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Le gouvernement ausculte les patients Bim. Dans sa quête d'un effort budgétaire de 10 milliards d'euros, la coalition Arizona (N-VA, MR, Engagés, Vooruit, CD & V) cherche des économies dans tous les secteurs, y compris celui des Bim.
Les Bim sont les "bénéficiaires de l'intervention majorée" dans les soins de santé. Ces patients précarisés bénéficient d'un remboursement plus important de leurs dépenses de santé que les autres patients.
Avec le temps, le nombre de Bim n'a cessé d'augmenter. Ils étaient 2,5 millions fin 2025, soit 21,3 % de la population belge. Le budget consacré à ce statut a aussi augmenté, atteignant 374 millions d'euros en 2025. En parallèle, circule l'image – pas tout à fait fantasmée, à en croire médecins et mutuelles – du Bim multipropriétaire qui roule en berline de luxe, loin de l'état de précarité imaginée.
Comment fonctionne le système ? Comment a-t-il évolué ? Des pistes d'économies sont-elles possibles ? On fait le point.
1. Trois catégories de Bim et une foule d'avantages
Le statut Bim est octroyé par les mutualités de trois manières différentes. Premièrement, il est accordé automatiquement ("Bim automatique") aux personnes qui ont déjà certains statuts, tels que les bénéficiaires de la Grapa (garantie de revenus aux personnes âgées) ou d'un revenu d'intégration sociale (RIS), les enfants orphelins, les mineurs étrangers non accompagnés (Mena), etc.
Les mécanismes de protection des patients défavorisés loupent en partie leur cibleDeuxièmement, les personnes à faibles revenus peuvent demander le statut ("Bim sur demande") à leur mutualité. Cette dernière l'accordera si le demandeur ne dépasse pas un certain plafond de revenus. La mutualité vérifiera les revenus sur la base des informations obtenues, entre autres, auprès des Finances et de la Sécurité sociale.
Troisièmement, les mutualités vont d'office ("Bim d'office") ouvrir la procédure d'octroi du statut pour les personnes qui sont au chômage ou en incapacité de travail depuis au moins trois mois, sans qu'elles ne doivent en faire la demande. Ce mécanisme a été instauré en 2024. Le statut ne sera toutefois accordé qu'après vérification des revenus, comme pour le "Bim sur demande".
Le statut Bim donne droit à une foule d'avantages qui n'ont rien à avoir avec les soins de santé, comme des réductions dans les transports en commun ou l'accès gratuit aux crèches publiques et aux académies de musique.
L'intervention majorée dans les soins de santé offre des remboursements plus importants pour les consultations chez le médecin, les examens médicaux, les médicaments ou les frais hospitaliers. Le patient Bim paie par exemple 1 euro de sa poche pour la consultation chez le généraliste (conventionné), au lieu de 4 euros pour le patient non-Bim.
Le statut Bim donne aussi droit à une foule d'autres avantages, qui n'ont rien à voir avec les soins de santé : des réductions dans les transports en commun (SNCB, Letec, Stib, De Lijn) ; l'accès au Fonds social chauffage (ou Fonds mazout) ; la crèche publique gratuite pour les Wallons et les Bruxellois francophones ; l'exemption de minerval dans les académies de musique et des arts relevant de la Fédération Wallonie-Bruxelles ; une intervention sur le prix de l'eau en Région bruxelloise ; une majoration des allocations familiales en Wallonie ; et des réductions, selon les communes, sur le prix des sacs-poubelle ou sur l'entrée à la piscine, etc.
2. De plus en plus de Bim alors que le risque de pauvreté diminue
Le nombre de bénéficiaires de l'intervention majorée et la part (en pourcentage) qu'ils représentent dans la population sont en augmentation constante. On dénombrait 2,5 millions de Bim fin 2025, soit 21,3 % de la population, bien plus qu'en 2019 et ses 2,1 millions de Bim (18,7 %) ou qu'en 2015 (1,9 million). La baisse constatée en 2020 et 2021 durant la pandémie de Covid n'a été que conjoncturelle.
Évolution du nombre de bénéficiaires de l'intervention majorée (Bim) par catégorie ©IPM GraphicsLe statut Bim a pour but de faciliter l'accès financier aux soins de santé pour les personnes en situation de précarité. Pourtant, si le nombre de Bim augmente, le risque de pauvreté, lui, diminue. Selon l'office de statistiques Statbel, "en 2025, 16,5 % de la population belge [était] exposée au risque de pauvreté ou d'exclusion sociale, soit un peu plus de 1,9 million de personnes", contre 18,3 % en 2024, 20,1 % en 2019 ou 21,6 % en 2015.
La croissance des Bim entre 2023 et 2024, puis 2025, s'explique en bonne partie – mais pas uniquement – par l'introduction du mécanisme du "Bim d'office" en 2024. Ce mécanisme n'a pas élargi les critères d'octroi du statut, mais il a permis d'éviter que les gens qui y ont droit n'y recourent pas. La mutualité a dorénavant l'initiative pour ouvrir la procédure plutôt que d'attendre que les personnes concernées introduisent une demande, au risque de ne jamais le faire. Ce mécanisme a amené 51 000 personnes dans le statut rien qu'en 2024.
