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La septième et dernière accusatrice du milliardaire Frank Stronach affirme qu’il l’a violée dans son condominium au début des années 1980 après l’avoir invitée au restaurant. L’homme d’affaires de 93 ans fait face à 10 accusations à caractère sexuel pour des faits reprochés qui remontent jusqu’à 1977.
AVERTISSEMENT : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.
La plaignante no 7 explique qu’elle connaissait le bar-restaurant Rooney’s dans le quartier Midtown et qu’elle y allait de temps en temps avec des amies. Son identité est protégée en vertu d’une ordonnance des tribunaux.
C’est un endroit chic, mais pratique, on peut y manger et ensuite aller danser dans le même espace, dit-elle.

Le bar-restaurant Rooney’s à Toronto, dans les années 1980, appartenait à l’industriel Frank Stronach. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
Elle ajoute qu’elle y était un soir de semaine en 1982 ou 1983 et que M. Stronach s’est présenté à elle pendant qu’elle sirotait un verre.
La conversation a duré quelques minutes et il m’a invité à dîner avec lui la semaine suivante, poursuit-elle.
Elle précise qu’elle savait qu’il était le propriétaire de la boîte de nuit, mais qu’elle ignorait qu’il était à la tête de Magna International.
Une invitation chez l’accusé
La plaignante, âgée de 26 ou 27 ans, affirme qu’elle s’est habillée de façon sophistiquée et conservatrice, parce qu’elle sortait avec un homme plus âgé qu’elle.
Il faisait frisquet, donc cela devait être au printemps ou à l’automne, déclare-t-elle en précisant sa tenue de l’époque : une robe noire, une veste boléro noire et des souliers noirs.
La femme, qui est aujourd’hui âgée de 69 ans, soutient que M. Stronach est allé la chercher chez elle dans une voiture de luxe et qu’ils ont été au Lighthouse, un restaurant tournant en vogue à l’époque au sommet d’un hôtel.

La procureure Jelena Vlacic (debout au lutrin) interroge la septième et dernière plaignante au procès de Frank Stronach au palais de justice de Toronto le 2 mars 2026. M. Stronach est le deuxième assis à gauche et son avocate Leora Shemesh est assise à la droite de Me Vlacic.
Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould
Elle affirme qu’elle ne se souvient que du dessert, mais qu’elle a consommé pas plus de deux coupes de vin.
Frank Stronach a murmuré quelques mots au maître d’hôtel et un plateau couvert de glace sèche est arrivé à notre table avec une variété de desserts en chocolat, dit-elle en ajoutant qu’elle n’avait jamais rien vu de tel.
Elle souligne que l’accusé l’a alors invitée à son condominium juste à côté et qu’on pouvait y accéder par une passerelle sans besoin de sortir.
Son condo était très haut et on avait une vue sur le lac, se souvient-elle. Elle ajoute qu’ils se sont assis sur le sofa, qu’il s’est servi un verre et qu’ils ont bavardé de tout et de rien.
Il a alors tenté de m’embrasser, mais je l’ai repoussé en disant que je n’étais pas venue pour cela, dit-elle.

La juge Anne Molloy, de la Cour supérieure de l’Ontario, a accepté que la plaignante numéro 7 montre à la cour la façon dont Frank Stronach l’aurait entraînée dans une petite pièce de son condominium pour la voler dans les années 1980 à Toronto.
Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould
Elle explique qu’il l’a alors tirée par un bras pour l’emmener dans une petite pièce sans fenêtre. Je traînais les pieds derrière lui à reculons, parce que je pensais qu’il voulait toujours me câliner, déclare-t-elle.
La plaignante affirme qu’il est tombé le premier sur un petit lit l’entraînant avec lui et qu’il l’a retournée sur le dos de façon à ce qu’il soit couché sur elle.
Mon bras était sous son côté droit et pris contre le mur, dit-elle. Je lui ai dit que je n’étais pas intéressée.
Elle précise que l’accusé a alors tenté de l’embrasser et qu’elle l’a à nouveau rejeté.
Il est devenu agressif et colérique, il a mis sa main sous ma robe et déchiré mes collants à l’entrejambe… il n’en restait plus rien, sauf la bande élastique autour de ma taille, se rappelle-t-elle.
Elle affirme qu’il a ouvert la braguette de son pantalon, qu’il l’a pénétrée et que cela n’a duré que deux à trois minutes.
Je savais que je ne m’en sortirais pas, j’étais piégée, il ne me restait plus qu’à attendre qu’il finisse, dit-elle en ajoutant que des larmes coulaient sur ses joues.
Un silence long de 40 ans
La femme ajoute qu’elle est allée à la salle de bain pour se nettoyer et qu’elle pleurait et qu’elle a vu en sortant Frank Stronach sur le divan.
J’ai tenté de me redonner un peu de dignité et je pensais rentrer en taxi, même si je n’avais que 20 $ sur moi, se souvient-elle.
Elle mentionne que l’accusé a alors eu un regard étrange à son endroit, comme s’il venait de réaliser que ce qu’il avait fait était mal.

La juge Molloy n’a pas du tout interrompu le témoignage de la plaignante numéro 7.
Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould
Elle ajoute qu’il l’a alors reconduite chez elle et qu’elle pensait qu’il ne voulait pas que les gens la voient dans cet état en public.
J’étais détruite, je pleurais et tremblais, j’étais bouleversée et traumatisée, déclare-t-elle. Ce n’était pas mon intention de coucher avec lui, je ne suis pas le genre de femme à coucher dès le premier soir avec un homme.
Elle mentionne que l’accusé lui a demandé, en la déposant chez elle, s’il pouvait monter à son appartement, mais qu’elle a refusé de l’inviter.
Elle affirme qu’elle a jeté aux poubelles la robe et ce qu’il restait de bas-culotte et qu’elle s’est alors posée de nombreuses questions.
Je me suis dit que j’étais une fille stupide, que je n’aurais jamais dû accepter son invitation et que personne ne devrait apprendre ce qui m’était arrivé, dit-elle en expliquant les raisons de son silence durant 40 ans.

La procureure Jelena Vlacic (à gauche) et l’avocate Leora Shemesh discutent d’une objection de la défense, en l’absence du témoin, dans le courant de l’interrogatoire de la plaignante numéro 7.
Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould
Elle soutient qu’elle n’a pas été à la police ni à l’hôpital, parce qu’elle avait trop honte et qu’elle croyait que c’était de sa faute.
La plaignante explique qu’une collègue au travail avait lu en juin 2024 dans la presse que Frank Stronach venait d’être accusé d’agression sexuelle de la part de trois femmes et qu’elle a été très surprise de l’apprendre.
Je n’étais donc pas la seule et cela n’a jamais été de ma faute, dit-elle.
Elle mentionne qu’elle a lu dans les semaines suivantes quelques articles sur toute l’affaire et qu’elle a finalement porté plainte à la fin juillet 2024. Elle assure qu’elle n’a jamais contacté les autres plaignantes dans ce procès.
Je voulais être honnête avec moi-même, admet-elle.
Elle reconnaît qu’elle a contacté plusieurs avocats, mais jure qu’elle ne poursuit pas l’accusé au civil. J’organise des conférences essentiellement pour le secteur minier et il fallait que je protège mon entreprise, conclut-elle.
La défense entamera son contre-interrogatoire mardi.


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