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Qui pour succéder à António Guterres à la tête de l’Onu ? La tutelle des États-Unis “peut parfois virer au chantage”

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Le 31 décembre 2026, António Guterres quittera la tête de l'Organisation des nations unies (Onu). Une fonction que le Portugais a occupée durant deux mandats successifs, à partir de 2017. Huit personnalités sont candidates pour reprendre le flambeau de Secrétaire général : cinq femmes et trois hommes.

Pour espérer décrocher ce poste, les candidats doivent convaincre au moins 9 des 15 pays membres du Conseil de sécurité de l'organisation, tout en n'essuyant pas le veto d'un des membres permanents (France, Royaume-Uni, Russie, Chine et États-Unis) qui ont la faculté de s'opposer à une candidature. Une fois que cet organe s'est arrêté sur un ou une candidat(e), ce choix doit être validé par un vote à la majorité simple au sein de l'Assemblée générale.

Huit candidats au poste de Secrétaire général de l'Onu

Alors que s'ouvre le sommet annuel de l'Onu cette semaine, trois votes "indicatifs" ont déjà eu lieu. Au cours de ceux-ci, chaque État membre du Conseil de sécurité a dû se prononcer ('encourage', 'décourage' ou 'sans opinion') concernant les huit candidats en lice.

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À l'issue du troisième tour, qui s'est déroulé le 18 septembre, c'est Rebeca Grynspan (70 ans, ex-vice-présidente du Costa Rica et actuelle secrétaire générale de l'agence des Nations unies pour le commerce et le développement) qui a pris l'avantage, comme lors du premier vote en juillet. Le second tour, intervenu en août, avait donné Carolyn Rodrigues Birkett (52 ans, représentante permanente du Guyana auprès des Nations unies et ancienne ministre des Affaires étrangères) en tête.

Le profil plus 'technicien' de l'Argentin Rafael Grossi (actuel directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique) en fait un outsider, derrière le duo de femmes plébiscité pour le moment parmi les huit candidats en lice.

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"Pour les candidats, il faut se rendre acceptable à la fois aux yeux de la Chine, des États-Unis de Donald Trump et de la Russie de Vladimir Poutine."

Après António Guterres, au tour d'un candidat issu de l'Amérique latine ?

À ce stade-ci, note Michel Liégeois, professeur de relations internationales à l'UCLouvain, il est trop tôt pour désigner un favori. "Mais le processus de rotation non officiel généralement suivi voudrait que ce soit au tour d'une personnalité issue de l'Amérique latine de s'imposer". Une tendance qui explique que la majorité des candidats sont issus de ce continent. "Dans le cas où aucun candidat représentant un pays d'Amérique latine ne serait retenu, le plus logique serait alors de sélectionner un des deux candidats africains". Jusqu'ici, deux Africains ont occupé le poste de Secrétaire général depuis la création de l'Onu en 1945 : l'Egyptien Boutros Boutros-Ghali (de 1992 à 1996) et le Ghanéen Kofi Annan (de 1997 à 2006).

Le ou la candidate qui a le plus de chances de l'emporter devra, selon notre interlocuteur, veiller à deux éléments cruciaux : "Ne pas prendre de positions diamétralement opposées à celles de Donald Trump, et afficher un profil de technicien".

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Secrétaire général, un rôle "difficile" avant tout symbolique

Le poste de Secrétaire général de l'Onu incarne une fonction délicate à plusieurs égards. "Pour les candidats, il faut se rendre acceptable à la fois aux yeux de la Chine, des États-Unis de Donald Trump et de la Russie de Vladimir Poutine", résume Michel Liégeois, qui rappelle que le Secrétaire général "n'a quasiment aucun pouvoir", étant cantonné au rôle de porte-parole des décisions prises par les États membres.

Le poste demande de jouer les équilibristes politiques en permanence, pour ne pas froisser l'un des 193 États membres des Nations unies.

"En un mot, c'est l'un des métiers les plus difficiles au monde mais c'est aussi l'un des plus importants, car le prochain Secrétaire général ne façonnera pas seulement l'avenir de cette institution, mais également — dans son rôle de plus ardent défenseur de la Charte des Nations unies — celui de l'ordre international fondé sur des règles", a ainsi souligné Annalena Baerbock, présidente de l'Assemblée générale de l'organisation, qui a organisé récemment l'audition des candidats à la succession d'António Guterres.

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"Première puissance mondiale et principal bailleur de fonds de l'institution et ses agences, les États-Unis exercent une quasi-tutelle permanente, qui peut parfois virer au chantage".

Ces dernières années, être à la tête de l'Onu est devenu encore plus compliqué, commente Michel Liégeois : "L'Administration Trump est la plus anti-onusienne que l'on ait connue. Première puissance mondiale et principal bailleur de fonds de l'institution et ses agences, les États-Unis exercent une quasi-tutelle permanente, qui peut parfois virer au chantage".

D'autant que le président américain a, en janvier dernier, rajouté un caillou dans la chaussure de l'Onu, en créant de manière unilatérale le 'Conseil de la paix'; un organe parallèle réservé aux pays riches dont la mission est de superviser le plan de cessez-le-feu, la sécurité et la reconstruction de la bande de Gaza. Des prérogatives qui ont ensuite été élargies par le locataire de la Maison-Blanche à la gestion et à la résolution des conflits à l'échelle mondiale. Soit exactement la raison d'être des Nations unies…

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Les traces que laisse Guterres après ses deux mandats

Où en est le multilatéralisme au terme du double mandat d'António Guterres à la tête de l'Onu ? L'intéressé a dressé un état des lieux du monde lors de l'ouverture de la 81e session de l'Assemblée générale de l'organisation ce 8 septembre, la dernière en sa qualité de Secrétaire général.

Le Conseil de sécurité et l'architecture financière internationale peinent, selon lui, "à faire face aux défis du moment", tandis que le droit international et les droits humains sont "trop souvent bafoués en toute impunité". À cela s'ajoutent un "risque d'escalade nucléaire", l'aggravation du "chaos climatique" et des financements humanitaires et de développement qui "se réduisent comme peau de chagrin".

"Au début de son mandat, comme ses prédécesseurs, António Guterres a mis l'accent sur la prévention des conflits et crises", ajoute Michel Liégeois. Un message qui semble ne pas avoir été entendu, alors que la guerre a fait son retour à Gaza et en Ukraine. "Mais il a eu le mérite de lancer des réformes pour rendre l'Onu moins bureaucratique, sous la pression extérieure, donnant des gages aux États qui veulent que leur cotisation soit utilisée efficacement", juge le professeur de relations internationales.

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