La suppression pure et simple du statut Bim pourrait générer, non pas une économie, mais un surcoût pour l'État.
Dans une note d'analyse de mai 2026, l'économiste Philippe Defeyt explique aussi l'augmentation des Bim par d'autres mesures similaires visant à limiter le non-recours aux droits. Il pointe également les évolutions démographiques, en particulier l'augmentation du nombre de personnes âgées, de familles monoparentales et de personnes isolées, des publics a priori plus fragiles sur le plan financier.
Alexia Bertrand : "En Belgique, malgré une Porsche et trois baraques au Maroc ou à Knokke, vous pouvez avoir droit au statut Bim"3. Et si ce "coût" de 374 millions d'euros était un investissement rentable ?
Quel coût représente le statut Bim ? Par coût, on entend les suppléments de remboursements auxquels les Bim ont droit sur leurs soins de santé. Interrogé par La Libre, l'Inami (Institut national d'assurance maladie-invalidité) refuse de donner un chiffre.
"La complexité des réalités médicales et sociales doit être soulignée, commente l'Inami. Le statut Bim a pour objectif d'éviter le report de soins pour des raisons économiques. Ces reports peuvent entraîner des complications médicales plus graves pour les patients, ce qui se traduit à terme par des coûts plus élevés pour l'assurance soins de santé, donc pour la collectivité." Autrement dit, la suppression pure et simple du statut Bim pourrait générer non pas une économie mais un surcoût pour l'État.
Cela étant dit, des chiffres, il en existe. Selon une note de l'Inami que La Libre a pu consulter, le "coût" du statut s'élevait à 374,2 millions d'euros en 2025, contre 347,7 millions en 2024 et 327,5 millions en 2023.
Notons encore que si la proportion des patients Bim augmente dans la population, la part des remboursements des soins de santé qui leur est consacrée reste, elle, stable au fil du temps, autour de 32 % de l'ensemble des remboursements.
Le nombre de patients "pauvres" ne cesse d'augmenter en Belgique, malgré un renforcement des contrôles4. Le Bim qui roule en Porsche pourrait être mieux contrôlé
À l'heure des arbitrages budgétaires, l'Arizona pourrait mettre les patients Bim à contribution. La piste est en tout cas sur la table du gouvernement.
Dans l'opposition, la cheffe de file d'Anders, Alexia Bertrand, estime que le mécanisme "Bim d'office" devrait être supprimé. Elle plaide aussi pour un resserrement des conditions d'accès à l'intervention majorée, ainsi que pour une augmentation du ticket modérateur (le prix payé par le patient pour ses soins).
Dans la majorité, les députés Daniel Bacquelaine (MR) et Jean-François Gatelier (Les Engagés) demandent, eux, que le contrôle des revenus des Bim soit élargi afin d'éviter – on y revient – que le riche propriétaire qui roule en Porsche ne puisse obtenir le statut. Le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit), est aussi de cet avis.
"Jamais la ministre Éléonore Simonet n'aurait reçu le statut Bim, c'est vraiment un cas d'école"L'Inami explique sur son site que les revenus pris en compte sont "les revenus professionnels, immobiliers, mobiliers et divers […], y compris ceux provenant de l'étranger". La Mutualité chrétienne ajoute toutefois que "certaines dimensions de la situation économique des ménages restent imparfaitement visibles", telles que certaines plus-values, certains revenus étrangers, la richesse logée dans une société, ou certains éléments de patrimoine, comme la détention de plusieurs propriétés.
Du côté des mutualités, on se dit favorable à une meilleure prise en compte de la richesse réelle des Bim, tant que l'on ne détricote pas le statut.
Le 27 avril, le ministre Vandenbroucke formulait des propositions visant à "prendre en compte l'ensemble des revenus mobiliers et immobiliers ainsi que le patrimoine dans le cadre de l'octroi de l'intervention majorée". "En théorie, argumentait-il, on peut percevoir 100 000 euros de dividendes ou réaliser 100 000 euros de plus-value sur des cryptomonnaies tout en ayant droit à une intervention majorée. Ce n'est pas le but recherché et nous devons y remédier." Alexia Bertrand voyait toutefois dans ces propositions la volonté inavouée du socialiste de créer un cadastre des fortunes, que les libéraux refusent.
Du côté des mutualités, on se dit favorable à une meilleure prise en compte de la richesse réelle des Bim, tant que l'on ne détricote pas le statut. "Une piste pourrait être de confier au SPF Finances, qui dispose déjà d'une grande partie des informations relatives aux revenus et au patrimoine, une analyse globale de l'éligibilité au Bim", suggèrent les Mutualités libres.
Une économie estimée entre 350 et 400 millions d'euros est possible, selon le cabinet Vandenbroucke, cité dimanche par la RTBF. La balle est dans le camp du gouvernement.
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