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Plus que tout, mon vote à la primaire m'a servi à vider toute ma colère envers Olivier Faure

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J'avoue, j'ai participé à la primaire organisée par le Parti socialiste et ses alliés de Place publique. Oui, moi, sain d'esprit et de corps, j'ai pioché dans mes économies pour avoir le privilège de choisir le candidat à même d'incarner mon idéal républicain, du moins de s'en rapprocher. Enfin, non, ce n'est pas tout à fait vrai, ma première motivation n'était pas de cet ordre-là, ce que je voulais passionnément c'était régler mes comptes avec Olivier Faure.

Pendant trop d'années, j'avais enduré sa présence ou plutôt son absence de présence, sa médiocrité jamais prise en défaut, sa manière très exaspérante de louvoyer, d'être dans l'incapacité de définir une ligne claire à laquelle se tenir, sa paresse intellectuelle, son incurie à incarner autre chose qu'un socialisme de la mollesse où il tentait désespérément de ménager la chèvre et le chou.

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Combien de fois me suis-je retrouvé à le maudire, à vomir ses prises de position où, dans le clair-obscur de ses intentions, on devinait qu'in fine, quels que puissent être les outrages et les ignominies venues du camp de la France insoumise, il serait prêt à manger son chapeau, son béret, sa casquette, sa cagoule, son bonnet pour demeurer dans leur giron?

C'est évidemment ce qui l'a perdu, ce désir éperdu de constituer une union de la gauche, quand bien même une de ses composantes ne répondait plus en rien aux exigences d'un parti démocratique mais se vautrait dans une vulgate criarde où les fantômes d'un antisémitisme crasseux côtoyaient des appels à peine masqués à la violence et au renversement de l'ordre établi, sans parler de son soutien à peine voilé au nouvel impérialisme russe.

Je n'ai pas le souvenir de la moindre proposition émise par Olivier Faure comme s'il n'était pas à la tête d'un parti de gouvernement mais de l'amicale d'un club de pongistes perdu au fin fond de la Vendée. Plus d'une fois, je me suis demandé s'il avait conscience du rôle qu'il avait à jouer, et si, propulsé au-devant de la scène on ne sait comment, y demeurer suffisait à son bonheur. Son calme doucereux m'agaçait, sa pondération dans certaines circonstances ressemblait à de la lâcheté, son absence d'enthousiasme le faisait ressembler à un croque-mort perdu en mer, un de ces individus sans vigueur qui passent leur existence à être des spectateurs de leur propre destin.

«Pourquoi le nier, quand j'ai vu son score s'afficher, ce score triomphal de quatorze pour cent et quelques, j'ai ressenti une joie mauvaise monter en moi, une joie de vilain garnement, de fanfaron.»

Alors oui, pourquoi le nier, quand j'ai vu son score s'afficher, ce score triomphal de quatorze pour cent et quelques, j'ai ressenti une joie mauvaise monter en moi, une joie de vilain garnement, de fanfaron; toute proportion gardée, la joie libératrice de l'esclave enfin délivré du joug de son maître, la joie de l'offensé débarrassé de celui à l'origine de ses tourments, la joie de l'otage rendu à sa liberté, la joie pure de l'enfant quand sonne enfin l'heure de la récréation, une joie infantile, radieuse, primesautière.

Je suis persuadé que pour beaucoup d'inscrits à cette primaire, il en fut de même, que si nombreux cherchaient à imposer la candidature de Raphaël Glucksmann, ils voulaient aussi réduire au silence Olivier Faure, l'humilier autant qu'ils avaient été humiliés par lui. Ce vote fut un exutoire, la catharsis de sentiments trop longtemps réprimés. Il fallait expurger toute cette colère rentrée, ces années passées à macérer dans ce ressentiment de voir un Parti socialiste incapable de penser par lui-même, otage d'une extrême gauche qui se gaussait de le voir ainsi asservi.

Olivier Faure n'a pas compris ou n'a pas voulu comprendre qu'il existait un moment dans la vie d'une formation politique où il faut avoir le courage de dire non. Qu'il existe des sujets sur lesquels il ne peut exister la moindre ambiguïté. Où il faut être tout entier dans son indignation sans rien céder sur rien. Où s'acoquiner avec un parti qui cherche le désordre pour imposer sa loi est une trahison de ses idéaux et de sa raison d'être. Où se prétendre de gauche ne suffit pas, encore faut-il l'être pleinement, c'est-à-dire sans compromissions, sans acquiescement même tacite à des comportements qui dansent sur le fil brûlant de l'antisémitisme et de toutes ses déclinaisons possibles.

«J'ignore si Raphaël Glucksmann saura entraîner la population française dans une adhésion franche et massive, s'il parviendra à parler le langage du peuple.»

Je ne sais pas si Raphaël Glucksmann parviendra à convaincre au-delà de son clan d'affidés. J'ignore, et je crois que lui-même l'ignore, s'il saura entraîner la population française dans une adhésion franche et massive, s'il parviendra à parler le langage du peuple, à se faire entendre de l'agriculteur et de l'aide-soignante, du professeur comme du chômeur rongé par des années d'inactivité.

Mais je sais déjà une chose: que si jamais il maintenait sa candidature, je n'aurais pas pour une fois à rougir de mon vote, que ce sera enfin un vote d'adhésion et non plus un vote au parfum de renoncement destiné à éviter le pire. Un vote éclairé au lieu d'être ce vote d'arrangement qui fut le mien toutes ces dernières années, ces votes honteux, ces bulletins déposés à contre-cœur dans l'urne comme dans ces mariages arrangés où la passion est absente, remplacée par la nécessité de faire bonne figure.

Un vote, sinon d'enthousiasme, du moins un vote en adéquation avec mes idées. Une rareté et un luxe par les temps qui courent.

Pour suivre l'actualité de ce blog, c'est par ici: Facebook-Un juif en cavale

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