Un homme seul, en jean et baskets, le visage dissimulé sous une cagoule, franchit l’entrée principale d’un complexe hôtelier de luxe à Nairobi alors que les tirs crépitent encore à l’intérieur. Ce jour-là, le 15 janvier 2019, un militaire britannique en mission de formation au Kenya va passer plusieurs heures à faire des allers-retours dans les bâtiments assiégés pour en extraire des civils terrés dans les bureaux et les cuisines.
À retenir
- Un soldat d’élite britannique pénètre seul dans un bâtiment assiégé sans ordre formel
- Il parcourt étage par étage pour libérer plus de 700 civils terrés dans les bureaux
- Son exploit, d’abord secret, révèle un dilemme éthique au sein des forces spéciales
Sommaire
- Un complexe de bureaux et d’hôtel transformé en piège
- Sans ordre, sans uniforme, il entre quand même
- Une photo virale, un nom resté secret puis révélé
Un complexe de bureaux et d’hôtel transformé en piège
L’attaque frappe le complexe DusitD2, dans le quartier huppé de Westlands, prisé des expatriés et des sièges de multinationales. L’attaque commence vers 14h30 heure locale, peu après qu’un kamikaze se soit fait exploser près du centre du complexe, dans un restaurant, avant que quatre assaillants liés à Al-Shabaab ne mènent une fusillade de masse pendant plus de 22 heures. Le bilan final s’établit à 21 civils tués, un policier kenyan et les cinq assaillants abattus.
Sur place, la panique est immédiate. Certains se cachent sous des bureaux tandis que des balles font voler en éclats les portes vitrées, d’autres sautent par les fenêtres ou courent dehors sous le feu. Plus de 700 civils seront finalement évacués du complexe après un siège qui rappelle l’assaut de 2013 contre le centre commercial Westgate, dans le même quartier de Nairobi, qui avait fait 67 morts. Le lieu, connu pour héberger des sociétés internationales, devient en quelques minutes une scène de guerre urbaine.
Sans ordre, sans uniforme, il entre quand même
Le militaire britannique, membre du très discret 22e régiment SAS, ne se trouve pas là par hasard mais pas non plus en mission opérationnelle. Il se trouvait au Kenya pour aider à former les forces de sécurité du pays lorsque des militants jihadistes d’Al-Shabaab ont lancé leur attaque contre le complexe hôtelier DusitD2 le 15 janvier. Averti de la situation alors qu’il vaquait à une occupation personnelle, il ne reçoit aucun ordre formel de s’engager. Le sous-officier supérieur du 22e escadron SAS était en sortie personnelle quand on lui a demandé son aide alors que l’incident se déroulait, selon des sources.
Sa réaction tient en une image devenue mondialement célèbre. Au plus fort de la fusillade, le militaire britannique aguerri enfile une cagoule et prend son fusil, avant d’entrer dans l’hôtel, toujours vêtu de son jean et de ses chaussures de marche. À l’intérieur, il ne travaille pas seul très longtemps : il rejoint Dan Prastalo, un Slovène des services de protection diplomatique, et tous deux commencent à nettoyer étage par étage le bloc de bureaux et les parkings alors que l’attaque est encore en cours.
Les deux hommes progressent méthodiquement, pièce après pièce, ouvrant les portes des bureaux et des cuisines où des employés terrifiés se sont barricadés. Les images montrent l’opérateur en jean, baskets et gilet pare-balles, forçant des portes et portant assistance aux blessés, le visage couvert par une cagoule. D’après des témoignages recueillis à l’époque, des sources ont indiqué à la BBC qu’il avait ouvert le feu sur les extrémistes islamistes en entrant. Le siège se prolonge bien au-delà de ce que quiconque aurait pu anticiper : il dure plus de douze heures avant que les forces kenyanes ne déclarent le site sécurisé.
Une photo virale, un nom resté secret puis révélé
Le cliché qui circule dans la presse mondiale dès le lendemain ne révèle rien de l’identité de l’homme masqué. Conformément à la culture du secret qui entoure les forces spéciales britanniques, une AP le photographie discutant avec les forces de sécurité kenyanes avant d’entrer dans un bâtiment du complexe hôtelier pour le sécuriser. Le ministère de la Défense refuse tout commentaire, une posture habituelle pour ce type d’unité. Le surnom d' »Obi Wan Nairobi » circule bientôt sur les réseaux, en référence à sa discrétion et à son efficacité.
Ce n’est que plus tard que la reconnaissance officielle intervient. Le soldat des forces spéciales reçoit la Conspicuous Gallantry Cross pour la bravoure dont il a fait preuve lors de l’attaque du complexe hôtelier Dusit D2, dans la capitale kenyane Nairobi, en janvier 2019. Cette distinction, deuxième plus haute récompense britannique pour bravoure au combat, vient couronner une intervention menée sans autorisation hiérarchique. Fait rare pour un membre en service du SAS, son nom finira par devenir public : Christian Craighead.
La suite de l’histoire prend un tour plus inattendu que l’exploit lui-même. Christian Craighead, ancien adjudant du SAS, affirme que des membres de la hiérarchie ont estimé qu’il donnait un mauvais exemple aux jeunes soldats en n’ayant pas demandé la permission de secourir des otages lors de l’assaut armé. Un an après avoir quitté la discrétion du régiment de Hereford, sa notoriété prend une dimension diplomatique inattendue : selon la presse britannique, il rejoint l’équipe de sécurité rapprochée de Donald Trump pour son investiture à Washington, un engagement annoncé pour le 20 janvier.
Sources : x.com | lbc.co.uk | sofrep.com


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