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Habités par un sentiment d'urgence après l'approbation de la phase 2 du parc éolien Des Neiges, dans Charlevoix, des citoyens réclament un référendum populaire. Ils craignent des impacts irréversibles sur les paysages charlevoisiens, des effets néfastes sur la biodiversité et une entorse à l'image de la région comme destination touristique.
Tout juste avant les Fêtes, le gouvernement Legault a donné son aval à la phase 2 du mégaprojet éolien Des Neiges, appelée secteur Charlevoix.
Projetée dans l'arrière-pays de Baie-Saint-Paul sur des terres privées appartenant au Séminaire de Québec, cette phase consiste en l'implantation de 57 éoliennes d'une hauteur de 200 mètres et de 7 MW chacune, pour une puissance installée de 400 MW.
Elle fait partie d'un vaste projet de 1200 MW séparé en trois parcs distincts, tous prévus dans la Seigneurie de Beaupré, une enclave religieuse de 1600 km2 dont le Séminaire de Québec tire profit de l'exploitation forestière, des camps de chasse et de pêche privés et de l'énergie éolienne.
Le promoteur Boralex, qui mène la charge avec Énergir et Hydro-Québec, entend amorcer les travaux préparatoires dès janvier pour le secteur Charlevoix. Quelque 69 kilomètres de chemins forestiers devront être aménagés et près de 85 hectares de forêts devront être déboisés.

La carte des différents projets de parcs éoliens de la seigneurie de Beaupré.
Photo : Capture écran / Boralex
Le cas de la Mauricie
Pour des citoyens de Charlevoix, le feu vert à la phase 2 ne passe tout simplement pas.
Anthoni Barbe, consultant en aménagement du territoire, tente de mobiliser ses concitoyens en réclamant un référendum sur les projets éoliens dans la région charlevoisienne.
M. Barbe veut s'inspirer de ce qui s'est fait en Mauricie. Il a récemment sourcillé en apprenant que des municipalités y avaient tenu des référendums au sujet du développement éolien sur leur territoire. Le 2 novembre dernier, en même temps que les élections municipales, les municipalités de Saint-Tite, de Saint-Luc-de-Vincennes et de Sainte-Thècle ont en effet pris le pouls de leurs citoyens dans le cadre d'un référendum consultatif.
Dans les trois cas, une majorité de la population s'est opposée au développement de la filière éolienne.

L'implantation d'éoliennes près des zones habitées et dans certains milieux plus sensibles ne fait pas l'unanimité au Québec. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sandra Fillion
Un peu plus d'un mois plus tard, l'entreprise TES Canada annonçait le report de ses projets éoliens prévus sur le territoire des municipalités concernées, plaidant notamment le manque d'acceptabilité sociale. L'entreprise souhaite alimenter sa future usine d'hydrogène vert de Shawinigan avec l'énergie éolienne.
Le gouvernement nous a demandé de maximiser l’acceptabilité sociale du parc éolien, tout en livrant la relance économique promise à la région, affirmait le pdg de TES Canada pour expliquer la décision de reporter l'installation de ses parcs. Le gouvernement Legault se range malgré tout derrière l'entreprise.
Dans le cas de la Mauricie, l'opposition s'est notamment formée autour de la protection des terres agricoles.
La population écartée
Ces référendums de nature consultative n'ont pas de valeur légale et ne sont pas contraignants, admet Anthoni Barbe. Mais à son avis, ils ont visiblement le pouvoir d'envoyer un signal aux décideurs et aux promoteurs, comme en Mauricie.
Selon lui, Charlevoix aurait mérité la tenue de référendums similaires. Dans le cas de la phase 2, il estime que les populations de Baie-Saint-Paul et de Saint-Urbain devraient avoir la chance de s'exprimer de la même manière.
Nous sommes dans un secteur qui est environnementalement encore plus sensible. Nous sommes dans une région de la biosphère de l'UNESCO. Nous avons un patrimoine naturel qui est reconnu internationalement. Pourtant, on n'a pas demandé concrètement l'avis de la population. Je pense que la population peut légitimement demander un référendum, plaide-t-il en entrevue à Radio-Canada.
La municipalité de [Baie-Saint-Paul] est gardienne d'un patrimoine naturel qui la dépasse.

