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Psychiatrie en ruines : aux urgences, des patients attendent jusqu’à dix jours dans des couloirs

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Faute de lits et de soignants, la psychiatrie d’urgence transforme les couloirs d’hôpital en zones d’attente sans intimité ni cadre légal.

Jusqu’à dix jours aux urgences en attendant une place

Le constat est signé du Contrôleur général des lieux de privation de liberté. Après plusieurs visites menées en juillet dans les hôpitaux de Paris et de petite couronne, l’institution décrit des « dysfonctionnements graves » et une « attente prolongée dans des conditions indignes ».

Au premier semestre 2026, 3 957 patients orientés vers la psychiatrie ont subi une attente prolongée en Île-de-France, soit une hausse de 31,8 % en un an. La durée moyenne dépasse désormais 39 heures. Dans certains établissements, des malades restent plusieurs jours aux urgences, parfois jusqu’à une dizaine de jours.

Faute de place, ils patientent sur des chaises, des brancards alignés dans les couloirs ou parfois directement au sol. Intimité limitée, accès aux douches insuffisant, éclairage permanent, bruit : pour la dignité, on repassera lorsque le prochain lit se libérera.

Plus grave encore, le CGLPL relève des patients privés de liberté sans décision régulière d’admission en soins sans consentement, ainsi que des mesures d’isolement ou de contention pratiquées sans cadre légal adapté. Des adolescents de 16 à 18 ans sont également envoyés vers des unités pour adultes faute de solutions en pédopsychiatrie.



Les lits disparaissent, les besoins restent

L’épisode francilien n’arrive pas de nulle part. Les statistiques de la Drees racontent depuis des années la même histoire.

Fin 2024, la France comptait 50 646 lits d’hospitalisation psychiatrique à temps plein, encore 1 % de moins qu’un an auparavant. Entre 2013 et 2023, environ 6 600 lits psychiatriques avaient déjà disparu. Pour l’ensemble de l’hôpital, 2 300 lits d’hospitalisation complète supplémentaires ont été supprimés en 2024.

La baisse n’a pas commencé avec Emmanuel Macron. Mais elle ne s’est certainement pas arrêtée avec lui.

Les conséquences sont désormais visibles jusque dans les urgences généralistes. À Orléans, durant l’été 2026, une femme de 85 ans victime d’une hémorragie a passé cinq nuits sur un brancard faute de chambre. À Nantes, Rennes ou ailleurs, les mêmes alertes reviennent : manque de lits, services sous tension, personnels épuisés et patients coincés aux urgences en attendant une place.

« Quand tout n’a pas été détruit »

Difficile, dans ce contexte, de ne pas ressortir une petite phrase d’Emmanuel Macron devenue particulièrement encombrante. En avril 2023, alors qu’il parlait de la refondation du modèle de santé, le président lâchait : « C’est plus dur de le réinventer quand tout n’a pas été détruit. »

La formule  résonne singulièrement lorsqu’on la confronte aux fermetures de lits, aux urgences saturées et à la pénurie de personnels.

On peut discuter du mot « destruction ». Il devient plus difficile de discuter de la courbe.



En psychiatrie, le résultat tient désormais en une image : un malade en crise, un brancard dans un couloir et personne capable de dire quand un véritable lit sera disponible.

La « refondation » peut attendre. Les patients, beaucoup moins.

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