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Dans cette nouvelle édition (cela fait maintenant 14 ans que nous publions et mettons à jour notre schéma), nous avons, entre autres, particulièrement développé la partie consacrée aux influenceurs·euses et (enfin !) accordé à Pierre-Édouard Stérin la place qu’il mérite. Le schéma peut être téléchargé au format PDF en cliquant sur l’image, et également être commandé sur notre site. N’hésitez pas à nous faire des remarques en nous écrivant à : [email protected].
De la droite réactionnaire à l’extrême droite radicale, à quoi ressemble la nébuleuse d’extrême droite aujourd’hui ? Pas si facile de répondre. Notre schéma propose des repères en indiquant, quand cela était possible, les liens entre les groupes et leurs origines. Vous trouverez sous le schéma des précisions sur certains groupes, personnalités ou courants.
LES ÉLECTORALISTES (1)
Le Rassemblement national
Fondé en 1972 entre autres par des néofascistes, le Front National (FN) rassemblait à l’origine tous les courants de l’extrême droite sous l’autorité de son président incontesté pendant plus de 40 ans, Jean-Marie Le Pen. Une scission en 1998 a affaibli le parti jusqu’en 2011 où Marine Le Pen a succédé à son père, avec la volonté de normaliser le parti, symboliser en 2018 par un changement de nom, le FN devenant le Rassemblement national. Avec comme seul allié l’UDR, le RN dispose d’une base électorale solide : Marine Le Pen a été au second tour des présidentielles en 2017 et 2022 et le RN a obtenu 143 député·es aux législatives de 2024. Préparant sa candidature de 2027, Marine Le Pen a laissé la présidence du RN à un jeune ambitieux, Jordan Bardella, au détriment de certains de ses plus fidèles soutiens (comme Steeve Briois). Si Bardella se voyait déjà président de la République en 2027 suite à la condamnation de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics en juillet 2026, celle-ci garde finalement la main sur le mouvement en maintenant sa candidature et en éloignant les proches de Bardella (comme François Durvye, conseiller de Bardella, ou l’ex-président du RNJ Pierre-Romain Thionney, remplacé cet été par Tony Bonalair, venu pourtant de Reconquête). Le RN, comme l’était le FN, reste une entreprise familiale, et seuls les plus fidèles à la patronne, comme Sébastien Chenu ou Jean-Philippe Tanguy, parviennent à avoir de la visibilité.
Des concurrents marginalisés
Plusieurs leaders de la droite dite "de gouvernement" continuent de se radicaliser sur les questions de sécurité, d’immigration et d’identité, comme l’ex-ministre de l’intérieur Bruno Retailleau et l’ex-porte-parole du gouvernement Laurent Wauquiez. Après la dissolution de l’assemblée nationale de 2024, Eric Ciotti, président des LR, lance l’Union des Droites pour la République (UDR), pour s’allier électoralement au RN, provoquant une crise au sein des LR, enterrant au passage l’illusoire « ni droite ni gauche » du RN.
Reconquête ! devait incarner une alternative au RN (jugé trop « socialiste » par certain·es !) et le rassemblement à la droite de la droite : si son président Eric Zemmour reste en place, sa compagne Sarah Knafo a bien du mal à cacher ses ambitions, bien que le mouvement soit au point mort. Marion Maréchal, après s’être rapprochée de Zemmour avant de le trahir, a fondé son propre mouvement, Identité Libertés (dans lequel s’active également l’ancien leader identitaire Philippe Vardon (IFP) lui se porte bien. D’autres personnalités politiques de la droite « hors les murs », comme Philippe de Villiers (fondateur du Puy-du-Fou) ou Jean Messiah (spécialisé dans l’arnaque à la cagnotte en ligne), sont invités dans les médias ou tentent d’exister sur les réseaux, sans pour autant peser électoralement.
Enfin, l’avenir semble toujours bouché pour les souverainistes de tout poil. Debout la France n’est qu’une coquille vide (ce qui n’empêche pas son président Nicolas Dupont-Aignan de se déclarer candidat pour les présidentielles de 2027 !), tandis que l’UPR n’existe plus que dans les milieux complotistes. Les Patriotes de Florian Philippot (ex-numéro 2 du FN de Marine Le Pen dans les année 2010) s’activent principalement sur les réseaux sociaux, mais le mouvement organise malgré tout chaque année "les Assises de la Souveraineté" avec de nombreux invités issus pour la plupart de la fachosphère.
LES RÉACTIONNAIRES (2)
La guerre culturelle est menée par des revues (et leur extension sur internet), rcertains bénéficiant d’une large diffusion comme Frontières (qui dispose également d’une émission sur CNews) ou Valeurs actuelles (dont le directeur adjoint, Charles Sapin, sévit également dans les médias du service public. Ces réacs entendent prendre leur revanche sur l’hégémonie supposée de la gauche dans ce domaine, et saturer l’espace public de leurs obsessions patriarcales, islamophobes, et nationalistes. Tous étaient un temps derrière Zemmour, mais depuis ses revers électoraux, sa capacités à rassembler s’est très largement effritée, et de nombreuses figures néoconservatrices lui préfèrent le jeune Bardella.
