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Il existe 228 sites « vulnérables » aux aléas côtiers sur les routes nationales des îles de la Madeleine, de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent. Le ministère des Transports « planifie » des chantiers sur 97 sites d’ici 10 ans, mais s’attend en réalité à seulement avoir les moyens d’intervenir sur quelques dizaines de tronçons.
Réaliser « une cinquantaine d’interventions » en une décennie serait déjà un accomplissement significatif, a expliqué Gabriel Simard-Johnson, un responsable de ce dossier au ministère des Transports, lors d’audiences publiques tenues jeudi dernier à Rimouski.
Il s’exprimait devant les commissaires du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le programme décennal de protection côtière du ministère des Transports pour les îles de la Madeleine, la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent. Ce programme d’une envergure inédite vise à élaborer un plan de match sur 10 ans pour protéger les routes nationales (132 et 199) dans ces régions, où l’érosion et la submersion côtières menacent. Les changements climatiques accentuent ces aléas.
Déjà, 228 sites « vulnérables » ont été recensés. Le ministère des Transports cible 97 sites, jugés prioritaires, en vue d’y réaliser des travaux dans le cadre d’un décret gouvernemental de 10 ans qu’il espère obtenir en 2027 ; il qualifie ces sites de « planifiés ».
Cependant, « on ne peut certainement pas prendre l’engagement d’intervenir sur une centaine de sites [en 10 ans], ce serait trop volumineux », a expliqué M. Simard-Johnson jeudi dernier. « Dans le fond, les 97 sites, c’est notre terrain de jeu », a-t-il précisé.
Le ministère des Transports estime qu’il sera en mesure de faire « quatre ou cinq » interventions par année ; le total en 10 ans serait donc de l’ordre d’une cinquantaine.
Les interventions possibles incluent des déplacements de route, des recharges de la grève, des enrochements et des végétalisations. La solution choisie pour chaque site sera décidée en fonction des particularités locales. Les ouvrages planifiés devront aussi tenir compte des changements climatiques prévus sur un horizon de 50 ans, a-t-il été mentionné durant les audiences.
Ces dernières années, de puissantes tempêtes ont frappé les côtes québécoises, particulièrement aux îles de la Madeleine, et ont forcé les autorités à autoriser des travaux d’urgence sur les routes. Sur l’archipel de 13 000 personnes, où le niveau de la mer a augmenté de 22 centimètres entre 1964 et 2014, « il y a beaucoup d’interventions à prévoir, c’est une réalité, puis ça ne va pas aller en s’améliorant », a expliqué devant le BAPE Sophie Moisset, du ministère des Transports.
Aux îles de la Madeleine, « ce n’est pas forcément viable de continuer à vouloir absolument maintenir la route en place », a dit Mme Moisset. Les réflexions sur le destin à long terme des routes madelinoises devront avoir lieu « à plus haute échelle » au gouvernement, selon elle.
Parmi la centaine de sites planifiés dans le sud-est du Québec, 22 sont aux îles de la Madeleine, 23 au Bas-Saint-Laurent, 37 sur la rive nord de la Gaspésie et 15 dans la portion de la Gaspésie bordant la baie des Chaleurs.
Si le ministère des Transports obtient, comme il le demande, un décret gouvernemental valide pour 10 ans à partir de 2027, il pourra commencer à mettre en œuvre ses travaux pour protéger les 97 sites. Il y a toutefois fort à parier qu’il devra demander un renouvellement du décret pour en venir à bout. Le reste des 228 sites vulnérables devra aussi être pris en main éventuellement.
Soulignons que certains ouvrages de protection ont une durée de vie limitée : ainsi, la recharge de plage à Maria, réalisée l’an dernier avec 460 000 tonnes de gravier, devrait protéger le village pendant une trentaine d’années avant de s’éroder et de ramener les autorités à la case départ.
Le programme du ministère fera donc partie intégrante d’un long combat pour protéger les routes nationales, comme la 132, d’un inexorable rapprochement avec la mer. La réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre peut ralentir ce rapprochement.


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