Seize jours de compétition, deux décennies de remboursement. Athènes a organisé les Jeux olympiques d’été en 2004, un exploit salué dans le monde entier, mais la facture a continué de tomber dans les caisses de l’État grec bien après l’extinction de la flamme. Le coût total est estimé entre 9 et 11 milliards d’euros, certains experts évoquant même une addition plus salée encore. Selon certaines estimations, le coût réel pour le pays aurait plutôt avoisiné les 14 milliards d’euros. Vingt ans après la cérémonie de clôture, une partie de ces installations flambant neuves n’accueille plus personne, sinon les grenouilles et les herbes folles.
Le paradoxe est cruel. Pour construire cette vitrine olympique, la Grèce a emprunté massivement, persuadée que le monde entier viendrait ensuite remplir les stades. Malgré des Jeux populaires et réussis, Athènes 2004 a laissé une empreinte durable sur la Grèce : à mesure que le pays traversait la crise financière de la fin des années 2000, la dette contractée pour financer les Jeux a pesé lourdement sur les contribuables grecs. Une question écrite déposée à l’Assemblée nationale française résume bien le malaise : le budget des Jeux olympiques d’Athènes de 2004 a été sous-estimé et l’on attribue la hausse de 2 % à 3 % de la dette extérieure du pays au coût de ces jeux. Deux à trois points de dette publique pour seize jours de compétition : voilà l’ardoise laissée aux générations suivantes.
À retenir
- Comment seize jours de compétition ont généré deux décennies de remboursement pour l’État grec
- Des stades ultramodernes transformés en ruines : le paradoxe du complexe d’Hellinikon
- 50 millions d’euros par an d’entretien pour des installations que personne n’utilise
Sommaire
- Des stades vides, des grenouilles pour seuls spectateurs
- Une facture d’entretien qui n’a jamais cessé de courir
- Quelques secondes vies, beaucoup de rendez-vous manqués
Des stades vides, des grenouilles pour seuls spectateurs
Le complexe d’Hellinikon, bâti sur l’ancien aéroport d’Athènes, symbolise à lui seul ce fiasco patrimonial. Les stades de hockey et de baseball ont été laissés à l’abandon, à la rouille, tandis que les bassins de slalom pour le canoë-kayak se sont asséchés. Le softball, sport quasi inconnu en Grèce et déjà rayé du programme olympique, n’a jamais retrouvé de public : sur le site sud d’Athènes dédié à cette discipline, seules quelques mauvaises herbes occasionnelles subsistent sur le terrain desséché.
Le village olympique, censé accueillir plus tard des familles modestes, a connu un sort tout aussi décevant. Huit ans après les Jeux, un journaliste américain décrivait la piscine d’entraînement du village comme le refuge d’une faune bien particulière : il reste un groupe qui adore la piscine d’entraînement des athlètes dans l’ancien village olympique du nord d’Athènes, ce sont les grenouilles, qui semblent se plaire sur les débris flottant à la surface des eaux troubles du bassin à moitié rempli. Le centre de beach-volley de Faliro, qui pouvait accueillir près de 10 000 spectateurs, n’a pas eu davantage de chance. Il se dresse aujourd’hui comme un éléphant blanc décrépit, symbole d’un désastre financier qui a paralysé l’économie grecque pendant deux décennies, lui qui accueillait presque 10 000 spectateurs en 2004. Fenêtres brisées, graffitis, gravats : le contraste avec les images de la cérémonie d’ouverture, retransmise dans le monde entier, est saisissant.
Une facture d’entretien qui n’a jamais cessé de courir
Posséder vingt-deux enceintes sportives flambant neuves, c’est bien. Les entretenir, c’est une autre histoire. Pour assurer un entretien convenable de l’ensemble des installations, l’État grec et sa capitale doivent dépenser, chaque année, depuis la fin des Jeux, 50 millions d’euros au titre de l’entretien des sites olympiques. Un budget que la Grèce, frappée de plein fouet par la crise de la dette souveraine à partir de 2010, n’a évidemment pas pu tenir. Résultat : des bâtiments qui se sont dégradés plus vite encore que prévu, faute d’affectataire et faute de moyens.
Même le stade olympique principal, pourtant l’une des rares réussites du dispositif puisqu’il héberge encore aujourd’hui le club de l’AEK Athènes et la sélection nationale, n’a pas échappé à la sanction du temps. Sa toiture emblématique, signée par l’architecte Santiago Calatrava, a dû être fermée pour des raisons de sécurité après vingt ans sans entretien sérieux. Le Premier ministre grec lui-même a reconnu, en défendant cette fermeture temporaire, que l’ouvrage n’avait pas été entretenu depuis deux décennies.
Quelques secondes vies, beaucoup de rendez-vous manqués
Tout n’est pas à jeter dans le bilan olympique grec, et il serait malhonnête de le prétendre. Sur les vingt-deux nouvelles enceintes sportives construites pour les Jeux olympiques d’Athènes 2004, quatorze restent en usage. Le centre de voile d’Agios Kosmas fonctionne désormais comme marina privée, le centre international de radiodiffusion est devenu l’un des centres commerciaux les plus fréquentés d’Athènes, et une partie du village olympique a fini par être revendue comme logements privés. Certaines salles ont même servi, bien après les Jeux, à des usages inattendus : la salle olympique de Galatsi a par exemple été rouverte en 2016 pour héberger des réfugiés afghans et syriens fuyant la guerre civile, faute de mieux.
Mais pour huit installations sur vingt-deux, l’histoire s’arrête net à la fin de l’été 2004. Trois enceintes restent totalement sans usage : le stade de beach-volley olympique de Phaleron, la salle d’haltérophilie de Nikaia et le complexe olympique de Goudi. Faute d’une stratégie urbaine pensée en amont, la Grèce s’est retrouvée avec un patrimoine sportif hors normes qu’elle n’avait ni les moyens ni le projet clair d’exploiter. Les tentatives de reconversion, comme transformer la salle de judo en académie des arts ou celle d’haltérophilie en résidence universitaire, sont d’ailleurs restées lettre morte.
L’histoire grecque est devenue depuis un cas d’école cité par tous les futurs candidats à l’organisation des Jeux, de Tokyo à Paris en passant par Los Angeles. Le message retenu par les urbanistes est simple : mieux vaut prévoir l’usage d’un stade pour les trente années suivant l’événement que pour les seize jours de compétition eux-mêmes. Athènes, elle, continue de composer avec ce paradoxe très particulier : avoir accueilli la plus belle fête du sport mondial tout en portant, chaque année depuis, le poids financier de stades que plus personne ne réclame.
Sources : questions.assemblee-nationale.fr | slate.fr | demotivateur.fr


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