Soixante et un millions d’euros au départ. Plus de 306 millions à l’arrivée, selon le chiffre définitif validé par la Métropole de Lyon, quand l’association de contribuables Canol évoque même une addition grimpant jusqu’à 328 millions d’euros en intégrant le foncier et les aménagements annexes. Au final, le musée a coûté 411 % de plus que ce qu’il était estimé initialement. Un ratio qui fait du musée des Confluences le cas d’école du dérapage budgétaire dans le paysage des grands équipements culturels français.
Retour en arrière. Le projet de construction d’un musée d’Histoire naturelle à Lyon date de 1999 et est initié par Michel Mercier, alors président du conseil général, les premières estimations se faisant en francs : 400 millions de francs, soit 61 millions d’euros. Un chiffre voté en toute confiance par les élus du département du Rhône, censé boucler un projet architectural ambitieux signé par le cabinet autrichien Coop Himmelb(l)au. Treize ans plus tard, jour pour jour ou presque, la réalité financière n’a plus grand-chose à voir avec la promesse initiale.
À retenir
- Un budget multiplié par cinq : comment 61 millions se sont transformés en 328 millions
- L’entreprise chargée de la construction a abandonné le chantier pendant deux ans
- Les assureurs se sont retirés, forçant la collectivité à couvrir seule les risques
Sommaire
- Un devis multiplié par cinq
- Sols mouvants, entreprise en fuite, chantier à l’arrêt
- Qui paie, aujourd’hui encore ?
Un devis multiplié par cinq
Les chiffres, justement, ont longtemps varié selon qui les énonçait. Le Département annonçait un coût final de 255,4 millions d’euros, scénographie, abords et aménagement paysager compris, tandis que l’association Canol évaluait la note à 328,45 millions d’euros, boulodrome compris. Un boulodrome, oui : le terrain choisi imposait de démolir et reconstruire cette installation ailleurs, détail qui résume à lui seul l’ampleur des imprévus accumulés sur ce chantier hors normes.
La Métropole de Lyon a fini par trancher, en 2015, en actant un montant présenté comme définitif. 306 980 575,20 euros pour être précis : c’est le coût intégral et définitif du musée des Confluences, retenu dans une délibération votée par les élus métropolitains. Ce montant, sorti discrètement d’un texte administratif consacré à la rémunération de la société d’économie mixte SERL, chargée du mandat de travaux, a clos officiellement une polémique de quinze ans. Reste que l’écart avec les 61 millions initiaux donne le vertige : plus de cinq fois le devis d’origine, un phénomène que même les plus grands équipements culturels français, MuCem de Marseille ou Quai Branly à Paris, n’ont jamais connu à cette échelle.
Sols mouvants, entreprise en fuite, chantier à l’arrêt
Comment expliquer un tel emballement ? Le terrain, d’abord. Situé trop près de l’autoroute A7, le site imposait de construire un mur de soutènement et d’organiser la dépollution des sols, tandis que le poids total de la structure du « Nuage de cristal » avait été sous-évalué, nécessitant des fondations enfoncées à 31 mètres de profondeur au lieu des 19 mètres prévus. Un détail technique qui, à lui seul, a fait exploser les coûts de gros œuvre bien avant même que le bâtiment ne sorte de terre.
Puis vint l’épisode le plus rocambolesque : l’abandon du chantier par l’entreprise chargée de la construction. Un marché est signé en novembre 2005 avec l’entreprise Bec du groupe Fayat, mais les travaux ne commencent qu’à l’automne 2006, le chantier étant ensuite arrêté une première fois entre avril et septembre 2007 puis définitivement en juillet 2008, l’entreprise renonçant finalement à construire le musée. Deux ans de flottement total, le temps de retrouver un maître d’œuvre capable de reprendre un ouvrage devenu, entre-temps, un cauchemar d’ingénierie. C’est finalement Vinci qui a repris et achevé le bâtiment, livré au printemps 2014 avant une ouverture au public le 20 décembre de la même année.
Le risque financier était tel que les assureurs privés ont fini par se désengager. Le chantier du musée devenant de plus en plus à risque, les assureurs se retirent et c’est finalement le département lui-même qui se porte garant. : c’est la collectivité, et derrière elle le contribuable local, qui a assumé seule les aléas d’un chantier que plus personne dans le secteur privé ne voulait couvrir.
Qui paie, aujourd’hui encore ?
Le fiasco n’a pas seulement une dimension technique, il a aussi son visage politique. Michel Mercier, principal artisan du projet, a fini par déclarer publiquement assumer l’entière responsabilité du dossier, rappelant qu’il était président du Conseil général quand celui-ci s’est engagé. Une reconnaissance tardive, alors que le Parquet national financier s’est lui-même penché sur le dossier, récupérant l’ensemble des délibérations relatives au musée lors d’une visite au Conseil départemental dans le cadre d’une autre affaire concernant l’ancien président.
Le glissement institutionnel a aussi eu son importance. Le Conseil général du Rhône, qui portait le projet depuis 1999, a transféré la propriété du musée à la nouvelle Métropole de Lyon dès sa création début 2015, quelques semaines après l’ouverture. Une passation qui a laissé à la nouvelle collectivité la charge de solder l’ardoise, mais aussi celle du fonctionnement courant : les prévisions oscillaient alors entre 16 et 18,5 millions d’euros annuels, quand certaines associations redoutaient de voir grimper la facture jusqu’à 30 millions.
Onze ans après son ouverture, le musée continue de peser sur les arbitrages budgétaires locaux. D’après une délibération votée fin septembre par le conseil métropolitain, le budget de fonctionnement alloué au musée des Confluences est passé de 14,4 à 13,4 millions d’euros pour l’exercice 2024, dans un contexte global de difficulté financière pour la Métropole de Lyon. Un rabot d’un million d’euros qui n’a rien d’anodin : il illustre à quel point l’ombre du dérapage initial continue de planer sur les choix culturels de la métropole, plus de dix ans après la fin du chantier. Le musée attire aujourd’hui plusieurs centaines de milliers de visiteurs par an, mais l’équation économique posée dès 2001 par ses initiateurs, elle, n’a jamais vraiment été refermée.
Sources : lyon-entreprises.com | lyoncapitale.fr


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