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Les huiles de visit.brussels seraient bien inspirées d'offrir à Bernard Minier, l'un des auteurs de thrillers les plus lus d'Europe, un séjour luxueux dans notre capitale. Car l'écrivain français a manifestement conservé une vision cauchemardesque de son passage à Bruxelles. Habitué à croquer les noirceurs les plus glaciales — il relève volontiers que "la dernière fois qu'on a vu Xavier Dupont de Ligonnès, il avait à la main mon premier roman" —, il signe avec Ruptures, paru en 2026, une description qui donne à voir un Bruxelles plus proche du "trou à rats" de Donald Trump que du "Bruxelles je t'aime" d'Angèle.
L'intrigue met en scène les pérégrinations de son héroïne, Lucia Guerrero, et du milliardaire Milton Gail — double fictionnel d'Elon Musk — à travers un Bruxelles à deux visages.
D'un côté, le pouvoir feutré, froid et autoritaire du Berlaymont, qualifié de "siège hideux" de la Commission, niché au cœur d'une ville que Milton Gail ramène à son insignifiance démographique en la présentant (erronément) comme "plus petite que Des Moines dans l'Iowa ou que Wichita au Kansas". De l'autre, s'étend le monde interlope, sordide et violent des marges urbaines, incarné par la rue d'Aerschot et le quartier Nord.
Lettre ouverte : "Je vais fuir Bruxelles, cette capitale qui ne me laissera pas grand-chose d'autre qu'un goût amer"Ayant quitté sa luxueuse suite du Corinthia Grand Hôtel Astoria, Milton Gail, drogué à la kétamine, s'enfonce dans la nuit bruxelloise. Minier retranscrit cette descente aux enfers à la recherche "des rues les plus chaudes". Cheminant depuis la rue Royale, Gail croise des gamins au coin de la rue des Plantes : "Mec, tu veux des préservatifs, de la came ?", avant qu'un jeune ne crache par terre face à son refus.
Puis, c'est la plongée sans filet dans "tout un quartier qui semblait voué à la démolition", autour de la gare du Nord, érigée repaire "de tous les réprouvés sociaux, des marginaux, des fous, des ivrognes et des inadaptés". Il s'engage ensuite dans la rue d'Aerschot, "une rue de plus en plus galeuse à mesure qu'il s'y enfonçait : façades recouvertes de tags, trottoirs jonchés d'ordures, canettes de Red Bull, capotes usagées". Derrière les vitrines apparaissent "des filles très jeunes, africaines pour la plupart : talons immenses, maquillage à la truelle, extensions peroxydées, ongles recourbés comme des griffes, regards fiers".
L'écriture bascule dans le glauque absolu lorsque Gail pénètre dans un bouge "sentant la poisse et le hasard", l'un de ces antres "où des clients se branlent sur la cuvette des toilettes pendant que des souris filent entre leurs jambes".
A Yser, le cri de colère des riverains face à l'insécurité: "Être commerçante dans le quartier, c'est très difficile en tant que femme"Complètement ivre, le magnat de la tech apostrophe la clientèle locale avec un mépris souverain : "Comment ça va, les blaireaux ? […] Les Européens, vous avez vraiment des sales gueules, dans l'ensemble." S'ensuit une correction en règle par les clients du bar. Gail échappe de justesse à un coup de couteau grâce à l'intervention de son garde du corps, qui déploie son pistolet automatique.
Pour Bernard Minier, le Far West est bruxellois.
On comprendra que l'orgueil des Bruxellois soit piqué au vif par cette prose. Certes, le tableau dressé par l'auteur est sélectif : Bruxelles ne se résume ni à ses zones sensibles ni aux bureaux d'Ursula von der Leyen. Reste que quiconque fréquente régulièrement la gare du Nord et ses alentours pourra difficilement lui donner totalement tort.
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