Tout ce petit monde peut en revanche compter sur le soutien sans faille de l’empire médiatique du milliardaire catho tradi Vincent Bolloré qui leur offre des heures d’expression débridée sur sa chaîne de télé (Cnews), sa radio (Europe 1), son journal (Le Journal du Dimanche) et une grande visibilité de leurs ouvrage dans son réseau de kiosques (Relais H), quand il ne les édite pas lui-même.
Un autre milliardaire, Pierre-Édouard Stérin, met également sa fortune au service de média d’extrême droite comme la très réac revue L’Incorrect, à travers la collecte de fonds pour projets réactionnaires (Les Nuits du Bien Commun) et le financement de structures éducatives ou de formation (académies Saint-Louis, Excellence Ruralités).
Toujours du côté de la défense de la famille traditionnelle, la Manif pour Tous est devenue en 2023 le Syndicat de la Famille mais son activité est devenue plutôt confidentielle, malgré une mobilisation récente contre l’euthanasie.
Les nationaux-catholiques (3)
Les réseaux catholiques traditionnalistes sont denses car ils peuvent s’appuyer sur certaines paroisses et ils disposent de plusieurs médias (comme Radio Courtoisie, dont le slogan est "toutes les droites, tous les talents" !), de maisons d’édition (comme Renaissance catholique) et de sites internet (comme le Salon beige ou Media Presse Info).
Avec comme mot d’ordre « Dieu, Famille, Patrie », Civitas, devenu depuis sa dissolution Civitas international était un parti politique voulant imposer sa foi à toute la société, à travers un discours discrètement antisémite, mais son activité se limite aux conférences de son leader Alain Escada.
L’Agrif, qui lutte contre le « racisme anti-blanc » et la « christianophobie » porte plainte et se constitue partie civile dans des procès, est désormais dirigé par Yann Baly, également président de Chrétienté Solidarité.
La lutte anti-IVG est l’un des combats historiques des cathos tradis : les Marches pour la Vie rassemblent chaque année plusieurs milliers de gens et la Fondation Lejeune, depuis 1996, associe recherches scientifiques sur les maladies génétiques et engagement militant contre l’avortement. Academia Christiana, fondée en 2013, est une structure de formation animée par Victor Aubert. Son réseau est assez étendu et a tendance à grossir : il va de mouvements traditionalistes (comme la Fraternité Saint-Pie-X) jusqu’aux activistes identitaires, en passant par la Nouvelle Droite. D’autres structures proposent également des formations comme Ichtus ou l’Institut Saint-Irénée, a vu le jour cet été, à l’initiative entre autres de l’abbé Raffray, par ailleurs influenceur masculiniste à ses heures perdues.
LA FACHOSPHÈRE (4)
La présence de l’extrême droite sur internet, est composé de deux grands ensembles, qui se croisent mais ne se confondent pas tout à fait.
D’une part, on trouve des médias qui traitent l’actualité avec tous les biais racistes et sexistes propres à la mouvance. Outre les médias mainstream qui servent de relais à leur propagande, sous l’impulsion de leur propriétaire comme le milliardaire catholique Vincent Bolloré avec Cnews, ou à l’initiative d’animateurs, comme André Bercoff de Sud Radio, on trouve aussi quelques structures indépendantes de différentes natures. On trouve ainsi le pionnier FdeSouche, un agrégateur d’articles qui sélectionne uniquement ceux qui lient immigration et insécurité, ou encore Occidentis, créé par David Alaime, qui propose un "contenu dissident". Breizh Info, lui, est un site d’infos locales, tandis que TV Libertés est une webTV d’aspect professionnel ou encore Le Média pour Tous de Vincent Lapierre toujours au service de l’extrême droite.
Les influenceurs-euses (5)
D’autre part, on trouve une multitude de personnalités en lutte contre le « wokisme » et « l’islamisation de la Franc e » sur les réseaux sociaux, leur renommée et leur succès reposant sur leur capacité à créer des polémiques, à proposer des formations (douteuses) et à fidéliser suffisamment de followers pour monétiser leur activité et la pratiquer à plein temps.
Certain·es se spécialisent dans les discours antiféministes, par le biais de l’humour comme Papacito, du coaching pour incels comme Alex Hitchens, de la glorification de la tradewife comme Thaïs d’Escufon, d’un fémonationalisme bancal comme Alice Cordier ou d’une transphobie obsessionnelle comme les terfs Stern ou Moutot.
D’autres (parfois les mêmes !) cultivent ad nauseam leur islamophobie, comme Damien Rieu spécialisé en fake news ou Mila Orriols qui multiplie les provocations pour renforcer son statut de victime.
D’autres encore rêvent d’associer leur propagande à de l’activisme sans y parvenir, comme le racialiste Daniel Conversano ou Égalité & Réconciliation, fan-club de l’antisémite invétéré Alain Soral qui apporte régulièrement son soutien à des négationnistes multi-condamnés.
