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En 2024, une étude publiée dans la revue JMIR Mental Health révélait que 28 % des personnes interrogées avaient déclaré avoir utilisé un outil d'IA dans les six mois précédents, pour obtenir rapidement un soutien émotionnel ou comme « thérapeute personnel » improvisé. Ce chiffre donne une idée de l'ampleur de ce phénomène qui soulève de nombreuses questions, notamment chez les psychiatres et psychologues.
Converser avec une IA pour aller mieux : bonne ou mauvaise idée ?
Le besoin de thérapie et de compagnie/empathie apparaît comme le Top 1 des raisons pour lesquelles les gens utilisent l'intelligence artificielle générative en 2025, selon un article publié dans Harvard Business Review. Comment expliquer qu'autant de personnes se tournent vers cet outil pour parler de sujets aussi intimes ? Pour le Pr Samalin, ce qui attire en premier est l'absence de jugement. « Environ 30 % des patients de professionnels de santé abordent avec l'IA des sujets qu'ils n'osent pas évoquer avec leur médecin », fait remarquer le psychiatre.
Il faut aussi rappeler que le réflexe d'aller sur Internet quand on a un problème de santé pour y trouver la cause et le traitement, ne date pas d'hier. Sauf que les questions que nous posions hier à Google, nous les posons aujourd'hui à ChatGPT. « Toutes les personnes qui vivent une période difficile émotionnellement parlant ou qui ont des troubles psychologiques ne sont pas suivies par un professionnel de santé. Leur premier réflexe va être d'aller sur Internet pour se rassurer vite », commente le psychiatre.
Mais ces conversations virtuelles apportent-elles un réel réconfort et des réponses utiles aux utilisateurs ? Pas facile de répondre à cette question car le phénomène, bien que grandissant, est récent. Toujours est-il que les professionnels de santé s'inquiètent des conséquences de cette pratique, notamment chez les personnes qui souffrent réellement de troubles psychologiques et qui ne bénéficient pas d'une prise en charge adaptée.
« Les IA conversationnelles comme ChatGPT n'ont pas été conçues dans une finalité de thérapie. Peu importe ce que la personne lui dit, un chatbot va rarement la contredire. De ce fait, dans certaines situations, l'agent conversationnel peut ne pas apporter de réponse adaptée », explique le Pr Samalin.
Des systèmes qui ont montré leurs limites
Ces systèmes d'IA générative ont déjà montré leurs limites. L'année dernière, Adam Raine, un adolescent de 17 ans, s'est suicidé après avoir conversé pendant de longs mois avec ChatGPT. Ses parents accusent OpenAI (entreprise qui a développé ChatGPT) d'avoir poussé leur fils à mettre fin à ses jours. Dans l'historique de son compte ChatGPT, ils ont découvert que leur enfant avait posé des questions révélatrices d'un mal-être : « Pourquoi est-ce que je ne ressens aucun bonheur, que je me sens seul, ennuyé, angoissé et perdu de façon perpétuelle, mais que je ne ressens aucune dépression, aucune émotion liée à la tristesse ? ». Au lieu de l'inviter à demander de l'aide à ses proches ou à un professionnel de santé, ChatGPT lui a suggéré d'explorer davantage ses émotions.
Mais ce n'est pas tout, le robot a par la suite étudié la faisabilité de plusieurs méthodes de suicide évoquées par l'adolescent, avant de lui proposer un modèle de lettre d'adieu à ses parents. Dans un communiqué, OpenAI a dit travailler activement à corriger ces défaillances. Mais pour notre expert, le problème est plus complexe. « On ne peut pas remettre toute la responsabilité sur ChatGPT dans ce drame. Certes, le chatbot ne lui a pas suggéré de demander de l'aide, mais l'adolescent aurait très bien pu trouver des informations sur différentes méthodes de suicide sur Google », souligne le Pr Samalin.
Dans ce contexte, une étude menée par un psychiatre et des psychologues cliniciens a cherché à évaluer les compétences thérapeutiques du chatbot. Ils ont joué le rôle de patients avec différents troubles et ont observé la manière dont ChatGPT répondait. Les résultats de ces travaux ont montré que l'IA a parfois échoué à détecter des comportements à risque ou a répondu d'une façon qui a pu renforcer ou valider des pensées délirantes ou dangereuses. Les chercheurs ont toutefois conclu que le chatbot pouvait être utile pour des problèmes de santé mentale moins graves (stress quotidien ou anxiété légère).
L'IA conversationnelle peut être utile dans la prise en charge des troubles psy, à condition qu'elle ait été développée en collaboration avec des professionnels de santé. © fizkes, Adobe Stock
Que peut apporter l’IA conversationnelle dans la prise charge des troubles psychiques ?
L’IA ne remplace pas l'expertise et l'évaluation d'un clinicien formé. Mais elle peut être complémentaire. À ce jour, il n'existe pas en France de dispositif médical numérique utilisé dans la prise en charge des patients atteints de troubles psychiques. Néanmoins, des projets sont en phase de recherche et des outils sont en phase de développement. Des agents conversationnels sont actuellement étudiés dans le champ de la prévention, mais aussi pour l'élaboration de solutions adaptées à chaque patient.
Les IA conversationnelles présentent plusieurs avantages, selon le Pr Samalin. « L'étude des échanges entre une personne et un chatbot peut aider les professionnels de santé à dépister et à diagnostiquer une maladie. Ces agents conversationnels sont aussi un allié précieux pour le suivi des patients car ils favorisent leur engagement et leur motivation. Ils sont plus enclins à parler avec un avatar qu'à répondre à des questionnaires », détaille le psychiatre.
En attendant que de nouveaux dispositifs médicaux d'IA conversationnelle voient le jour en France, le Pr Samalin appelle à une utilisation prudente des outils actuellement disponibles, et qui n'ont pas été développés pour un soutien psychologique. « Il est plus facile de parler à ChatGPT qu'à un médecin. Mais la question d'aller consulter un professionnel de santé doit se poser quand on utilise cet outil tous les jours et que les symptômes ne s'améliorent pas ».


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