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En 2014, 43,12 % des Ontariens ont voté en moyenne aux élections municipales. En 2018, seuls 38,29 % d'entre eux se sont rendus aux urnes pour élire leur conseiller. En 2022, ce chiffre est tombé à 32,90 %.
Selon la présidente de l’Association des municipalités de l'Ontario (AMO), Robin Jones, cette chute s’explique notamment par la méconnaissance du rôle des municipalités au sein de la population.
C'est la ville ou le village qui gère vos routes, le déneigement en hiver, vos arénas, la police et les pompiers. Le gouvernement municipal offre les services du quotidien dont les gens ont besoin, plaide-t-elle.
Mme Jones estime qu’il est du devoir des 444 municipalités ontariennes d'éduquer les citoyens sur le rôle des élus et sur les services qu'ils peuvent leur offrir. L’AMO a d’ailleurs mis en place des initiatives afin d'informer les municipalités en vue de la prochaine campagne.
Nous avons besoin que les gens se déplacent pour voter. Nous avons besoin d'une diversité de personnes autour des tables des conseils afin de pouvoir réellement représenter tout le monde dans nos collectivités, plaide-t-elle.
Apathie politique?
Dennis Pilon, professeur en science politique à l'Université York de Toronto, ne croit pas que les électeurs soient apathiques relativement à l’appareil politique.
Je ne pense pas que cela décrive vraiment ce qui se passe. Quand on parle d'apathie, on blâme les électeurs. On en fait un problème de motivation individuelle. C'est une critique morale, explique-t-il.
Quand on va parler aux gens, ils se soucient de la politique et de leur communauté locale. Ce qui a changé, c'est leur perception de l'impact qu'ils peuvent avoir.
M. Pilon croit plutôt que l’impression qu'ont les électeurs quant à l'efficacité de leur vote fait en sorte qu’ils ont moins tendance à se déplacer aux urnes.
C'est une combinaison de la distance entre la politique et les gens dans leurs collectivités, mais aussi du sentiment personnel : puis-je vraiment faire bouger les choses? Mon vote va-t-il amener le changement que je souhaite? Et le message que les électeurs reçoivent à tous les niveaux de gouvernement dans les pays occidentaux, c'est : oubliez ça. Les dés sont jetés, insiste-t-il.

Le directeur de l'organisme Democratic Engagement Exchange, John Beebe, croit qu'une multitude de facteurs explique la baisse du taux de participation. (Photo archives)
Photo : Radio-Canada
Le directeur de l’organisme Democratic Engagement Exchange à l'Université métropolitaine de Toronto (TMU), John Beebe, note quant à lui que l’érosion du journalisme local est l’un des facteurs menant au désengagement au niveau municipal.
Plus les gens se sentent désengagés, moins les candidats font d'efforts pour aller vers eux, préférant se concentrer sur ceux qui votent déjà. Ceux qui ne participent pas se retrouvent alors encore plus isolés, explique-t-il.
Il existe des tendances à long terme touchant le sentiment de cohésion sociale, l'attachement aux collectivités et le sentiment d'appartenance. On parle souvent de l'épidémie de solitude; tous ces facteurs érodent la participation et l'engagement démocratique en général.
M. Beebe croit que s'il était permis aux électeurs de voter dans un plus grand nombre de lieux, sans les limiter strictement à leur circonscription de résidence, l’engagement citoyen pourrait augmenter.
L’absence de partis politiques comme facteur?
Pour Dennis Pilon, l’absence de partis politiques au niveau municipal en Ontario est un facteur supplémentaire de désengagement.
La participation politique ne vient pas seulement de l'électeur : elle vient aussi de l'organisation. C'est pourquoi l'absence de partis politiques au niveau municipal est un tel problème, car les partis agissent comme des mobilisateurs [...]. L'élection municipale arrive, il y a 20 personnes sur le bulletin de vote dans votre quartier. Qui sont ces gens? Comment commencer à comprendre qui ils sont et ce qu'ils représentent sans aucun repère? explique-t-il.
John Beebe ne croit toutefois pas que la création de partis politiques municipaux soit la solution pour stimuler l’engagement des citoyens.

La course à la mairie de Toronto opposera Brad Bradford, Chris Alexander et Olivia Chow.
Photo : Radio-Canada
Des endroits comme le Québec ou la Colombie-Britannique ont des partis politiques municipaux, mais, comme ces partis ne sont généralement pas associés aux grands partis provinciaux ou fédéraux, ils n'aident pas nécessairement les gens à combler leur manque d'information ni à prendre des décisions éclairées, note-t-il.
Je ne pense pas que les gens réclament davantage de partis politiques dans leur vie; ils aiment l'idée d'appuyer un candidat en fonction de sa manière d'aborder les enjeux plutôt que selon une ligne idéologique.
Néanmoins, M. Beebe estime que l'un des facteurs déterminants pour la participation reste l'intensité de la compétition lors de la campagne.
Lorsqu'une élection à la mairie est très serrée, davantage d'argent est investi pour faire sortir le vote, la couverture médiatique est plus forte et les gens estiment que leur vote a plus de poids, explique-t-il.
Jennifer Keesmaat, candidate à la mairie de Toronto en 2018 et ancienne urbaniste en chef de la ville de 2012 à 2017, partage cet avis.

L'ancienne urbaniste en chef de la Ville, Jennifer Keesmaat, avait obtenu 23,59% des votes, terminant loin derrière John Tory en 2018. (Photo archives)
Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov
Chaque campagne s'inscrit dans un contexte particulier, qui s'avère mobilisateur ou non pour l'électorat. Au niveau municipal, la question est de savoir s'il s'agit d'une élection de changement. Si les gens sont mécontents de la gestion de la ville, ils se mobilisent pour voter, note celle qui avait obtenu 23,59 % des voix en 2018.
S'il s’agit d’une élection de changement, les gens sont très motivés à aller voter, résume-t-elle.
M. Beebe croit que le rôle des candidats sera de démontrer l’importance de mobiliser les électeurs.
Il est essentiel de rappeler que chaque vote compte. Les décisions municipales touchent directement notre quotidien. L'avantage des candidats locaux est qu'ils sont accessibles : si vous hésitez, posez-leur des questions, assistez à un débat ou répondez lorsqu'ils frappent à votre porte. C'est le moment de faire entendre votre voix. Si une communauté se mobilise pour voter, les candidats écouteront ses priorités.
Le code de conduite des élus, une solution contre le désengagement ?
Récemment, le gouvernement Ford a mis sur pied un code de conduite pour les élus municipaux. Selon le gouvernement, ce code devrait combattre l’apathie des citoyens découragés par les échanges acrimonieux de la politique locale. Robin Jones estime toutefois que cette apathie ne se limite pas au monde politique.
C'est un phénomène généralisé dans la société. Et lorsque les gens n'ont pas voix au chapitre ou s'opposent à des changements qui touchent leur qualité de vie, ils l'expriment haut et fort, conclut la mairesse.


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