Les Outre-mer souffrent de la faiblesse de leur production locale, qui leur impose de coûteuses importations. Au cœur des politiques publiques de développement, le renforcement des capacités locales mobilise aussi les grands groupes privés. Fin septembre, GBH a ainsi annoncé un fonds de soutien de 1,2 million d’euros pour les agriculteurs ultramarins, ainsi qu’une nouvelle hausse de ses achats de produits locaux. CMA CGM a, de son côté, lancé un dispositif logistique pour les Antilles et la Guyane, tandis que plusieurs énergéticiens valorisent les résidus issus des filières agricoles et forestières locales.
« Produire localement est un enjeu stratégique. Cela permet de réduire notre dépendance aux importations, de créer des emplois et des revenus localement. » Stéphane Hayot, directeur général du Groupe Bernard Hayot (GBH), résume cet enjeu, en marge des deuxièmes Rencontres de la production locale, organisées le 24 septembre 2026 à l’Habitation Clément, en Martinique.
Consacré à l’agriculture, l’événement a réuni plus de 300 producteurs, représentants des filières, acteurs publics et partenaires privés. Objectif : accroître durablement la production locale et sa part dans la consommation martiniquaise. Sur un territoire où le foncier agricole est limité, chaque choix compte : investissements, cultures, calendrier de production et débouchés doivent être pensés ensemble. La planification et l’accompagnement économique des exploitations deviennent dès lors déterminants.
La production locale, priorité des pouvoirs publics
La faiblesse de l’appareil productif fragilise plus largement les économies ultramarines. Certes, les contraintes géographiques ne permettent pas d’envisager une autonomie complète, notamment pour les biens manufacturés et ceux d’origine animale. L’État fait néanmoins du renforcement des capacités de production locale l’un des axes prioritaires de sa politique de développement.
Le 1er octobre 2026, le gouvernement a dévoilé Choose Outre-mer, un plan d’investissement public-privé. Doté de 6 milliards d’euros, il rassemble une centaine de projets industriels dans des secteurs comme l’énergie, les infrastructures, la gestion des déchets, le spatial, le tourisme, l’agroalimentaire et le numérique.
Chaque département d’Outre-mer dispose par ailleurs d’un plan de souveraineté alimentaire porté par l’État. Les territoires ultramarins bénéficient également des aides européennes du POSEI pour l’agriculture, du FEADER pour la modernisation des exploitations et du FEDER pour l’appareil productif non alimentaire, auxquelles s’ajoutent les aides nationales et régionales.
Mettre en avant les produits locaux dans les rayons
Ces dernières années, plusieurs groupes privés ont développé leurs propres dispositifs pour soutenir la production ultramarine. GBH met en avant les producteurs agricoles dans ses magasins « en facilitant le référencement de leurs produits et en les surexposant dans nos linéaires », selon les mots de Bernard Hayot. En Martinique, le groupe devrait dépasser dès cette année son objectif fixé pour 2028 : accroître de 30 % la part des produits locaux dans ses ventes. Lors des Rencontres, GBH s’est engagé à porter ses achats de produits martiniquais de 79 millions d’euros en 2025 à 100 millions d’euros d’ici à 2030.
Pour les agriculteurs, l’élargissement des débouchés constitue un enjeu de pérennité, souligne le sénateur Frédéric Buval, présent à l’Habitation Clément. « Un exploitant passe sa journée dans ses champs. Peut-on lui demander ensuite d’aller vendre lui-même toute sa production sur un marché ? Ce n’est pas possible pour tout le monde. S’il peut livrer des produits frais tôt le matin [à un distributeur partenaire, NDLR], puis retourner travailler sur son exploitation, c’est une autre organisation qui s’ouvre à lui », explique l’élu.
GBH crée un fonds de 1,2 million d’euros pour les agriculteurs ultramarins
Durant l’événement, GBH a également annoncé la création de « Producteurs d’avenir », un fonds de soutien de 1,2 million d’euros sur trois ans destiné aux agriculteurs de Martinique, de Guadeloupe, de Guyane et de La Réunion. Le dispositif prévoit 100 000 euros par an pour chacun des quatre territoires, destinés à financer des projets d’investissement ou d’installation, sélectionnés par les acteurs agricoles et institutionnels locaux.
Victor Mont-Louis Bonnaire, agriculteur et président du GIEE 280 au Vauclin, estime que ce « fonds de dynamisation » ne peut être « que positif ». Frédéric Buval souhaite qu’il puisse « aider les agriculteurs à faire évoluer leurs méthodes de production ». Stéphane Hayot y voit l’occasion de « mettre le pied à l’étrier et d’essayer de faire en sorte que davantage de jeunes puissent entreprendre ».
GBH avait déjà mobilisé 2 millions d’euros pour la reconstruction agricole à Mayotte, en partenariat avec l’ONG Super Novae. Le programme finance notamment des dispositifs de collecte des eaux pluviales et d’irrigation.
Logistique et énergie : de nouveaux soutiens aux filières locales
En 2026, d’autres acteurs privés ont lancé des initiatives pour faciliter l’activité des producteurs locaux. En février, l’armateur CMA CGM a lancé le service Antilles-Guyane Express (AGEX), assuré par deux navires rapides dédiés à la liaison Martinique–Guadeloupe–Guyane. L’objectif est de réduire les coûts et de fiabiliser l’acheminement des marchandises, afin de faciliter l’importation de matériel et de matières premières comme l’exportation des produits locaux.
Des énergéticiens ont également créé des débouchés pour les résidus agricoles et forestiers utilisés dans des centrales électriques. Cette valorisation peut ainsi offrir un revenu complémentaire aux agriculteurs et exploitants concernés. En Guadeloupe, Albioma a achevé la conversion à la biomasse de sa centrale du Moule, auparavant alimentée au charbon, qui fournit 30 % de l’électricité de l’île. L’industriel privilégie les approvisionnements auprès d’agriculteurs locaux, notamment en bagasse issue de la filière canne à sucre. En Guyane, IDEX va construire à Kourou deux centrales de cogénération à biomasse, qui utiliseront principalement des connexes et des déchets issus de l’exploitation forestière et du sciage.
À La Réunion, le projet photovoltaïque Mangassaye 2 de TotalEnergies comporte lui aussi un volet agricole : il prévoit la création d’environ 10 hectares de pâturages et d’une bergerie pour soutenir la filière ovine locale.


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