Les montagnes charlevoisiennes vues de Baie-Saint-Paul. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Carl Boivin
Dans le cas du projet Des Neiges, secteur Charlevoix, les inquiétudes de la population n'ont pas été écoutées, insiste l'instigateur de la mobilisation.
Il en prend pour preuve le feu vert au projet malgré le rapport défavorable du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Clairement, les recommandations du BAPE n'ont pas été intégrées au projet, peste M. Barbe.
Ce dernier note que 54 éoliennes seront visibles du sommet du mont du Lac des Cygnes, haut lieu du tourisme charlevoisien et figurant parmi les principales attractions du parc national des Grands-Jardins.
Bien qu'il reconnaissait la conformité du projet en vertu des plans d'aménagement locaux, le BAPE notait l'importance des paysages dans son rapport paru en juin dernier. Il s’avère inéluctable que la région de Charlevoix est reconnue pour la qualité de ses paysages, lesquels sont une des principales composantes de son attrait, pouvait-on y lire.

Le mont du Lac des Cygnes est l'un des lieux phares du parc national des Grands-Jardins. (Photo d'archives)
Photo : Sciences@CECC
Concernant la biodiversité, Anthoni Barbe rappelle que le gouvernement du Québec s'est engagé à protéger l'habitat du caribou forestier. La harde de Charlevoix, en enclos, a vu son habitat se détériorer au point d'atteindre un taux de perturbation de 90 %.
Selon lui, Québec ne peut prétendre vouloir protéger l'espèce en allant implanter des éoliennes dans son aire de répartition. À son avis, la province se contredit en ayant annoncé un projet pilote de restauration de son habitat l'an dernier, pour ensuite autoriser la phase 2 du projet Des Neiges l'année suivante.
Au total, une dizaine d'éoliennes sont toujours projetées dans l'habitat du cervidé, protégé par la Loi sur les espèces en péril au Canada et par la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables au Québec.

L'habitat du caribou forestier de Charlevoix est perturbé à plus de 90 %. Ce taux doit être ramené sous les 35 % pour offrir une chance de survie à la harde. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté : Jean-Simon Bégin
Le BAPE a lui aussi critiqué l'approche de Québec et avait averti Boralex des effets négatifs de son projet sur l'espèce. Bien que [le promoteur] ait consenti des efforts pour optimiser la configuration du parc éolien projeté et [même s'il] prévoit la mise en place de mesures d’atténuation, de compensation, de surveillance et de suivi, la population de caribous forestiers de Charlevoix pourrait en subir les conséquences.
Le BAPE enjoignait la province à accélérer le pas dans la mise en place de son projet pilote. Six mois plus tard, Québec n'a pas présenté son projet pilote, n'a pas d'échéancier et n'a pas dévoilé le rapport de consultation dudit projet.
Les opposants, dont fait partie M. Barbe, doutent finalement des retombées financières pour Baie-Saint-Paul et les autres municipalités. À ce jour, aucune entente n'est intervenue avec Boralex ou n'a été rendue publique.
Pas de référendum prévu, selon le maire
Joint par téléphone, le maire de Baie-Saint-Paul, Michael Pilote, a écarté d'emblée la tenue d'un référendum. La consultation a eu lieu pendant le BAPE, tranche-t-il, ajoutant que, selon la municipalité, le projet dans sa forme actuelle était acceptable.
Les principales inquiétudes de la Ville de Baie-Saint-Paul concernaient le risque d'inondations associé aux perturbations liées à l'aménagement des éoliennes dans le bassin versant de certains cours d'eau, dont la rivière du Gouffre. Cette dernière est violemment sortie de son lit en 2023. Ces craintes ont été apaisées après discussions avec le ministère de l'Environnement.

Le maire de Baie-Saint-Paul, Michaël Pilote, est favorable au projet de Boralex. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Michael Pilote ne s'en fait pas pour les paysages dans le cadre du projet actuel, qualifiant le débat de subjectif. Les éoliennes, dit-il, ne seront visibles que d'un seul versant du mont du Lac des Cygnes. L'idée, ajoute-t-il, n'est pas d'autoriser des projets partout sur le territoire. À nouveau, il affirme que le projet actuel est conforme aux orientations municipales.
Pour le maire Pilote, le parc éolien Des Neiges représente une opportunité pour Baie-Saint-Paul. Dépendant des taxes foncières pour générer des revenus, il y voit la chance de diversifier le portefeuille de la municipalité.
Les discussions sont toujours en cours avec Boralex, admet-il, préférant ne pas s'avancer sur les revenus potentiels.


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