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Prix des médicaments : Ce que le gouvernement vient discrètement de modifier au Journal officiel

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Quelques centimes par boîte suffisent pour déplacer des millions sans provoquer le moindre bruit au comptoir.

L’arrêté du 3 août 2026, publié au Journal officiel le 11 août, ne décrète pas une hausse générale du prix des médicaments. Il modifie le barème de marge des établissements pharmaceutiques qui vendent en gros aux officines.

Ce détail change la lecture du texte. Les bénéficiaires ou perdants ne sont pas directement Sanofi, Pfizer ou le pharmacien du quartier, mais d’abord les grossistes-répartiteurs : les entreprises qui achètent les médicaments aux laboratoires, les stockent puis les livrent aux pharmacies.

OCP, Alliance Healthcare, CERP : qui se trouve derrière les camions ?

Le marché français est fortement concentré. Six acteurs réalisent plus de 96 % de la répartition pharmaceutique : OCP, CERP, Alliance Healthcare France, CERP Rhin-Rhône Méditerranée, CERP Bretagne Atlantique et Giphar.

OCP appartient au groupe allemand Phoenix, déjà propriétaire de Phoenix Pharma. Alliance Healthcare France fait partie de l’américain Cencora, anciennement AmerisourceBergen. En face, plusieurs CERP et Giphar fonctionnent sur un modèle coopératif lié aux pharmaciens. La distribution ne se résume donc pas à un seul bloc : elle mêle multinationales et structures détenues par des professionnels de l’officine.

Ces entreprises ne sont pas de simples transporteurs. Le Code de la santé publique définit le grossiste-répartiteur comme une entreprise qui achète et stocke des médicaments pour les distribuer en gros. Sur son territoire, il doit pouvoir couvrir deux semaines de consommation, proposer l’immense majorité des références commercialisées et livrer les commandes dans les vingt-quatre heures.



Huit centimes de moins sur les boîtes bon marché

À partir du 20 janvier 2027, le taux de marge réglementaire restera fixé à 6,93 % du prix fabricant hors taxes, avec un plafond inchangé de 32,50 euros. En revanche, le minimum par boîte passera de 0,30 à 0,22 euro.

La baisse atteint donc huit centimes, soit 26,7 %, sur les médicaments assez peu chers pour rester sous ce minimum. Elle touche la marge théorique du grossiste, pas le prix négocié entre le laboratoire et le Comité économique des produits de santé.

La nuance est importante : pour les génériques, les grossistes ne conservent pas toujours cette marge. Le rapport publié en mai 2026 par l’IGAS et l’IGF décrit un circuit beaucoup moins propre que le barème administratif. Une partie de la marge réglementaire est abandonnée aux officines, tandis que les laboratoires compensent les répartiteurs au moyen de contrats et de prestations commerciales.

Autrement dit, les huit centimes ne sortiront pas forcément de la poche du grossiste. Ils peuvent se répercuter dans les remises accordées aux pharmacies ou dans les négociations menées avec les fabricants. Le Journal officiel fixe le décor ; les contrats privés décident ensuite où tombe l’argent.

Un supplément pour les médicaments conservés au froid

Pour les produits devant rester au froid avant leur ouverture, le forfait versé au vendeur en gros passe de 0,63 à 0,80 euro par conditionnement. Le distributeur pourra donc percevoir jusqu’à 17 centimes supplémentaires pour assurer le stockage et le transport réfrigérés.

Ici encore, le texte ne modifie pas le prix fabricant. Il augmente un élément de la rémunération de la distribution. L’arrêté ne contient d’ailleurs aucune liste de médicaments avec un nouveau prix public.

Pourquoi aucune étiquette ne changera

Depuis la suppression de la vignette pharmaceutique en 2014, le prix et le taux de remboursement ne figurent plus sur les boîtes. Les tarifs sont enregistrés dans les bases nationales et apparaissent sur le ticket remis par la pharmacie.

L’arrêté modifie donc surtout la répartition interne de la rémunération. Il ne permet pas, à lui seul, d’annoncer une hausse de 17 centimes pour le patient. Pour connaître l’effet sur la dépense de l’Assurance maladie ou le reste à charge, il faudra regarder les prix publics actualisés au 20 janvier 2027.

Le gouvernement n’a pas changé l’étiquette : il a retouché les tuyaux derrière le comptoir. C’est moins visible, et manifestement beaucoup plus pratique.



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