Sous la Coupole sort de Berne et pose ses micros dans le canton de Vaud, qui n’en finit décidément plus d’attirer l’attention. Pas question cette fois d’un énième rebondissement lié aux affaires Dittli, mais d’un objet de votation majeur soumis aux électeurs le 27 septembre: une initiative qui vise à réduire de 12% l’impôt cantonal sur le revenu et la fortune des personnes physiques. Ce n’est pas tous les jours que la population d’un canton est appelée à décider d’une telle baisse, alors forcément, le débat est vif. Et il vient pimenter davantage encore le climat politique vaudois, à moins de six mois des élections cantonales.
Lire aussi: 12%, une mesure pédagogiquePour les milieux économiques à l’origine du texte et une grande partie de la droite, un oui dans les urnes permettra au canton de sortir de l’enfer fiscal dans lequel il baigne et donnera un peu de l’air à la classe moyenne. A gauche, en revanche, on ne promet que du sang, de la sueur et des larmes en cas d’acceptation. Même son de cloche du côté du Conseil d’Etat à majorité de droite. Le gouvernement s’oppose catégoriquement à cette baisse d’entrées fiscales, qui priverait un budget déjà rouge de quelque 272 millions de francs par année.
Pour débattre, Sous la Coupole a réuni deux poids lourds de la politique cantonale et fédérale. La présidente du PLR Vaud, vice-présidente du parti suisse, Florence Bettschart-Narbel, et Samuel Bendahan, chef du groupe socialiste à Berne et candidat à la candidature au Conseil d’Etat.
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Florence Bettschart-Narbel ne tourne pas autour du pot: pour elle, le canton souffre d’un vrai problème de compétitivité fiscale: «Dans le canton de Vaud, en matière de fiscalité pour les personnes physiques, quelle que soit la classe de revenu […] on est toujours dans les plus mauvais élèves.» Un constat qu’elle relie à un ras-le-bol entendu sur le terrain, chez les indépendants et les entrepreneurs, cette «classe moyenne supérieure […] qui en a marre de subsidier les autres».
En face, Samuel Bendahan démonte le chiffre avant même de discuter du fond: non, ce n’est pas une baisse uniforme de 12%, insiste-t-il, seule la fortune est concernée à ce taux, référence à une baisse de 7% d’impôt déjà prévue pour 2027. Le socialiste préférerait «donner 1000 francs à une famille de quatre personnes qui doit payer des primes maladie […] que de donner 50 000 francs à quelqu’un qui a déjà 100 millions sur son compte». Selon lui, plus de la moitié de l’allègement sur la fortune profiterait à 1% des contribuables les plus riches.
Au-delà des querelles de chiffres, tous deux entendent défendre la fameuse «classe moyenne». Là où ça se corse, c’est lorsqu’il s’agit de la définir. Samuel Bendahan chiffre précisément où elle commence et s’arrête; Florence Bettschart-Narbel, elle, relate des rencontres de terrain, comme celle avec ce jardinier, qui lui confiait: «Moi, je n’en peux plus de voir ces gens qui ne travaillent pas […] je paye une masse d’impôts pour avoir en plus une administration qui n’est pas très efficace.»
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Politiquement, cette initiative est depuis le début une épine dans le pied du PLR et de ses ministres. La présidente du PLR Vaud reconnaît les tensions internes à son propre camp. L’initiative est arrivée deux mois après le début de la législature; un texte porté par les milieux économiques et non par le parti, donnant «un peu une impression de couteau qui nous était planté dans le dos». Après des semaines de débats internes, les députés libéraux-radicaux au Grand Conseil ont rejeté l’initiative, mais la base l’a plébiscitée et les membres du gouvernement la combattent. Un grand écart pas toujours facile à gérer.
Lire aussi: Débat autour de l’initiative vaudoise des 12%: Olivier Feller promet qu’il n’y aura «aucune coupe», Pierre-Yves Maillard dénonce «un mauvais film»Le vote du 27 septembre dépasse largement la question fiscale des 12%. Il constitue un premier test grandeur nature avant les élections cantonales de fin février, où la gauche espère reprendre la majorité face à une droite fragilisée par les affaires Dittli. Un scrutin qui s’annonce, de l’aveu même des deux invités, particulièrement chaud. A ce propos, que va faire Samuel Bendahan, qui brigue la candidature socialiste au Conseil d’Etat, dans ce guêpier? «Ce n’est pas parce que c’est difficile que vous baissez les bras.»


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