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Quarante-six poulets et cent quatre-vingts œufs. C’est tout l’échantillon sur lequel repose l’étude publiée le 1er septembre dernier, qui évoque du poulet métaux lourds dans trois bassins de production du Cameroun. L’Interprofession avicole (IPAVIC) a réagi par communiqué en contestant la portée du travail. L’alerte tient-elle debout face à une filière qui produit plus de cent millions de poulets par an ? Le débat est lancé, et franchement, il mérite mieux qu’un échange de communiqués.
Une étude, 12 fermes et des substances inquiétantes
Le travail s’intitule « Assessment of the health risks associated with the consumption of chicken meat and eggs contaminated with heavy metals in some regions of Cameroon ». Il est signé par des chercheurs de l’université de Yaoundé I, en collaboration avec le Centre de recherche en alimentation et nutrition de l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales (IMPM).
Les échantillons viennent de douze fermes situées dans les bassins du Centre, de l’Ouest et du Littoral. Ce sont les principales zones de production du pays, ce qui n’est pas anodin. Les chercheurs y ont prélevé des muscles, des foies et des œufs, soit 46 poulets et 180 œufs, l’équivalent de six alvéoles.
Les résultats avancés sont sérieux. Parmi les substances relevées figurent des métaux lourds comme le cadmium et le plomb, des mycotoxines (aflatoxines et ochratoxine) et du chloramphénicol, un antibiotique à large spectre, résidu de traitement vétérinaire. Les auteurs précisent que ces substances sont reconnues comme toxiques pour la santé animale et humaine. Ils évoquent l’alimentation des volailles et des intrants importés comme sources possibles de contamination.
Les chercheurs ont aussi voulu évaluer le risque lié aux métaux lourds. Leur conclusion : il serait probablement lié à l’utilisation d’aliments et d’intrants importés pouvant contenir des contaminants.
Approchée par Cameroon Tribune, l’équipe de chercheurs a réaffirmé qu’il s’agit d’un travail scientifique destiné à alerter et à participer au développement de la société. Elle ajoute que de nouveaux travaux sont envisagés dans d’autres pays de la sous-région.
Mais le texte a immédiatement suscité des réserves. Le plus gros reproche tient en un chiffre.
L’IPAVIC conteste, l’échantillon pose question
Dans son communiqué, l’Interprofession affirme que l’étude ne repose que sur 46 poulets et 180 œufs. Elle juge que ces chiffres « suscitent des interrogations au regard de la généralisation des résultats sur toute la filière avicole ».
François Djonou, président de l’IPAVIC, est plus direct. Interrogé par Aicha Nsangou N. pour Cameroon Tribune, il juge l’enquête « peu crédible » : « Comment accorder une fiabilité sur un tel échantillon quand on produit à ce jour près de 102 millions de poulets et 2,9 millions d’œufs de consommation par an ? »
Pour lui, la présence de métaux lourds n’a rien d’exceptionnel. Ces contaminants existent partout dans le monde, dans l’environnement comme dans l’alimentation. « C’est à partir d’un certain seuil que ça devient dangereux », répète-t-il. Il estime que l’échantillon ne permet pas de savoir si les doses relevées dépassent les normes.
Le raisonnement se tient sur le papier. Un prélèvement de cette taille ne peut pas, seul, décrire un marché entier. Reste à savoir si les chercheurs revendiquent une portée nationale ou simplement un signal d’alerte. Rien ne confirme à ce stade qu’ils généralisent leurs résultats à l’ensemble du pays.
Le président de l’IPAVIC en profite pour rassurer. Les couvoirs et fermes de production, dit-il, mettent à disposition des produits de bonne qualité sanitaire. Des publi-reportages seront diffusés dans les prochaines semaines pour informer le public sur les conditions d’élevage.
Qui a raison ? Honnêtement, on ne peut pas trancher avec les éléments disponibles.
Une filière fragile, un consommateur dans le flou
Le contexte aggrave la situation. L’IPAVIC rappelle que la filière sort de plusieurs crises : le Covid-19, la grippe aviaire, la guerre en Ukraine. Le prix de la matière première a doublé pendant ces années, avant de revenir à un niveau normal depuis le début de cette année.
Des aviculteurs avaient abandonné leur activité ou diminué leur cheptel. D’autres ont repris progressivement, profitant d’une bouffée d’oxygène. Cette tendance rassure l’Interprofession, dont les craintes portent aussi sur la concurrence des poulets congelés venus du sud de la région.
Dans les marchés de Yaoundé, de Douala ou de Dschang, la question qui revient est simple : que mange-t-on vraiment ?
Brenda Mbang, enseignante et friande de poulet, résume le malaise : elle observe depuis un certain temps que la chair du poulet est « très tendre » et se demande si cela tient à un changement dans la manière dont les éleveurs produisent. Ce n’est pas une preuve, ni un argument scientifique. C’est un doute de consommatrice, et il circule.
C’est là que la bataille se joue. Une étude contestable, mais publiée, installe une inquiétude que seul un contrôle indépendant peut dissiper. Les professionnels de la filière gagneraient à ouvrir leurs exploitations aux laboratoires, plutôt que de compter sur des campagnes de communication.
Les autorités sanitaires, elles, restent silencieuses à ce stade. On attendait mieux du ministère de l’Élevage, qui n’a pas réagi publiquement.
Un seuil, une méthode, un échantillon : tout se jouera sur ces trois points. Tant qu’aucune contre-analyse indépendante n’est publiée, chacun campera sur sa position et le consommateur restera sans réponse claire.
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Laurent Diby
Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: [email protected]


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