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Trois élèves du secondaire ont été suspendus le mois dernier d’un cours de reprise offert par une école privée montréalaise après avoir insulté leur enseignant, en plus d’avoir tenu des propos racistes et dégradants, a appris Le Devoir. Une situation qui témoigne des défis que rencontrent nombre d’enseignants racisés au Québec, dont la rétention dans nos écoles est pourtant essentielle, soulève une série d’intervenants.
L’école Succès scolaire, un établissement privé non subventionné, mais reconnu par le ministère de l’Éducation, offre des cours d’été pour aider les élèves du secondaire à réussir leur parcours dans plusieurs matières, notamment en mathématiques, en sciences et en français. Ces cours sont donnés en ligne sur une plateforme permettant aux enseignants d’interagir avec leurs élèves en visioconférence.
C’est en raison d’un problème technique lié à la mise à jour de cette plateforme que, lors d’un cours de reprise en français de troisième secondaire tenu le 9 juillet, tous les micros des élèves d’une classe virtuelle ont été allumés. Ceux-ci sont normalement gardés fermés à moins qu’un tour de parole soit accordé par l’enseignant.
Pendant ce cours, auquel participaient quelque 80 élèves, trois d’entre eux ont tenu des propos « irrespectueux et inadmissibles », y compris des insultes ainsi que des propos dégradants et racistes visant leur enseignant racisé et ses auxiliaires d’enseignement, a confirmé au Devoir le directeur général de l’établissement, Félix Morin.
Cette situation a mené l’enseignant à intervenir à quelques reprises, avant de suspendre les trois élèves en question de ce cours, quelque 20 minutes après le début de celui-ci. Le cours a ensuite été temporairement interrompu le temps que soient rétablis les paramètres de sécurité sur la plateforme utilisée, afin que seuls les micros des élèves ayant obtenu un droit de parole soient allumés.
Les élèves à l’origine des propos inappropriés et leurs parents ont pour leur part été rencontrés pour remédier à la situation. Les trois jeunes ont ensuite pu réintégrer leur classe pour l’ensemble des cours suivants, qui se sont déroulés sans heurt, indique M. Morin.
Ce dernier assure d’ailleurs que son école prend au sérieux l’intolérance dont peuvent parfois faire preuve des élèves, et que subissent des enseignants. C’est pourquoi, souligne-t-il, les élèves sont appelés à signer un code de vie dans lequel ils s’engagent à tenir des propos respectueux. Il reconnaît cependant que son établissement pourrait aller plus loin, surtout à la lumière de cet incident.
« Une chose, je pense, qui pourrait être intéressante, ce serait de prévoir une sensibilisation de la part de l’équipe administrative dès le départ », relève le gestionnaire. Il évoque ainsi la possibilité qu’une partie du premier cours de tous les élèves de son école porte « sur le civisme en classe ».
Pas un cas isolé
L’intolérance vécue cet été dans une classe de l’école Succès scolaire ne constitue d’ailleurs pas un cas isolé, loin de là.
« C’est toujours très malheureux d’entendre ça, mais c’est certain que ce sont des situations qui semblent se présenter de plus en plus souvent, que ce soit par du racisme », de l’homophobie ou de la transphobie, énumère Annie-Christine Tardif, vice-présidente à la vie professionnelle à la Fédération autonome de l’enseignement.
L’organisation a d’ailleurs collaboré avec Francis Dupuis-Déri à une recherche qualitative, parue en février dernier, dans le cadre de laquelle de nombreux enseignants, élèves et intervenants ont fait part de l’intolérance quant à la diversité sexuelle et de la misogynie dont ils ont été témoins en milieu scolaire ces dernières années. À cela s’ajoutent plusieurs propos s’attaquant à des enseignants en raison de la couleur de leur peau, indiquent les intervenants joints par Le Devoir.
« Il y a une montée de la violence très haineuse, un peu partout et sur tous les sujets », soupire la deuxième vice-présidente du conseil exécutif à la Centrale des syndicats du Québec, Valérie Fontaine.
Des effets sur la pénurie
Or, « c’est clair qu’une personne qui vit du harcèlement en milieu de travail, ça aura une conséquence directe sur son désir de poursuivre ce travail-là », poursuit-elle. Elle souligne ainsi qu’il y a un risque que cette intolérance nuise à la rétention du personnel enseignant racisé ou membre de la diversité sexuelle.
Un risque qui est particulièrement élevé si les attaques subies sont récurrentes, relève Anastasie Amboulé-Abath, professeure au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi. « Si ça arrive à tout moment, c’est normal que la personne décide de partir. Et ça, c’est vraiment malheureux pour le système éducatif », déjà aux prises avec une pénurie d’enseignants.
La rétention de ces enseignants est d’autant plus importante qu’il est souvent « rassurant » pour les élèves issus de la diversité — ethnique ou sexuelle — d’avoir devant leur classe une personne qui partage leur réalité et qui peut donc représenter un modèle positif pour eux. Cela peut aussi contribuer à ouvrir l’esprit de l’ensemble des jeunes de la classe, note Mme Amboulé-Abath.
À l’inverse, si on n’arrive pas à retenir ces enseignants, moins d’élèves membres de minorités visibles développeront l’envie de devenir enseignant, prévient Mme Fontaine.
Ainsi, « je pense qu’on devrait tout faire pour garder ces enseignants qui sont issus des différentes minorités », dit Anastasie Amboulé-Abath.
Soutenir les enseignants
Pour ce faire, syndicats et experts plaident pour qu’un meilleur soutien soit offert, de la part des directions d’école, aux enseignants victimes de l’intolérance de certains élèves. « C’est une préoccupation que tous les directeurs d’école devraient avoir », soutient la professeure au Département d’éducation et formation spécialisées de l’Université du Québec à Montréal Maryse Potvin.
Or, actuellement, plusieurs écoles ne mentionnent toujours pas, dans leur plan de lutte contre l’intimidation et la violence, le fait que le personnel — et non pas seulement les élèves — peut en être victime, déplore Annie-Christine Tardif. Une situation qui peut nuire à la rétention d’enseignants victimes de propos ou d’actes de leurs élèves et qui se sentent « abandonnés » par leur établissement.
À cet égard, André Bernier, président de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles, note qu’il est important que les directions d’école prennent au sérieux les propos et gestes inacceptables à l’endroit des enseignants, et ce, dès qu’ils surviennent.
« Ce n’est pas quelque chose qui est monnaie courante, tant mieux, mais quand ça arrive, il faut réellement intervenir très, très rapidement. »
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