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Politique 01/06/2026 17:08 Actualisé le 01/06/2026 17:08
La liste des candidats s’allonge à moins d’un an de l’élection présidentielle, tandis que les sondages sont plus que jamais au cœur des stratégies individuelles.
Par Marie Haynes avec AFP
Si la perspective d’une primaire s’éloigne - tout camp confondu - pour désigner le candidat le plus rassembleur parmi la pléthore de prétendants pour 2027, l’idée de les départager par les sondages fait son chemin. Or, elle n’est pas bien vue par les sondeurs eux-mêmes, ces derniers n’ayant aucune envie de jouer un rôle qui n’est pas le leur.
Alors que les électeurs se disent très favorables aux primaires, notamment ceux proches de la gauche ou les sympathisants du bloc central, comme le montre une étude Yougov datée du 5 avril et publiée par Le HuffPost, c’est justement là qu’il devrait ne pas y avoir de compétition interne, mais un arbitrage décisif via les sondages.
Au sein du bloc central, les sondages sont ainsi ouvertement envisagés comme la solution pour départager début 2027 Édouard Philippe et Gabriel Attal, tandis que Raphaël Glucksmann s’est donné « trois mois » pour de facto imposer sa candidature par les sondages.
« Les partis abandonnent leur rôle principal »
« C’est une mauvaise idée qui ne fonctionnera pas », tranche Céline Bracq, directrice générale de l’institut d’études Odoxa, auprès de l’AFP. Déjà régulièrement critiqués pour leur influence dans l’élection, par exemple en favorisant « le vote utile », les sondeurs ne souhaitent pas se voir désigner « juge de paix ». Sur le fond, « cela veut dire que les partis politiques abandonnent leur rôle principal, celui de sélectionner des candidats », déplore ainsi Bruno Jeanbart d’OpinionWay.
Dans une tribune récente dans le quotidien Le Figaro, Brice Teinturier (Ipsos) voit quant à lui derrière ce phénomène « le symptôme de l’affaiblissement considérable du politique », des partis comme des candidats. Cela montre, « qu’en dehors des extrêmes, il n’y a aucune personnalité qui s’est imposée depuis 2022 comme candidat naturel », relève également Jean-Daniel Lévy (Harris Interactive), s’étonnant de ces partis qui « n’ont pas établi de règle de jeu pour une élection prévue depuis cinq ans… ».
Par ailleurs, les différents sondeurs s’interrogent sur la viabilité d’une telle stratégie. Frédéric Dabi (Ifop) se dit « dubitatif » parce que « début 2027, l’opinion ne sera pas cristallisée. Il y a des fortes chances que les sondages n’apportent pas de réponse catégorique ».
Confondre sondage et prévision
Tant que la campagne et les débats n’ont pas vraiment commencé, « les intentions de vote sont extrêmement fragiles », souligne Brice Teinturier, se demandant « quel est l’écart décisif » et « comment gérer une situation où aucun candidat ne se détacherait ». En clair, qui d’Edouard Philippe ou Gabriel Attal ferait le choix de se ranger derrière l’autre si les deux sont donnés au même niveau, ou au coude à coude, en décembre prochain ?
Les exemples sont légion de croisement de courbes dans les derniers mois de campagne, le plus célèbre étant celui en 1995 entre Jacques Chirac contre Édouard Balladur qui n’intervient que début mars. « Est-ce que je peux préjuger des enjeux de la campagne, des événements nationaux ou internationaux et de la manière dont vont y répondre les candidats ? Absolument pas », résume encore Jean-Daniel Lévy. Le sondage est certes « un outil de la démocratie pour savoir où en sont les candidats dans l’opinion à un moment T », appuie encore Céline Bracq. Mais « ce n’est pas une prévision au-delà de cet instant ». À bon entendeur.


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