Le départ à la retraite est un événement de la vie aux conséquences importantes: avec le dernier jour de travail s’achève une longue phase au cours de laquelle un salaire a été versé chaque mois. Pour les ménages possédant des économies, la question de la gestion de ce capital, constitué au fil des décennies, se pose désormais. Comment le gérer de manière optimale pour qu’il puisse subvenir aux besoins pendant les vingt-cinq années à venir ou davantage? Et que mettre en place pour qu’il soit transmis dans de bonnes conditions à la descendance?
Contrairement à une idée reçue largement répandue, une grande partie des rentiers ne délaissent pas les marchés financiers: en réalité, comme le montre la récente édition du Baromètre de la prévoyance Raiffeisen, près de 60% des personnes entre 66 et 79 ans continuent d’investir dans des titres.
Cependant, le départ à la retraite n’est pas sans influence sur les placements financiers: la nette majorité préfère une stratégie d’investissement axée sur la stabilité plutôt que de l’adapter de manière ciblée aux besoins personnels et à la nouvelle situation de vie. C’est précisément cette démarche qui peut péjorer la durée de consommation du capital à la retraite.
La durée de la retraite s’allonge de plus en plus
Avec l’allongement continu de l’espérance de vie, il n’est pas rare que la retraite dure entre vingt et trente ans. Ce fait modifie radicalement les perspectives pour le patrimoine: les personnes qui partent à la retraite disposent aujourd’hui de beaucoup plus de temps pour saisir les opportunités de rendement qu’offrent les marchés financiers. Certes, il ne s’agit plus en premier lieu de se constituer un capital mais bien de profiter, à long terme, de ce long horizon de placement et des opportunités qui en découlent pour préserver son pouvoir d’achat et son niveau de vie pendant de nombreuses années. «La question décisive est maintenant de savoir comment structurer le patrimoine afin d’allier flexibilité, sécurité et opportunités de rendement», explique Fabrice Geinoz, spécialiste en planification financière chez Raiffeisen Suisse.
Dans ce contexte, il ressort du Baromètre de la prévoyance Raiffeisen que près de 70% des rentiers ne changent pas de stratégie de placement au moment de prendre leur retraite. Ce n’est pas forcément une erreur. Quiconque s’est penché dans le détail sur la planification de son patrimoine avant son départ à la retraite dispose souvent d’une stratégie bien rodée, compatible avec cette nouvelle étape de vie.
La question décisive est maintenant de savoir comment structurer le patrimoine afin d’allier flexibilité, sécurité et opportunités de rendement
Fabrice Geinoz, spécialiste en planification financière chez Raiffeisen SuisseMais lorsque le départ à la retraite s’accompagne de la perception, en une seule fois, d’un capital important provenant des avoirs de la caisse de pension, la situation est tout autre. Dans ce cas, les personnes placent en moyenne seulement 49% de ces fonds, tandis que près d’un tiers de ceux-ci sont versés sur un compte (épargne) qui ne rapporte pratiquement aucun intérêt aujourd’hui. On remarque que pour beaucoup, la sécurité revêt une grande importance et que les personnes prennent elles-mêmes leurs décisions d’investissements ou qu’elles misent sur une gestion professionnelle de la fortune.
La prudence est compréhensible, mais pas sans risques
Le Baromètre de la prévoyance montre que 50% des 66-79 ans privilégient une approche du risque axée sur la stabilité et la sécurité, 22% optent pour une variante équilibrée, 21% pour une variante orientée sur les opportunités et seulement 4% pour une orientation très axée sur le rendement. Cela semble évident à première vue: lorsque les revenus professionnels cesseront et que les rentes ne pourront en remplacer qu’une partie, surtout en cas de salaires élevés, beaucoup souhaitent éviter des pertes importantes en investissant dans des titres. Par ailleurs, de nombreux rentiers accordent une grande importance à la possibilité de disposer de leur patrimoine en toute flexibilité pendant cette période de leur vie.
