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Révélée par le Mouvement associatif, Claire Thoury, qui a annoncé le lancement d'une convention citoyenne sur les finances publiques, entend peser sur les débats qui agitent la société française.
Fabrice Veysseyre-Redon - Aujourd'hui à 09:30 - Temps de lecture :
C’est une femme, elle a moins de 40 ans et elle est issue du monde associatif. Trois critères qui font d’elle un ovni dans l’histoire du Conseil économique, social et environnemental (Cese) mais qui ne disent pas tout de la nouvelle présidente de la troisième assemblée française. Claire Thoury, qui a annoncé mardi le lancement d'une convention citoyenne sur les finances publiques, c’est surtout un personnage et une personnalité de 37 ans, née dans l’Aisne avant des études à Paris, qui a gravi les marches du palais, presque 4 à 4, sans jamais renverser personne. Une intellectuelle - docteure en sociologie - qui sait dire des gros mots quand il le faut et les mots qui rassemblent quand l’heure de la convergence est venue.
La méthode Thoury est simple : alimenter le débat voire la conflictualité pour aboutir à un consensus tout en nuances. Si nécessaire, elle « chambre » ses interlocuteurs. Allez comprendre, personne ne lui en tient rigueur tant le naturel et le pragmatisme avec lesquels elle les malmène semblent opportuns. « On rit aussi beaucoup avec elle. C’est quelqu’un de sérieux qui ne se prend pas au sérieux », résume Laurent Berger, ancien leader de la CFDT, qui se trouve être aujourd’hui son « boss » à l’Institut mutualiste du Crédit Mutuel. À son accession à la présidence du Cese, le doute s’installe : pourra-t-elle garder un pied dans son emploi ?
Maman et toujours salariée
Elle y est populaire et utile. Le jour de son arrivée à la présidence, une douzaine de ses collègues de bureau se retrouvent autour d’un écran pour regarder et écouter son discours d’investiture au cours duquel elle cite deux fois De Gaulle et valorise le monde associatif et les corps intermédiaires qui l’ont portée à sa nouvelle fonction. À l’issue de son propos, les applaudissements retentissent dans le bâtiment. L’émotion et la joie sont palpables. Ses camarades du bureau sont soulagés lorsqu’elle leur annonce qu’elle reste avec eux à temps partiel. Elle sera des leurs tous les vendredis. « Au début on n’y croyait pas trop et pourtant elle tient le rythme, elle passe même prendre un café entre chez elle et le Cese parfois… », commente l’un d’eux. Mère d’une petite Rose, six ans, elle a conservé son domicile aux portes de Paris et n’a pas modifié plus que cela ses habitudes de vie. Elle a essentiellement changé son frigo, confie-t-elle en dernière page de Libération.
Dans son immense bureau d’Iéna qui domine la Seine parisienne, la présidente a surtout une immense table de réunion autour de laquelle elle reçoit. Beaucoup. Dans l’antichambre, les rendez-vous s’enchaînent. Elle veut continuer à parler avec les Français, « rester ancrée dans le réel », comme le confie son ami Simon Thirot, qui a dirigé avec elle le Mouvement associatif qu’elle préside pour quelques jours encore. Il la voit moins depuis le printemps mais parvient de temps en temps à la traîner dans une librairie avant d’aller déjeuner, juste pour le plaisir des livres… qu’elle dévore.
Pierre Rosanvallon en toile de fond
Pas de mentor pour Claire Thoury mais une colonne vertébrale de gauche modérée (« même si elle s’est toujours tenue à distance des partis politiques », comme a pu en juger Simon Thirot) construite dans l’ombre du sociologue et économiste Pierre Rosanvallon, avec lequel elle a travaillé et dans le réseau d’associations étudiantes Animafac qui a constitué pour elle un véritable marchepied.
Mais c’est lors de la convention citoyenne sur la fin de vie qu’elle s’installe pleinement au Cese. Elle-même surprise que ses amis l’encouragent à en assurer la coordination, elle accepte et s’y donne à 200 %, faisant au passage oublier les critiques essuyées par la précédente convention sur les temps de l’enfant. Malgré l’opposition d’une bonne partie des organisations patronales - qui ont présenté contre elle l’ancienne vice-présidente du Medef Dominique Carlac’h - elle est élue dès le premier tour à la présidence de l’institution. Certains lui prédisant d’être très vite victime de sa naïveté. « C’est mal la connaître, sourit Laurent Berger, elle en joue parfaitement ! »


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