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Un couple d’origine française se retrouve dans une situation délicate. Installés au Québec depuis trois ans, Noémie et Jérémie sont sur le point d’avoir leur deuxième enfant. À cause de retards dans le renouvellement de leurs permis de travail, ils pourraient devoir payer l'intégralité des coûts de l’accouchement, alors qu'ils sont sans travail.
Noémie Reine en est à sa 34e semaine de grossesse. Depuis plusieurs mois, l’incertitude plombe la vie de sa famille. Elle et son conjoint, Jérémie Seguin, sont arrivés au Québec après que ce dernier eut été recruté pour un métier en demande dans le secteur de l’informatique.
Ce qui devait être un magnifique moment devient une source de stress. [Noémie] est juste extraordinaire, raconte Jérémie, la voix prise par l'émotion, en croisant le regard de sa femme.
Jérémie s’y est pris plusieurs mois à l’avance pour renouveler son permis de travail, auquel est rattaché celui de sa femme. Malgré tout, en juin dernier, tous deux ont perdu leur droit de travailler, et du même coup, leur accès à la couverture de la Régie d’assurance maladie du Québec (RAMQ).

Selon le CHU de Québec, les frais d'accouchement peuvent atteindre près de 20 000$ pour ceux qui ne bénéficient pas d'une assurance maladie. (Photo d'archives)
Photo : Régie de l'assurance maladie du Québec
Sans assurance maladie, ils appréhendent donc l'accouchement, qui pourrait leur coûter plusieurs milliers de dollars en frais. Le CHU de Québec estime que les coûts défrayés pour un accouchement par les personnes non couvertes par la RAMQ peuvent varier entre 11 500 $ et 20 000 $. Il tient toutefois à rappeler que les médecins sont des travailleurs indépendants qui facturent eux-mêmes leurs honoraires.
Le couple contacte maintenant des maisons de naissance, son dernier espoir d’éviter de payer une somme aussi conséquente qui risque de l'endetter pour de nombreuses années.
Tout l’argent qu’on a mis de côté pour nos projets, pour venir ici, pour aussi une résidence permanente, tout cet argent-là est en train de partir. Déjà en perte de salaire, et puis en frais médicaux.
Retourner en France n’est pas envisageable, explique le couple. La grossesse rend le voyage en avion impossible, et un délai sera imposé entre la date de son retour au pays et celle où il aura accès aux avantages sociaux français.
Dossier complexe et zone grise
Ce qui accroche dans le dossier du couple, c’est l’Étude d'impact sur le marché du travail (EIMT) dont Jérémie fait l’objet. Cette évaluation cherche à déterminer si un employeur a bel et bien besoin d’embaucher un travailleur étranger pour un poste.
Ce n’est qu’avec ce document qu’un renouvellement du permis de travail serait ici réellement garanti.
En décembre 2025, des mois avant la fin de son permis, Jérémie a donc commencé, avec son employeur, les démarches auprès d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).
La demande d’EIMT a été déposée en janvier 2026. En mars, alors que l’échéance du permis approchait, le couple a envoyé une demande de suivi à l’IRCC. On l’a alors informé alors qu’il pouvait continuer de travailler tout en attendant l’EIMT.
Le 19 juin, on lui révoque officiellement le droit de travailler, qu'il n'a pas fourni ce document, que le gouvernement fédéral tardait lui-même à lui délivrer.
On met en danger ma femme et son bébé à venir parce qu'on a plus de couverture santé pour une zone grise où on n’est pas responsables, peste Jérémie, découragé.
Le couple a finalement reçu le document manquant au début du mois de juillet, mais Ottawa refuse tout de même de rétablir son statut. Jérémie et Noémie espèrent toujours un dénouement d’ici l'accouchement, prévu en août.
Un poids pour l’entreprise
Le patron de Jérémie, Sylvain Cloutier, déplore l’impact important que ce refus aura sur son entreprise. C’est que Jérémie était chargé d’un projet avec un gros client, mais sans lui, les pertes pour l’entreprise pourraient faire mal.
Il a une job importante, donc si on perd ce contrat-là, il y aura des répercussions encore plus grandes, estime le président d’Ezo.
Jérémie est aussi gestionnaire dans l’entreprise. Son départ pourrait laisser une dizaine d’employés sans guide et forcer d’autres membres du personnel à reprendre ses responsabilités.
C’est horrible, ce qu’ils nous font faire, souffle M. Cloutier.
Nous, quand on fait des missions de recrutement à l'international, on s'assure que ça soit un projet de vie. C'est pas juste un coup de dé que les gens font. Ils viennent ici, puis ils ont vraiment un objectif avec leur famille de s'installer, d'immigrer et de devenir des citoyens.
Des délais volontaires ?
Avocat spécialisé en droit de l’immigration, Maxime Lapointe remarque une importante complexification des requêtes du ministère. Avant, ça prenait un mois, un mois et demi, maintenant c'est quatre, cinq, six mois, avec beaucoup de demandes additionnelles de fournir des explications, dit-il.
L’avocat est persuadé que les fonctionnaires allongent volontairement le délai de traitement des dossiers d’EIMT. Il n’y a pas plus de dossiers qu'en 2023, par exemple, où il y avait beaucoup de gros volumes, et ça prenait un mois, un mois et demi, explique-t-il.
Juste cette semaine, j'ai fait 15 consultations, dont 3 où les gens pleurent pendant toute la durée de la consultation. Les immigrants sont affectés mentalement. Psychologiquement, ils sont détruits.
Il rappelle que les dossiers traités pour une EIMT sont gérés conjointement par Québec et Ottawa.

Me Maxime Lapointe est avocat spécialisé en immigration.
Photo : Radio-Canada
Pour Me Lapointe, des dossiers comme celui de Jérémie et Noémie sont évitables. Selon lui, la couverture provinciale devrait être maintenue pendant toute la durée de l'analyse du dossier d’immigration au Québec. Comme ça, si les fonctionnaires font traîner les dossiers, au moins les gens seraient protégés au niveau de l'accès aux soins de santé.
S’il dit apprécier le soutien du député libéral de Québec-Centre, Jean-Yves Duclos, ainsi que celui de sa communauté, Jérémie est découragé. On a pas de visibilité. Chaque jour est une angoisse.
Avec les informations de Flavie Sauvageau et Flavie Villeneuve


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