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Quatre sous-marins militaires ont disparu en une seule année. 58 ans plus tard, des chercheurs ont résolu l’énigme

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Précisons-le d’emblée : ce que l’on va raconter ici n’est pas le scénario d’un roman d’espionnage, mais bien une succession de faits réels qui ont endeuillé quatre marines militaires en l’espace de quelques mois. En 1968, alors que la guerre froide battait son plein et que la paix régnait officiellement sur les mers, quatre sous-marins appartenant à quatre nations distinctes ont sombré dans les profondeurs, emportant avec eux des centaines d’hommes. Une coïncidence troublante, presque suspecte, qui a nourri pendant des décennies rumeurs, théories et enquêtes. Il aura fallu plus d’un demi-siècle pour que les chercheurs éclaircissent l’essentiel de ce mystère et remontent le fil de ces tragédies enfouies au fond des océans.

Une année maudite où quatre marines ont plongé dans le silence

Difficile d’imaginer pire série noire pour le monde sous-marin. En quelques mois seulement, les États-Unis, l’Union soviétique, la France et Israël ont chacun perdu un submersible. Au total, 318 sous-mariniers ont laissé leur vie dans ces catastrophes, et les marines concernées en sont ressorties durablement marquées. Le plus déroutant reste que ces disparitions sont survenues en pleine période de paix, sans conflit ouvert pour les expliquer.

Cette concentration d’accidents en une seule année a rapidement alimenté les interrogations. S’agissait-il d’une improbable succession de défaillances techniques, ou bien d’un enchaînement de drames aux causes plus obscures ? La question a hanté les esprits, d’autant que les fonds marins, à des milliers de mètres de profondeur, ne livrent pas facilement leurs secrets.

INS Dakar et Minerve : deux disparitions éclair en trois jours

Le premier à s’enfoncer dans le silence fut l’INS Dakar, le sous-marin israélien. Ce bâtiment n’était pas neuf : il s’agissait de l’ancien HMS Totem britannique, mis en service en 1943, puis transféré à Israël en novembre 1967. Alors qu’il naviguait en Méditerranée orientale, entre la Crète et Chypre, ses derniers rapports ont été enregistrés le 24 janvier 1968, avant qu’il ne disparaisse totalement des écrans.

Trois jours plus tard à peine, c’est au tour de la Minerve française de sombrer. Ce sous-marin diesel-électrique naviguait au schnorchel dans le golfe du Lion, à environ 25 milles nautiques de sa base de Toulon. Le contact a été perdu le 27 janvier 1968, avec ses 52 hommes d’équipage à bord. La proximité de ces deux drames, à seulement quelques jours d’intervalle, ne pouvait que renforcer le sentiment d’une année placée sous le signe de la malchance la plus noire.

USS Scorpion et K-129 : quand la guerre froide sombre par le fond

Quelques mois plus tard, la tragédie a frappé les deux superpuissances de l’époque. Le sous-marin soviétique K-129, de classe Golf II, transportait des missiles balistiques et des têtes nucléaires. Il a sombré le 8 mars 1968 dans le Pacifique, après plusieurs jours d’un inquiétant silence radio. Son sort deviendra plus tard l’objet d’un intérêt tout particulier, tant sa cargaison représentait un enjeu stratégique majeur pour l’adversaire américain.

De son côté, l’USS Scorpion, sous-marin nucléaire de classe Skipjack, a implosé et coulé le 22 mai 1968 près des Açores, à près de 3 000 mètres de profondeur, avec ses 99 membres d’équipage. Il demeure l’un des deux seuls sous-marins nucléaires jamais perdus par l’US Navy, l’autre étant l’USS Thresher. L’hypothèse la plus probable retenue pour expliquer sa perte évoque une explosion de torpille dans le tube, à l’origine d’un incendie incontrôlable. La thèse du docteur John Craven, quant à elle, pointe la surchauffe d’une batterie défectueuse.

Ce que les épaves retrouvées ont fini par révéler

Retrouver un sous-marin par des milliers de mètres de fond relève de l’exploit technologique. Il a fallu attendre des décennies pour localiser certaines de ces épaves. Celle du Dakar a été identifiée en 1999, entre Chypre et la Crète. Quant à la Minerve, elle n’a été retrouvée qu’en juillet 2019 par la société américaine Ocean Infinity, à 45 km de Toulon et à 2 370 mètres de profondeur. Une localisation rendue possible par des drones sous-marins et des sonars de nouvelle génération.

Ces découvertes ont apporté des réponses, mais pas toutes. Elles ont surtout permis d’améliorer la sécurité des submersibles et les opérations de recherche et de sauvetage. En France, la perte de la Minerve et de son navire jumeau, l’Eurydice, a poussé la Marine à revoir en profondeur ses procédures. Malgré tout, historiens et analystes continuent de débattre : accidents isolés, affrontements clandestins de la guerre froide ou simple série exceptionnelle de malchances ?

Ce qui apparaît clairement, c’est que ces quatre disparitions, survenues dans des circonstances mystérieuses et en pleine paix, constituent une véritable anomalie. En rassemblant ces récits, on mesure à quel point les océans gardent jalousement leurs secrets. Reste une question qui continue de fasciner : ces tragédies partageaient-elles un lien caché, ou l’histoire a-t-elle simplement voulu que le hasard frappe quatre fois la même année ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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