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C’est un projet novateur que s’apprête à réaliser le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) avec l’inauguration de L'Espace Riopelle – Pavillon Michael Audain, qui aura lieu à la fin du mois d’octobre. Le public sera invité pour l’occasion à vivre une expérience olfactive autour de L’Hommage à Rosa Luxemburg, le chef-d'œuvre de Jean Paul Riopelle.
Le Musée national des beaux-arts est le premier à faire une expérience olfactive autour d'une œuvre, autour d'un peintre, explique François Chartier, créateur et cofondateur du Chartier World LAB.
Reconnu à l’international pour son expertise dans le domaine des arômes, le Chartier World LAB a créé six fragrances inédites pour l'exposition. Lors de leur parcours, les visiteurs pourront humer ces odeurs inspirées de la biodiversité de l’Île-aux-Oies, qui fut le terrain de chasse et le lieu de création de Riopelle, tout en s'imprégnant de l'histoire et des symboles de l'œuvre.

Avec l'accord d'Huguette Vachon, veuve de Riopelle, François Chartier a prélevé des flacons de térébenthine, des bombes aérosol et des feutres ayant directement servi à l'élaboration de l'œuvre.
Photo : Gracieuseté Chartier World Lab
Pendant quatre ans, le sommelier et créateur d'arômes a dirigé une équipe afin de transposer la célèbre fresque en fragrances. Cette démarche s'enracine dans une relation personnelle puisque François Chartier a côtoyé Jean Paul Riopelle au début des années 1990 au Bistro Champlain, où l'artiste venait régulièrement échanger et partager du Pernod. Il me racontait des histoires incroyables. Il a tout vécu, dit-il.
Pour saisir l'essence même de l'œuvre, M. Chartier s'est rendu le 14 juillet 2022 dans l'atelier conservé du peintre à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, accompagné de la peintre et historienne de l'art Louise Prescott, qui a côtoyé Riopelle.

« Je suis parti avec la térébenthine, je suis parti avec des feutres qui ont servi, qu'il a pris dans ses mains, qui ont servi à faire ''L'Hommage à Rosa'', des bombes aérosols, et on a passé ça au laboratoire », explique François Chartier.
Photo : Courtoisie Chartier World Lab
Avec l'accord d'Huguette Vachon, veuve de l'artiste, il y a prélevé des flacons de térébenthine, des bombes aérosol et des feutres ayant directement servi à l'élaboration de la fresque. J’ai mis le nez dans tout ça, puis, la machine à création s'est mise en marche. J'ai dit : ''OK, là, je sais à peu près ce qu'il faut faire'', explique-t-il.
Les éléments recueillis ont ensuite été analysés dans un laboratoire spécialisé à Barcelone, selon le même procédé chimique utilisé pour le vin, l'huile ou le chocolat, afin d'en extraire les molécules et arômes dominantes. En parallèle, il a effectué, des recherches approfondies sur les figures clés de l'œuvre, dont Joan Mitchell et Rosa Bonheur. On a épluché tout ce que vous pouvez imaginer. Pourquoi? Bien, je me suis dit : ''Il faut trouver des histoires à raconter'', souligne M. Chartier.

Le public pourra admirer « L'Hommage à Rosa Luxemburg » au troisième étage de l’Espace Riopelle dès le 22 octobre 2026.
Photo : Autre banques d'images / Bruno Boutin
Le processus de création a débouché sur six parfums, dont l'une des compositions phares, intitulée L'Automne du palefrenier, évoque l'année 1946 lorsque Riopelle est allé en Europe afin de travailler comme palefrenier. Cette fragrance associe des notes de foin coupé, de cuir chevalin, de pomme Granny Smith, de feuilles mortes et d'humus, en écho aux pochoirs de fers à cheval, de clous et de selles du premier panneau de la fresque.
Les gens vont avoir des bornes. Pesez, sentez le foin coupé, l'odeur du cuir chevalin, pas le caca de cheval, on n'a pas été là!
Une autre essence majeure, nommée Odeur de sainteté, interprète le panneau final de l'œuvre où figure une oie déployée sur fond blanc et noir. Quand j'ai vu ça la première fois dans les années 90, j'ai dit : ''Ah! On dirait qu'il a voulu rendre plus pure que pure, plus blanche que blanche Joan Mitchell. La béatifier, littéralement.'' Et quand je l'ai revue pour le travail, j'ai dit : ''Ah! Odeur de sainteté'', lance-t-il.

Jean Paul Riopelle devant l'une de ses œuvres en 1956.
Photo : Gracieuseté ONF
Et ça sent quoi, l’odeur de sainteté? La composition réunit des arômes de lys blanc, de muguet et d'immortelle, évoquant la fleur de lys et la flore de l'Isle-aux-Grues.
Je suis très fier, je me sens privilégié. Je le dis souvent, puis je le pense, c'est un cadeau du ciel de faire un truc comme ça quand on a connu l'artiste.
Que penserait Jean Paul Riopelle de cette expérience olfactive autour de son œuvre? Je pense qu'il ne dirait rien, il ferait juste un beau sourire, et c'est tout, mentionne François Chartier.
Il se rappelle avoir reçu, lorsqu'il a remporté le concours du meilleur sommelier du monde à Paris en 1994, un fax de Riopelle sur lequel était inscrit Gloire à Bacchus!, accompagné d'un dessin.
Il avait dessiné des Bacchus, des coupes de vin, tout ça. Donc, ce lien-là était là. Donc, c'est sûr que si Jean Paul était là, il voyait ça, qu'il mette son nez dedans ou pas, je suis convaincu que ça lui ferait un sourire parce qu'il avait toujours ce petit œil malicieux. Il dirait : ''Bien, pourquoi pas!'', lance François Chartier.
Le public pourra admirer L'Hommage à Rosa Luxemburg au troisième étage de l’Espace Riopelle dès le 22 octobre 2026.
Avec la collaboration d'Alicia Rochevrier


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