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Géraldine Nakache : “J’avais vraiment envie d’un film sur les gens qui croient”

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Samedi, Géraldine Nakache était l'invitée du Festival du film francophone de Namur, où elle donnait une masterclass, avant de présenter en avant-première Si tu penses bien***, son quatrième film comme réalisatrice. En salles dès ce mercredi, ce drame nous plonge dans l'intimité d'un couple juif orthodoxe, formé par Gil (Monia Chokri) et Jacques (Niels Schneider). Ce dernier se servant de la religion pour maintenir son épouse sous son emprise.

Ce film, Géraldine Nakache n'a pas pu le produire en France — où elle est encore étiquetée actrice comique grâce au succès de films comme Comme t'y es belle ! et Tout ce qui brille ou de séries comme La Flamme. Aucune chaîne de télé ne s'est en effet engagée dans la production — au contraire des plateformes Netflix et Disney +. C'est donc en Belgique qu'elle a pu faire son film, grâce à Patrick Quinet d'Artemis Productions… Comme elle nous l'expliquait à Namur.

Ce film a été très difficile à produire. Pourquoi était-ce si important pour vous de raconter cette histoire ?

Je voulais rendre hommage à ces femmes. Et depuis cinq ans, j'avais vraiment envie d'un film sur les gens qui croient. J'aimais bien l'idée que, dans le couple, parfois, quand on divinise l'autre, on se trompe. Je trouvais ça corrélé à la croyance, donc à la foi, donc à la religion. Je me suis permis de parler de la religion juive, parce que c'est la mienne et que je la connais. Et parce que j'avais envie de rendre leur noblesse à la religion et à la foi.

"J'avais envie de rendre leur noblesse à la religion et à la foi."

Le film est ambivalent. Vous montrez le côté très patriarcal du judaïsme et, en même temps, Gil ne renonce pas à sa foi, qui lui vient aussi en aide dans son parcours de libération…

Je trouvais ça intéressant. Le mikvé (bain rituel purificateur que Gil effectue tous les mois, NdlR) raconte ça. Dans la Torah, on te dit : il y a le bon Dieu et il y a la femme qui va aller se tremper tous les mois. C'est du patriarcat. Pour se rendre pure. C'est du patriarcat. Sauf qu'en fait, c'est elle qui décide de faire un foyer juif. Sans elle, il n'y a pas de famille, pas de descendance, rien. C'était important de faire résonner ça avec cette phrase que lui dit tout le temps son mari : "C'est toi qui décides." C'est elle qui décide et, pour autant, quand elle ferme la porte de chez elle, elle ne décide de rien. Alors qu'elle pourrait ne pas aller se tremper et dire : on ne fera pas famille… Cette histoire de mikvé m'aidait à raconter ces incohérences folles, naturelles dans des textes vieux comme le monde. Mais, moi, la foi, c'est quelque chose qui m'a élevée. C'est comme de la philo : tu continues à questionner, à douter, à échanger. Là où certains figent cela en disant : c'est écrit, c'est comme ça. C'est l'inverse du doute…

Virginie Efira et Géraldine Nakache demi-soeur dans "Et ta soeur"

Pourquoi avoir choisi de raconter cette histoire d'emprise dans le couple par le biais de la religion ?

Dans le contrôle coercitif, il y a plein de choses : contrôle économique, couper de la famille, couper des amis, couper du travail… Et il y a aussi la religion. Ou n'importe quoi d'ailleurs. Vous faites du vélo avec ta femme tous les week-ends et tout d'un coup, il dit : "T'as fait beaucoup moins de bornes aujourd'hui… Ah oui, c'est parce que t'as bouffé ça…" J'ai récolté des témoignages sur une pratique ou une passion commune. À un moment, tu vois les choses glisser et c'est aussi violent. Mais qu'est-ce que tu vas raconter chez les flics ? "Il m'a dit que j'avais pris du poids, que j'ai ralenti notre parcours…" C'est une violence psychologique. Il ne la touche pas. C'est pour ça que les associations se sont battues pour imposer juridiquement le contrôle coercitif. C'était un bourbier les violences psychologiques, parce qu'évidemment, il n'y a pas de traces. D'ailleurs, souvent, les mecs le disent : on ne laissera pas de traces. Il n'y aura pas un SMS qui va dérailler. Ça participe de la méthodologie…

"Si tu penses bien" de Géraldine Nakache, avec Monia Chokri et Niels Schneider.L'histoire d'amour entre Gil (Monia Chokri) et Jacques (Niels Schneider) commence comme un conte de fées... ©O'Brother

Avec Juste une illusion, votre frère Olivier Nakache a aussi parlé de son identité juive cette année. Est-ce un hasard ?

Oui, c'est vrai… On vieillit. Ce sont nos racines. Et puis je pense qu'on l'a digéré. C'est-à-dire qu'on n'a pas peur d'en parler, parce qu'on sait très bien qu'on n'est pas réduit à cela. Et on sait ce que ça nous a amené. Moi, je pouvais avoir peur de ce sujet, jusqu'à ce que je comprenne qu'il n'était pas vampirisant, qu'il pouvait me permettre de raconter quelque chose avec un point de vue. C'est ça le cinéma. Mais je ne fais pas un film juif ; je fais un film… Il se trouve aussi qu'on sort tous les deux un film la même année où l'on a perdu notre papa. Il y a des petits signaux comme ça. Et puis il y a aussi le fait qu'aujourd'hui, on nous fait chier avec la religion. Moi, ça me faisait du bien de me rappeler que c'était aussi de la lumière.

Olivier Nakache : "Ce film est une fusion complète de nos deux adolescences"

Le film sort dans un contexte particulier. Est-il plus compliqué de parler du judaïsme aujourd'hui ?

Le drame, c'est que, parce qu'on parle d'Israël, on parle du judaïsme. On voit que c'est un problème. Quand j'ai commencé à écrire le film il y a cinq ans, je ne me posais pas cette question. En revanche, pendant les interviews, on me dit souvent que c'est très courageux de parler de ce sujet. Pas des violences faites aux femmes, de la religion juive. Là, je tombe de ma chaise… Quand tu parles de ta religion, de ta croyance, il faut être juste. Je ne critique pas la religion. Je critique ceux qui s'en emparent mal. On est dans une campagne présidentielle en France où beaucoup de personnes s'emparent mal, pas forcément de la religion, mais des sujets sociaux, sociétaux. C'est une catastrophe. Le RN serait antisémite ? Ah bon ? C'est la Belle au Bois dormant ! Qu'est-ce que tu as loupé en fait ?

"Si tu penses bien", quatrième long métrage de Géraldine Nakache, avec Monia Chokri et Niels Schneider.Derrière l'image du couple heureux, vivant dans sa bulle, Géraldine Nakache creuse la question de l'emprise psychologique. ©O'Brother

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