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Procès des assistants parlementaires du FN : Marine Le Pen dit n’avoir «aucun sentiment d’avoir commis le moindre délit»

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COMPTE RENDU D’AUDIENCE - Condamnée en première instance dans l’affaire des eurodéputés, la figure de proue du RN et les dix autres prévenus ont entamé, mardi, leur nouveau marathon judiciaire.

Bien que les onze prévenus (1) disposent dans le prétoire de places réservées, munies d’étiquettes à leurs noms, la présidente leur demande de venir s’asseoir au plus près de la cour, sur des fauteuils pliables rouges. Un par un, ils s’avancent pour se serrer devant l’estrade, comme des étudiants assidus au premier rang d’un amphithéâtre bondé.

Marine Le Pen, tailleur-pantalon bleu foncé, corsage rose, représente à la fois elle-même et le Rassemblement national (RN, ex-FN), personne morale poursuivie, par délégation signée en décembre dernier par l’actuel président, Jordan Bardella. Après l’avoir gratifiée d’un galant baisemain, Bruno Gollnisch, pâle et les traits hâves, s’est installé non loin d’elle. Louis Aliot, Julien Odoul, Nicolas Bay, Wallerand de Saint-Just – la présidente prononce « Saint Ju » –, Fernand Le Rachinel – à 83 ans, le doyen du dossier ne fait pas son âge –, Catherine Griset, Guillaume L’Huillier, Timothée Houssin et l’expert-comptable Nicolas Crochet sont à présent prêts à écouter le long rapport de la présidente.

À lire aussi Procès en appel de Marine Le Pen : quelles étaient les condamnations en première instance dans l’affaire des assistants parlementaires du FN ?

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Le procès en appel de l’affaire dite « des assistants des eurodéputés FN » s’est ouvert mardi, pile à l’heure (13 h 30) dans le vieux palais de l’île de la Cité, assiégé par la presse française et internationale. La présidente entame sa lecture, diction distinguée, épaisse liasse de feuillets sur son sous-main.

Un organigramme-Potemkine

Certains prévenus prennent des notes, des avocats aussi, comme s’ils découvraient encore des détails capitaux à ce stade d’une procédure ouverte en 2015. D’autres luttent contre la somnolence. Tous passent un mauvais moment. Car l’allocution renvoie tout ce petit monde à des faits accumulés par l’ordonnance de renvoi devant le tribunal et qui ont valu condamnation quasi générale (une seule relaxe) en première instance.

C’était dans les années 2004-2016. Le FN d’alors n’avait pas acquis la stature qui est la sienne aujourd’hui. Au Parlement européen, le parti longtemps présidé par Jean-Marie Le Pen n’était représenté que par un corps expéditionnaire riquiqui. Peu d’élus, peu de subsides, des dépenses supérieures aux recettes, un emprunt de 6 millions d’euros souscrit en 2014… On se débrouillait avec des bouts de ficelle.

Mais en juin 2014, un contingent de 23 eurodéputés FN débarque à Bruxelles. Certains d’entre eux sont aujourd’hui assis sur un pliant rouge dans la première chambre de la cour d’appel, à côté de ceux qui étaient censés être leurs assistants parlementaires. « Y’a qu’un malheur », comme aimait à dire en son temps l’avocat René Floriot : bien que rémunérés par le Parlement pour des emplois à plein temps, ces assistants figuraient aussi dans l’organigramme du FN à des postes haut placés. La présidente rappelle la thèse soutenue par la défense : cet organigramme était « destiné aux journalistes ». Comprendre : il s’agissait d’un organigramme-Potemkine destiné à berner la presse en lui faisant croire que directeurs de cabinet, conseillers politiques et chargés de mission se bousculaient au sein du parti au bord de la faillite financière comme au sein des formations mieux nanties.

« Je n’ai aucun sentiment d’avoir commis un délit »

En réalité, il y a bien d’autres malheurs dans l’ordonnance de renvoi de première instance et dans le rapport qui lance les débats en appel, si bien qu’une présentation la plus neutre possible du dossier ressemble à un réquisitoire implacable. On se souvient que devant le tribunal, les prévenus élus – y compris Bruno Gollnisch, de son propre aveu archiviste compulsif – avaient été dans l’impossibilité de produire la moindre preuve de travail de leurs assistants présumés. Lesquels, en revanche, semblaient très actifs dans les tâches qui leur étaient attribuées dans le faux organigramme du FN. On se souvient aussi que les assistants parlementaires présumés n’avaient pas davantage fourni le plus petit Post-it, le plus lapidaire courriel, la plus modeste note de synthèse. On se souvient enfin que le tribunal avait, le 31 mars dernier, estimé que les faits étant anciens, cette absence de traces pouvait s’entendre, et il avait condamné tout le monde (sauf l’heureux relaxé) sur d’autres éléments, nombreux, retenus comme preuves de l’existence d’un « système » frauduleux et pérenne instauré par Jean-Marie Le Pen et dont avait hérité sa fille. Ils seront à nouveau débattus ici.

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En fin d’après-midi, les prévenus sont invités à préciser leur position. « Je n’ai aucun sentiment d’avoir commis un délit », déclare Marine Le Pen. Qui reproche au Parlement européen de n’avoir « pas joué son rôle d’alerte ». Autour d’elle, on estime sobrement avoir été « mal compris » en première instance. Nul ne tente la botte de la « justice politique ». On fait profil bas pour, sans doute, tenter de démontrer que si on a fauté, on ne l’a pas fait exprès.

Reprise des débats mercredi matin.

(1) Et non pas 12, comme indiqué précédemment, l’un d’entre eux s’étant désisté de son appel.

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