Toutefois, un aspect important est occulté: renoncer complètement à investir n’est pas automatiquement synonyme de sécurité accrue. Le fait de détenir d’importantes réserves d’espèces comporte également des risques. En effet, l’inflation peut réduire progressivement le pouvoir d’achat au fil des années et avoir un impact notable lorsque la retraite est longue. Au fond d’eux, les gens semblent aussi en être conscients. Ainsi, selon le Baromètre de la prévoyance 2026, la perte du pouvoir d’achat est l’une des plus grandes préoccupations financières pour de nombreux seniors.
En plus de l’inflation, il faudra également supporter les coûts élevés de la santé et des soins à la retraite. Bien que personne ne sache quand ces dépenses surviendront, il est important de s’y préparer. La planification de la mise à disposition des liquidités nécessaires requiert une attention particulière. Cela permet d’identifier quel montant de capital doit être disponible à tout moment, lequel peut être immobilisé à moyen terme et lequel doit être placé de manière dynamique à long terme. Il n’existe pas de solution toute faite à ce sujet. Souvent, il est judicieux de conserver la stratégie des trois pots qui a déjà fait ses preuves avant le départ à la retraite et de l’adapter à la nouvelle situation de vie.
La décision d’investir ou non, ainsi que le montant de l’investissement, dépend de plusieurs facteurs, notamment le besoin de liquidités, l’horizon de placement et le profil de risque personnel. Le logement en propriété est un autre facteur dont on ne tient généralement compte qu’au départ à la retraite. Dans de nombreux cas, il s’agit d’une part considérable du patrimoine. Les options sont par conséquent multiples: vaut-il mieux rester dans son logement, même s’il est devenu trop grand après le départ des enfants? Faut-il procéder à des rénovations adaptées aux besoins du grand âge, ou faut-il transmettre le bien aux enfants, assorti d’un droit d’habitation ou d’un usufruit pour les parents? Ou alors, une vente est-elle plus judicieuse pour disposer de liquidités et d’une plus grande flexibilité? Chaque variante a des conséquences financières, fiscales et successorales. Il est donc recommandé d’examiner attentivement chacune d’elles et de les intégrer dans la réflexion.
L’héritage remet-il en question la stratégie en place?
Outre le départ à la retraite, la perception d’un héritage est un autre événement de la vie qui conduit souvent à examiner une nouvelle fois la situation patrimoniale. Le Baromètre de la prévoyance met en lumière que 37% des personnes interrogées entre 66 et 79 ans investissent davantage dans des titres après la perception d’un héritage, 15% déposent leur argent sur un compte d’épargne, tandis que 29% ne procèdent à aucun changement.
Un héritage est justement une bonne occasion d’analyser à nouveau l’ensemble de la planification financière dans le cadre d’un entretien avec une experte ou un expert en prévoyance et d’y apporter les ajustements nécessaires. La stratégie de placement actuelle est-elle toujours adaptée? Le patrimoine est-il structuré de manière judicieuse? Il est intéressant de constater que pour 14% des personnes interrogées âgées entre 66 et 79 ans, la perception d’un héritage conduit à régler sa propre succession. «Lors de nos entretiens de conseil, nous constatons souvent qu’un héritage est l’élément déclencheur qui pousse à réorganiser sa propre planification patrimoniale et successorale», ajoute Fabrice Geinoz, spécialiste en planification financière chez Raiffeisen.
Qu’il s’agisse d’un départ à la retraite ou d’un héritage, il ressort du Baromètre de la prévoyance Raiffeisen que pour bon nombre d’investisseuses et d’investisseurs qui se sont constitué un patrimoine, il est intéressant de revoir minutieusement sa propre stratégie patrimoniale. Et ce, même si finalement aucun ajustement n’est effectué. En effet, le sentiment de sécurité est certes important, mais préserver son pouvoir d’achat l’est tout autant. Allier liquidités et perspectives de placement à long terme crée de bonnes conditions pour que le patrimoine remplisse sa fonction prioritaire à la retraite: garantir la sécurité financière et l’indépendance pendant de nombreuses années.


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