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Plus de blessures au travail dans le secteur de la santé que dans celui de la construction

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Les blessures au travail sont extrêmement fréquentes dans le système de santé, particulièrement dans les foyers de soins. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les risques de blessure y sont encore plus grands que dans les secteurs de la fabrication, de la construction ou de l’administration publique.

Selon Justin Wies, directeur général de l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, le taux de blessures au travail dans les foyers de soins est 3,5 fois plus haut que la moyenne parmi le reste des secteurs dans la province.

Et chaque fois qu'il y a blessure, il y a le risque d'avoir une perte de temps qui cause des problèmes avec le manque de personnel et ça augmente les coûts pour opérer.

Justin Wies devant le palais de justice à Fredericton.

Selon Justin Wies, les besoins des résidents des foyers de soins sont bien plus importants aujourd'hui que par le passé.

Photo : Radio-Canada / Wildinette Paul

Pour Denise Paradis, qui est à la tête de l’Association de sécurité des soins continus du Nouveau-Brunswick, peu de gens réalisent à quel point il peut être risqué de travailler dans des foyers de soins.

Travailler dans un foyer de soins, c’est considéré comme un des emplois les plus dangereux dans la province, même plus dangereux que la construction, indique-t-elle.

Peut-être nos blessures ne sont pas mortelles, comme celles peut-être de la construction, mais ça arrive aussi souvent qu'on a toujours des personnes qui sont blessées.

Denise Paradis sourit à la caméra.

Denise Paradis affirme qu'en ce moment, il n'existe pas de lit au Canada susceptible d'aider les travailleurs des foyers de soins à réaliser leurs tâches.

Photo : Nouemsi Njiké

Les données de Travail sécuritaire NB vont dans le sens des déclarations de M. Wies et de Mme Paradis. Dans une correspondance avec Radio-Canada, une des porte-paroles de l’organisme indique que les travailleurs des soins de santé représentent actuellement le plus grand nombre de blessures de travail au Nouveau-Brunswick.

Les données compilées par l’organisme montrent que le phénomène n’est pas nouveau.

Blessures au travail au Nouveau-Brunswick

Domaines20252024202320222021
Soins de santé17081568150815111571
Administration publique12891227120813421135
Fabrication961897904896972
Construction464421427416470

Il est à noter que les travailleurs des foyers de soins représentent, à l’intérieur même du domaine de la santé, une part non négligeable des cas de blessures au travail.

Blessures dans les foyers de soins/soins de santé

20252024202320222021
491/1708411/1568378/1508396/1511420/1571

C’est pour chercher des solutions que Travail sécuritaire NB a récemment investi 1,6 million de dollars, conjointement avec Mitacs - un organisme national de recherche sans but lucratif qui travaille notamment avec les universités - l’Association de sécurité des soins continus du Nouveau-Brunswick et RechercheNB.

Blessures des tissus mous

À en croire Denise Paradis, la manipulation de charges importantes par les employés des foyers de soins conduit fréquemment à des blessures des tissus mous.

Quand je tire quelque chose, peut-être je vais blesser mes épaules [...] le bas du dos, le cou, qui fait mal le plus. 70 % de toutes les blessures sont avec les tissus mous, explique-t-elle.

Depuis quelques années déjà, l’Association de sécurité des soins continus du Nouveau-Brunswick a développé des partenariats avec l’Université de Moncton et l’Université du Nouveau-Brunswick.

Une femme couchée sur un lit de foyers de soins.

Un nouveau type de lit permettrait aux employés des foyers de soins de ne plus avoir que des gestes extrêmement simples à effectuer.

Photo : Guillaume Aubut

Ces entités ont envoyé des représentants aux Pays-Bas d’où ils sont revenus avec un lit dont le fonctionnement est étudié dans un laboratoire de l’Université de Moncton.

Ils [Les Pays-Bas] sont plus avancés, ils ont même des lois qui disent que les travailleurs ne peuvent pas pousser ou lever plus de 25 kg, explique Mme Paradis.

À cause de ces lois, aux Pays-Bas, ils ont commencé toute une industrie pour inventer des innovations, des équipements.

