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Quatre décollages, quatre explosions entre 1969 et 1972 : de la fusée qui devait battre les Américains sur la Lune, il ne reste presque rien sur place

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Quatre tirs, quatre échecs, cinq kilotonnes d’explosion et un projet enterré sans laisser de trace visible sur le pas de tir. La fusée N1, arme secrète de l’Union soviétique dans la course à la Lune, n’a jamais atteint l’espace. aujourd’hui, à Baïkonour, il ne reste de ce colosse que des morceaux de ferraille recyclés en abris de fortune et, pour l’un d’eux, en simple maison d’été.

À retenir

  • Pourquoi quatre lancements consécutifs ont-ils tous explosé au décollage ?
  • Quelle explosion non-nucléaire reste la plus puissante jamais enregistrée ?
  • Comment les vestiges d’une arme secrète se sont transformés en maison d’été ?

Sommaire

  1. Un géant conçu pour battre les Américains, jamais parvenu en orbite
  2. Quatre lancements, quatre catastrophes en trois ans
  3. Des réservoirs géants transformés en abris de jardin
  4. Un échec qui a coûté la course à la Lune

Un géant conçu pour battre les Américains, jamais parvenu en orbite

La fusée N-1, également désignée Herkules, est un lanceur spatial super lourd développée au cours des années 1960 par l’URSS pour envoyer un homme sur la Lune dans le cadre de la course à l’espace qui l’oppose à l’époque aux États-Unis, qui misent eux sur la Saturn V. Le programme reste enveloppé de secret pendant des décennies : l’existence de ce lanceur et plus généralement du programme lunaire habité soviétique, symbole de l’échec de l’Union soviétique dans la course à l’espace, est longtemps dissimulé par le gouvernement, les premières informations officielles n’étant fournies qu’après la chute du régime soviétique, au début des années 1990. Pendant que Moscou fait mine de ne pas viser la Lune, les images satellites américaines racontent une autre histoire. Un cliché pris par le satellite espion KH-4B révèle déjà, en septembre 1968, une fusée géante installée sur son pas de tir à Baïkonour.

Quatre lancements, quatre catastrophes en trois ans

Les quatre lancements depuis le site 110 du cosmodrome de Baïkonour de la fusée lunaire N1 sont tous des échecs dus à une défaillance du 1er étage, la première N-1 embarquant une maquette du module lunaire explosant en retombant au sol le 21 février 1969. Le scénario de ce premier vol est presque cinématographique : à la 10e seconde, le système de correction et de poussée KORD débranche deux moteurs, puis à T+66 secondes une canalisation d’oxygène liquide se rompt sous l’effet des vibrations et le feu se déclare à l’arrière du lanceur, avant que tous les moteurs s’arrêtent à T+70 secondes et 14 km d’altitude.

Le deuxième tir, le 3 juillet 1969, tourne au désastre absolu. La fusée retombe sur son pas de tir et pulvérise une bonne partie des installations. L’explosion qui suit reste l’un des événements les plus violents jamais provoqués par une machine humaine : équivalente à celle d’une bombe de cinq kilotonnes de TNT, elle est considérée comme la plus puissante explosion d’origine humaine non-nucléaire. Il faudra ensuite près de trois ans pour reconstruire le pas de tir endommagé, la reconstruction du pas de tir de droite durant d’août 1969 à 1972.

Le troisième vol, le 26 juin 1971, échoue autrement : la fusée dévie de sa trajectoire et entraîne sa perte de contrôle à T+51 secondes de vol, soit une seconde trop tard pour enclencher l’arrêt du moteur. Le quatrième et dernier tir a lieu en novembre 1972 : une explosion touche à nouveau le premier étage, quelques secondes avant la séparation prévue. Après ce quatrième revers, le projet est arrêté en 1974, cinq ans après le premier atterrissage sur la Lune de l’équipage américain d’Apollo 11. Pendant que les ingénieurs soviétiques ramassent les débris, les Américains, eux, ont déjà planté six drapeaux sur le sol lunaire.

Des réservoirs géants transformés en abris de jardin

Le sort réservé aux restes matériels du programme est presque plus surprenant que les explosions elles-mêmes. Une fois le projet annulé, les exemplaires de N1 encore en construction ou déjà assemblés n’ont pas été détruits proprement : un exemplaire prêt à décoller avait même été amené sur le pas de tir pour un essai de remplissage avant que le matériel, avec l’annulation du programme, ne soit mis au rebut puis largement recyclé aux alentours de Baïkonour. Le paradoxe est presque comique : les fusées que l’on a voulu détruire sont finalement parmi les mieux documentées, photographiées morceau par morceau par des passionnés qui ont parcouru le cosmodrome.

Concrètement, que reste-t-il ? Des fragments de coque, des supports d’étage et surtout des réservoirs immenses, initialement prévus pour contenir de l’oxygène ou du kérosène à haute pression. L’un de ces réservoirs de l’étage principal a connu une reconversion inattendue : la moitié d’un réservoir du bloc A a été transformée en maison d’été, avec son bouclier thermique conservé sur le dessus. D’autres pièces ont eu un destin plus modeste mais tout aussi révélateur du bricolage soviétique de récupération : des ailerons en grille ont été convertis en simple abri. Le pas de tir lui-même n’a pas totalement disparu du paysage : après l’abandon de la N1, le site a connu une seconde vie dans les années 1980 avec le lanceur Energia et la navette Buran, avant d’être définitivement délaissé après la dissolution de l’URSS.

Un échec qui a coûté la course à la Lune

Impossible de dissocier ces explosions à répétition de la victoire américaine dans la course lunaire. Chaque échec retarde le calendrier soviétique de plusieurs mois, parfois de plusieurs années : la reconstruction du pas de tir après le tir catastrophique de juillet 1969 immobilise le programme pendant que les missions Apollo s’enchaînent de l’autre côté de l’Atlantique. On mesure mal, aujourd’hui, l’ampleur du chantier qu’était Baïkonour à cette époque : un territoire aussi vaste que certains petits pays européens, hérissé de pas de tir, où des dizaines de milliers de techniciens travaillaient dans le plus grand secret sur une fusée que leur propre gouvernement niait officiellement.

Le contraste est frappant avec la Saturn V américaine, dont plusieurs exemplaires trônent aujourd’hui, restaurés, dans des musées à Houston, au Kennedy Space Center ou à Huntsville. La N1, elle, n’a droit à aucun monument. Ses restes traînent dans la steppe kazakhe, transformés en cabanons ou en abris improvisés, loin des projecteurs. Cette absence de mémoire officielle n’est pas un hasard : elle raconte, mieux qu’un musée, ce que fut vraiment cet échec pour le prestige soviétique.

Sources : un-regard-sur-la-terre.org | techno-science.net | osi-univers.org

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