on lui a ordonné de dire au sujet de l’argent avant de présenter ses excuses aux investisseurs, en présence notamment de M. Akyeam-Pong, de MM. Paladino et Henry.

M. Pleterski a convaincu ses ravisseurs qu’il devait organiser une rencontre en personne avec M. Gupta pour récupérer son argent.

Un rendez-vous a été donné le 7 décembre dans un Tim Hortons, près de l’intersection de Victoria Park et de l’autoroute 401 à Toronto.

Des guetteurs envoyés en reconnaissance avaient toutefois repéré une unité d’intervention policière à proximité, si bien que la rencontre a été annulée.

M. Akyeam-Pong a ensuite conduit M. Pleterski à London, où M. Henry et lui l’ont frappé à coups de clubs de golf. M. Akyeam-Pong a menacé M. Pleterski de faire assassiner ses parents.

Le 8 décembre, M. Pleterski a été conduit dans une maison de Niagara Falls.

Aiden Pleterski, à 23 ans, dans un avion privé à l’aéroport de Burlington, en Ontario. Il a publié cette photo sur Instagram le 15 août 2021.

Aiden Pleterski, qui se surnomme lui-même le « roi de la crypto », fait face à des accusations de fraude et de recyclage des produits de la criminalité. (Photo d’archives)

Photo : Instagram/@aiden.ptrs

Ses ravisseurs lui ont alors fixé un masque contre la COVID sur le visage avec du ruban adhésif, lui ont attaché les poignets et les chevilles, et entouré la tête et les épaules avec des bandes adhésives.

MM. Akyeam-Pong et Henry ont ensuite laissé M. Pleterski sous la surveillance d’un homme et d’une femme qu’il a tenté de soudoyer pour qu’ils le laissent partir. Les ravisseurs sont revenus avant qu’il ne puisse s’échapper.

Les ravisseurs ont ensuite reconduit M. Pleterski à Toronto, où M. Akyeam-Pong lui a annoncé qu’ils allaient le libérer afin qu’il puisse retrouver M. Gupta pour lui extorquer de l’argent en faisant usage de chantage.

M. Pleterski a été déposé en soirée au Ritz-Carlton avec un téléphone contenant deux numéros : celui de M. Gupta et celui d’un certain John Doe, qu’il devait appeler une fois qu’il aurait obtenu les fonds.

Le roi de la crypto ira demander l’aide de la police en avril 2023 après avoir reçu de nouvelles menaces de ses ravisseurs.

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