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Le Canada s’est retiré des négociations commerciales avec les États-Unis dans la nuit de vendredi à samedi. Washington aurait notamment exigé des concessions en matière de culture et de langue française. Mais pourquoi ces questions se retrouvent-elles au cœur d’une guerre tarifaire ? Le Devoir fait le point.
<?xml encoding="utf-8" ?><?xml encoding="utf-8" ?>Quelles sont les revendications américaines quant au français ?
Les États-Unis ont franchi une ligne rouge pour le Canada en demandant des concessions sur la protection du français, a rapporté le premier ministre fédéral, Mark Carney, après avoir officiellement mis fin aux négociations. « Ici, au Québec, ici, au Canada, ce sont des droits fondamentaux », a-t-il ajouté lundi.
Les négociateurs américains en auraient eu contre les lois conçues pour mettre en avant le contenu canadien et contre les subventions pour la culture. Ils se seraient même plaints de l’affichage en français et des « renseignements [en français] qui sont sur les produits canadiens ».
Faux, a répliqué lundi le représentant au Commerce du gouvernement Trump. « Ce n’est pas vrai. […] J’aime les Québécois, j’aime qu’ils parlent français », a assuré Jamieson Greer dans une entrevue au réseau américain CNBC.
Ses revendications tournaient autour des règles imposées aux diffuseurs en ligne, dit-il, comme la règle fédérale voulant forcer les compagnies comme Netflix à contribuer au financement de contenu canadien ou en français. « Nous croyons que c’est une taxe discriminatoire ! »
Après un report de ses exigences de « découvrabilité » du contenu canadien, le gouvernement Carney a officiellement laissé tomber en juin dernier son plan demandant des contributions aux diffuseurs en ligne. Le Québec a de son côté adopté en 2025 une loi affirmant sa souveraineté culturelle, conçue pour imposer une part de contenu en français sur les grandes plateformes.
La culture est-elle protégée dans nos accords commerciaux ?
« Tous les pays du monde ont des exigences réglementaires, les États-Unis aussi. Et donc, quand on veut exporter, il faut toujours respecter les exigences de l’autre pays », résume Geneviève Dufour, professeure de droit à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche en droit du commerce durable, responsable et inclusif.
« [Les Américains] considèrent que c’est une certaine forme de protectionnisme que de mettre de l’avant nos films, notre musique », dit Mme Dufour. Elle ne partage pas cette interprétation. « C’est juste normal que chaque pays puisse défendre sa culture. Nous, dans nos relations commerciales, la plupart du temps — et c’est le cas dans l’ACEUM [l’Accord Canada–États-Unis–Mexique] —, on a prévu des articles sur l’exception culturelle. »
Tant la Loi sur la diffusion continue en ligne du gouvernement fédéral que la Loi affirmant la souveraineté culturelle du Québec sont des mesures qui sont exclues du périmètre de l’ACEUM en raison de cette exception culturelle, confirme la professeure.
Divers organismes ont salué la prise de position du Canada en faveur de la « souveraineté culturelle », tout en lui demandant de renforcer la réglementation à cet effet.
Les obligations linguistiques nuisent-elles aux entreprises américaines ?
Les questions entourant la langue française et la culture québécoise, qu’on parle d’étiquetage ou de « découvrabilité », sont considérées comme des « irritants » par les Américains, a souligné Mark Carney lundi.
On se rappellera aussi que, l’an dernier, le gouvernement américain avait qualifié de « barrière » au commerce la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français (la « loi 96 »).
Il ne fait aucun doute que les obligations en matière linguistique entraînent des coûts pour les entreprises, explique Philippe Bourbeau, codirecteur de l’Institut international de diplomatie économique à HEC Montréal. Là où le Canada et les États-Unis ne s’entendent pas, c’est plutôt sur la justification de ces coûts. « Les Québécois et la grande majorité des Canadiens ne le voient pas comme un coût additionnel. [Ils] le voient comme l’application d’un bilinguisme choisi, assumé et défendu. »
Doit-on être surpris de la place occupée par la culture dans les négociations ?
Pas vraiment, pensent les experts consultés. La langue et la culture sont des éléments importants d’une négociation commerciale, estime Philippe Bourbeau. Elles s’inscrivent cependant parmi de nombreux autres sujets d’importance, comme la gestion de l’offre, l’industrie automobile et le bois d’œuvre. Rompre les négociations sur l’autel de la protection du français a dû être une décision « très difficile à prendre », croit M. Bourbeau.
Les récriminations américaines concernant la langue française ne sont pas nouvelles, rappelle Geneviève Dufour. À son avis, cela s’inscrit dans le discours habituel du président Trump, qui aime présenter les États-Unis comme étant traités injustement par leurs partenaires commerciaux.
Quant au gouvernement Carney, il garde le cap. « Autant au niveau de la langue française qu’au niveau de la culture québécoise et de la souveraineté économique, jamais on ne va accepter qu’un autre pays dicte la voie à suivre chez nous au Québec ou au Canada », a déclaré lundi le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne.
Le président américain, Donald Trump, a réagi lundi à la rupture des négociations par un message sur son site Web sans mentionner le différend sur le français. « Le Canada ne sera plus traité comme un État [américain] désormais ! » peut-on lire dans son annonce de nouveaux droits de douane sur le secteur automobile pour 2027.


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