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Pourquoi la fin du « Late Show » obtenue par Trump a finalement tout de la victoire empoisonnée

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L'ŒIL DU HUFF US

Stephen Colbert n’officiera pas plus sur CBS, média racheté par des proches de Donald Trump. Mais l’humoriste n’en a pas fini d’égratigner le président.

EN BREF Le dernier numéro de The Late Show a été présenté jeudi par Stephen Colbert conformément à l’annonce de CBS.
L’arrêt de l’émission a été réclamé et salué par Donald Trump qui ne supportait pas la contradiction apportée par l’humoriste.
Mais ce « MAGArthyisme » pourrait vite se retourner contre le président américain dont la popularité chute rapidement au cours de ce second mandat.

En attendant sa salle de bal, Donald Trump a obtenu ce qu’il voulait. L’humoriste Stephen Colbert a présenté une dernière fois ce jeudi 21 mai son émission The Late Show, avant l’arrêt décidé par les nouveaux propriétaires de CBS, alliés du président américain.

Ce dernier s’est félicité d’avoir chassé de la télévision l’un de ses plus grands critiques. « Colbert est enfin fini chez CBS, a-t-il écrit sur Truth Social après la diffusion du dernier numéro. Incroyable qu’il ait tenu aussi longtemps ! Aucun talent, aucune audience, aucune vie. Il ressemblait à un mort-vivant. »

Mais le licenciement de Colbert n’est en rien une victoire. Il transforme au contraire l’humoriste en quelque chose de plus grand : un martyr du « MAGArthyisme » de Trump.

Lui l’animateur très populaire, figure incontournable des médias américains depuis des décennies, possède exactement le type de prestige culturel que Trump convoite. Ses audiences sont élevées. Ses blagues sont drôles. Le final de son émission était le genre d’événement rempli de stars que Trump adore, mais avec de vraies célébrités et des moments authentiques. Et alors que Colbert se moque, critique et ridiculise Trump avec succès depuis des années, son ultime émission a réservé l’essentiel de ses piques à CBS, sans même mentionner le président par son nom.

Colbert est tout ce que Trump déteste

Pour Trump, un homme qui désire profondément l’admiration et ne supporte pas qu’on se moque de lui, dont la popularité chute drastiquement, c’est insupportable. Mais pire encore, Colbert menace sa tentative de réécrire la réalité. Depuis son retour au pouvoir en 2024, le président tente de faire taire ses critiques par des décrets présidentiels, des enquêtes, des poursuites pénales, la pression réglementaire et, dans le cas de The Late Show, par des fusions et acquisitions orchestrées par des amis milliardaires.

La fin de l’émission lancée par David Letterman en 1993, est survenue après le rachat de Paramount, maison mère de CBS, par le duo père-fils milliardaire et pro-Trump Larry et David Ellison. On soupçonne depuis longtemps, sans jamais l’avoir confirmé, que l’annulation de l’émission (ainsi qu’un accord financier de plusieurs millions de dollars avec l’administration) faisait partie du marché pour obtenir l’approbation du rachat par la Federal Communications Commission de Trump. CBS affirme pour sa part que l’annulation était purement motivée par des raisons financières.

Nous ne connaîtrons peut-être jamais la vérité. Mais, comme l’a lui-même qualifié Colbert, cela ressemble fortement à « un énorme pot-de-vin ». C’est ce type de réalité brutale dont Colbert a nourri sa carrière et qui menace en réalité l’ensemble du projet trumpiste. Dès le premier épisode du Colbert Report, le personnage satirique inspiré de Bill O’Reilly incarné par Colbert avait inventé le terme « truthiness » pour décrire les mensonges permanents de l’administration George W. Bush. La « truthiness » désigne une manière d’argumenter qui privilégie l’émotion et l’intuition comme vérité, plutôt que la vérité réelle.

« Chaque soir dans mon émission The Colbert Report je parle directement avec mes tripes, OK ? Je donne aux gens la vérité, sans le filtre des arguments rationnels », déclarait Colbert lors du dîner de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche en 2006. Cette critique satirique de l’irrationalité conservatrice était pertinente en 2006. Aujourd’hui, elle paraît presque naïve.

Le « MAGArthyisme » peut se retourner contre Trump

Car là où les mensonges de Bush cherchaient à reformuler la réalité, ceux de Trump cherchent à devenir la réalité elle-même. Trump a porté l’idée de « truthiness » à un autre niveau, sans même essayer de conserver une apparence de vérité pour soutenir ses affirmations manifestement fausses sur sa défaite en 2020, sur l’économie, sur la guerre en Iran ou sur tout ce qui lui passe par la tête à un instant donné. Pour Trump et ses partisans, le mensonge est désormais leur vérité. Ils la ressentent au fond d’eux-mêmes. Et ceux qui disent le contraire doivent être réduits au silence.

C’est pour cela que Trump voulait faire disparaître Colbert de l’antenne. C’est pour cela qu’il a tenté (en vain pour le moment) de faire taire Jimmy Kimmel. Et c’est pour cela qu’il fait pression sur ABC afin d’annuler The View. Ce sont des programmes qui le critiquent devant un large public (même si la télévision ne rassemble plus autant qu’autrefois), souvent avec humour. Et les blagues blessent davantage que les éditoriaux sérieux.

« Tu es le premier type en Amérique à perdre son émission parce qu’on a un président incapable de supporter une blague », a déclaré Bruce Springsteen dans The Late Show mercredi.

Colbert n’est pas réellement la première personne à perdre son emploi à la télévision à cause de ses propos ou de pressions politiques. La première « Red Scare » au début du XXe siècle, puis l’ère McCarthy, ont vu de nombreuses personnalités perdre leur travail (Hollywood avait sa liste noire) en raison de soupçons de liens avec les communistes ou l’anarchisme. Mais ces campagnes s’inscrivaient dans un climat plus large de peur politique et de méfiance au sein de la société américaine, alors que le capitalisme américain craignait une concurrence culturelle.

Cela a été populaire, du moins pendant un temps. Mais tout cela a fini par s’effondrer. Le « MAGArthyisme » de Trump, en revanche, n’est pas plus populaire que sa présidence. Ses taux d’approbation chutent, ses alliés commencent à perdre confiance. C’est un président affaibli, avec un programme impopulaire, qui tente de claquer la porte à toute opposition par des méthodes autoritaires. Et s’il a réussi à écarter Colbert ce n’est qu’avec le soutien d’autocrates économiques avides de pouvoir monopolistique.

« Je crois que je comprends maintenant. Ça ressemble à la fin. Et j’aimerais que ce ne soit pas le cas, mais ce n’est pas à moi d’en décider, a déclaré Colbert lors de son émission finale. Tout ce que nous avons à décider, c’est quoi faire du temps qui nous est donné. » Au final, la voix de Colbert continuera de porter un message de vérité face à cette « truthiness » déchaînée, comme il l’a fait ce vendredi lors d’une apparition surprise sur une télé du Michigan où il avait officié avant CBS. Et ce sera probablement très drôle.

Note : Cet article est une traduction réalisée par la rédaction du HuffPost France, à partir d’un article paru en mai 2026 sur le HuffPost US. L’article original est à lire ici.

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