Enfin, dernière tendance en date, des streameurs sous pseudo, dont certains ont percé grâce aux jeux vidéos comme Sardoche(présent à l’UdT de Reconquête ! cette année), proposent de longues vidéos dans lesquels ils s’invitent et se commentent les uns les autres (se clashent parfois) et traitent de l’actualité à travers un prisme raciste et sexiste, souvent ultra-libéral voire libertarien (comme LeGuiz) mais indépendamment des partis politiques (même s’il y a des exceptions comme Lebracq, revendiqué RN), certains pratiquant une forme de confusionnisme en se revendiquant « de gauche » comme Greg Tabibian, animateur de la chaîne YouTube J’suis pas content TV.
La Nouvelle Droite (6)
Pour réhabiliter la vision inégalitaire de l’extrême droite , le Groupement de Recherche et d’Étude pour la Civilisation Européenne (GRECE), inactif aujourd’hui, y a travaillé pendant des décennies. Alain de Benoist qui en est le représentant historique, se plaît à brouiller les cartes à travers la revue Éléments, dirigée par François Bousquet. La [https://lahorde.info/La-Nouvelle-Droite-et-ses-dissidences-Entretien-avec-Stephane-Francois] dispose aussi d’un outil de formation, l’institut Iliade, qui organise des conférences et des cycles de formation sur « le grand effacement », les « pensées non-conformes » ou la défense de la civilisation européenne. Polémia, un Think tank fondé par Jean-Yves Le Gallou, ex-idéologue du Front national, propose de son côté une IA raciste, il fallait y penser !
LES ACTIVISTES (7)
L’Action française (AF) est le plus vieux mouvement nationaliste en activité. Royaliste, historiquement école de formation, l’AF organise des colloques mais aussi des actions de rue. Une scission en 2018 a éloigné les anciens restés fidèles à l’antisémitisme historique et à la nostalgie vichyste. L’AF d’aujourd’hui se réfère toujours à Maurras, mais en concentrant ses attaques contre les musulmans.
La Cocarde étudiante, un syndicat dont les militants n’hésitent pas à faire le coup de poing, roule aussi bien pour le RN que pour Reconquête !. Il est en concurrence avec le syndicat historique de la droite, l’UNI, qui est plus proche de l’UDR de Ciotti que des Républicains, alors qu’il était par le passé davantage rattaché à la droite dite "de gouvernement".
Le collectif Nemesis de son côté, sous couvert de « féminisme de droite », fait de l’agitation islamophobe, en particulier avec des happening visant à perturber des manifestations ou rassemblement véritablement féministes.
Les Identitaires ont tenté depuis leur création en 2002 de se démarquer de l’extrême droite traditionnelle, en misant tout sur la communication. Dissout en 2021 alors qu’il était déjà en perte de vitesse, le mouvement tente régulièrement de se réinventer, mais semble avoir perdu sa créativité et tourne en rond, comme le montre sa dernière initiative, Objectif Remigration. L’ASLA (association de soutien aux lanceurs d’alerte), collecte de l’argent, mais pour quoi faire ?
Chaque année, les néofascistes de tout poil se retrouvent lors de la manifestation organisée par le Comité du 9 mai pour rendre hommage à un jeune militant mort en 1994, sous la direction de Gabriel Loustau, fils d’Axel Loustau, un responsable du GUD (aujourd’hui dissout) des années 1990, devenu prestataire de service pour le RN. On les retrouve également au sein des Active Clubs, qui organisent des entraînements. Ces militants peuvent recevoir à l’occasion le renfort de hooligans venus du stade dont la seule expression politique est d’attaquer des militant·es de gauche.
Enfin, tout au fond du panier, on trouve le Parti de la France, fondé en 2009 par Carl Lang, ex-n°2 du FN, et aujourd’hui présidé par Thomas Joly, qui cherche à faire de l’agitation, tout en se présentant parfois à des élections, avec des résultats insignifiants ou encore les Nationalistes (ex-PNF) qui s’inscrivent dans la continuité de l’Œuvre française dissoute en 2013 et reste l’un des derniers mouvements à assumer ouvertement une filiation fasciste. Proche d’eux, un collectif de soutien aux nationalistes et aux négationnistes emprisonnés, le CLAN, est animé par l’avocat Pierre-Marie Bonneau, qui s’occupe également de la boutique du C9M.
Les groupes locaux (8)
Des groupes implantés localement se revendiquent « enracinés » sans être affiliés à une organisation précise (nous avons réalisé une carte de France de l’implantation locale de l’extrême droite qui présentent les groupes réellement actifs). Certains se posent en héritiers du GUD (mouvement étudiant nationaliste-révolutionnaire), aujourd’hui dissout, mais la plupart sont en réalité de simples bandes affinitaires, à maintenir une activité militante, mais la plupart du temps basée sur la violence. Ils reçoivent à l’occasion le renfort de hooligans venus du stade et n’ont pas vraiment d’expression politique en dehors de leurs attaques contre des militant·es de gauche.
La Horde


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