Qu’avons-nous contre Microsoft? Rien. La multinationale fait partie des géants de la tech américains plutôt sages. Loin des dérives de Meta sur les données personnelles au sein de Facebook ou Instagram, loin aussi de la manipulation des utilisateurs par X, appartenant à SpaceX d’Elon Musk. Microsoft ne fait pas de vague. Mais l’empire de la bureautique tisse sa toile mondiale avec une efficacité redoutable.
Et la Suisse est boulimique de ses solutions. Via des contrats à hauteur de centaines de millions de francs avec la Confédération, et une utilisation massive au sein des entreprises, la Suisse représente le dixième marché mondial pour la firme américaine. Avec des outils efficaces, de la gestion des documents aux systèmes de visioconférence, en passant par des services d’intelligence artificielle, Microsoft a réussi à rendre le marché helvétique dépendant envers ses produits.
Lire aussi: C’était inimaginable il y a peu: 3000 employés de la Confédération testeront une alternative souveraine à MicrosoftQui dit dépendance dit risques. Il y a, de la manière la plus évidente, des inquiétudes au niveau économique. Rappelons qu’en janvier, la Commission de la concurrence ouvrait une enquête sur la multinationale, concernant ses prix. Certains tarifs avaient explosé de 10% en un an, et même de 40%.
Mais l’essentiel est ailleurs. C’est le risque, en confiant tous ses services essentiels à une entreprise, qui plus est américaine, d’être totalement à sa merci. Concernant les prix, mais aussi une dégradation de l’offre, voire, dans des cas extrêmes, des suspensions de services sur ordre de Washington. Ce n’est de loin pas un scénario à écarter, vu la façon dont la Maison-Blanche use de tous les leviers, notamment la puissance de ses géants numériques, pour atteindre ses objectifs. Ne sous-estimons pas non plus la menace d’un accès à des données sensibles de clients suisses par les Etats-Unis: malgré toutes les promesses de Microsoft, Google ou Amazon, c’est un scénario réaliste.
Il ne s’agit pas de verser dans l’antiaméricanisme primaire ou de rejeter toute solution commerciale au profit de systèmes ouverts. Il s’agit de mesurer les risques et de cartographier les dépendances. Tout le monde, du particulier à la Confédération, en passant par la PME, devrait se demander qui gère et stocke ses données, s’il est facile de les faire migrer d’un cloud à un autre et à quel coût.
Il faut aussi agir en finesse. Pour nombre de services non critiques, utiliser des fournisseurs américains, européens ou chinois est pertinent. Mais pour tout ce qui est critique, il faut privilégier des solutions ouvertes, si possible proposées par des entreprises suisses. Et la Confédération, avec ses besoins massifs en informatique, doit faire davantage encore dans ce sens. L’annonce de sa volonté de faire migrer 3000 de ses employés vers des solutions open source est à saluer. L’opération ne sera pas facile, tant techniquement qu’humainement, coûteuse à court terme, mais extrêmement bénéfique à long terme.


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