Des besoins en évolution

Le lit qui a été rapporté de l’Europe permet une prise en charge des résidents des foyers de soins au moyen d’une télécommande, contrairement à la force motrice du corps des employés qui est jusqu’ici utilisée.

Selon Justin Wies, les besoins de nos résidents dans les foyers de soins sont beaucoup plus lourds qu’ils l’étaient vingt ans passés, dix ans passés, même cinq ans passés, un avis que partage Denise Paradis qui note cependant que rien n’a changé à propos de l'éducation qu'on donne [...] à nos employés.

Y a trop de résidents qui ont besoin d’aide. Alors, mon corps ne peut plus soutenir cette sorte de travail fort.

Mme Paradis explique que les résidents ont besoin d’aide pour prendre leurs bains, se vêtir, se nourrir, se promener, pour toutes sortes de choses qui mobilisent au quotidien la force des employés.

Une main tenant une télécommande.

À l'aide d'une simple télécommande, les employés effectuent des tâches pour lesquels ils auraient normalement besoin d'utiliser de la force physique.

Photo : Guillaume Aubut

S’il a fallu se résoudre à aller en Europe chercher un lit, c’est, de son point de vue, parce qu’il n’en existe pas présentement en Amérique du Nord qui serait susceptible de faire l’affaire, une situation qui leur a permis de se rendre compte que le Canada est bien moins avancé sur les questions de sécurité des travailleurs des foyers de soins qu’on pourrait le penser.

Pour Mme Paradis, puisqu'on ne peut pas simplement se mettre à utiliser au Canada un lit fait en Europe, les standards ne sont pas les mêmes, il faut l'adapter aux réalités locales, ce à quoi s'attèle l'équipe de chercheurs.

Au moyen d’une simple télécommande

Michelle Léger Boucher est une doctorante qui travaille sous la supervision de Michelle Cardoso et Wayne Albert, deux professeurs d’université spécialistes de kinésiologie, qui dirigent l’initiative destinée à rendre le travail dans les foyers de soins moins dangereux.

Michelle Lèger Boucher et Cynthia Dion sourient.

Michelle Léger Boucher et Cynthia Dion font partie de l'équipe qui travaille à l'adaptation du lit.

Photo : Nouemsi Njiké

Son travail consiste à évaluer de quelle manière le lit parvient à réduire, sur les travailleurs de la santé, la charge physique des poids à manipuler. Les résultats obtenus sont comparés aux opérations manuelles habituelles. Sont entre autres évalués dans les deux cas : l’activité musculaire, la posture, la fréquence cardiaque, le niveau de stress, l’inconfort.

On retrouve souvent dans les foyers de soins des technologies qui existent pour transporter des patients en dehors du lit. Y a beaucoup d’aides, des technologies qui aident pour les mettre dans les chaises, les apporter dans les salles de bain, commence-t-elle.

Mais ce qui est vraiment bien avec [cette technologie], ça va aider les travailleurs de la santé à repositionner un patient dans le lit.

Le lit possède un moteur ainsi que des barres de côté qui peuvent monter ou descendre et autour lesquelles s’enroulent des draps que l’on peut faire tourner vers l’intérieur ou l’extérieur en actionnant une télécommande.

Deux personnes placées devant un lit.

Avec le nouveau lit, il suffit de simples manipulations sur la télécommande pour pouvoir retourner un résident.

Photo : Guillaume Aubut

Pour Michelle Léger Boucher, les raisons sont nombreuses pour lesquelles on peut être amené à faire bouger un résident au cours d’une journée.

Certains, c’est pour donner des soins, ça peut être des plaies de lit, c'est comme des petits rashs qu’ils peuvent avoir un peu partout dans le dos, sur les jambes. Ça peut être juste le confort de la personne, si elle veut mettre un oreiller, puis s’accoter pour se reposer sur le côté. Ça peut être aussi d’autres tâches, pour donner un bain, explique-t-elle.

Le système a deux différentes versions. Il y en a un pour des patients bariatriques ou des résidents bariatriques. [...] le système peut soutenir un poids plus élevé que le système standard.

Elle précise que le lit est suffisamment robuste - et les draps qui vont avec également - pour que tous types de résidents, peu importe leur corpulence, puissent être pris en charge.

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