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Des manifestations étaient organisées dans plusieurs localités de la Nouvelle-Écosse, samedi. Les citoyens ont exprimé leur opposition à un projet de centre de données consacré à l'intelligence artificielle (IA).
Près d’un millier de Néo-Écossais sont descendus dans les rues d'Halifax. Vers midi, ils se sont rassemblés devant Province House, siège de l’Assemblée législative, occupant tout un quadrilatère de la rue Hollis, avant de défiler sous la pluie dans le centre-ville.
En octobre, le chef de la direction d’EverWind Fuels, accompagné du premier ministre néo-écossais Tim Houston, avait annoncé un projet de centre de données de 18 600 mètres carrés à Point Tupper, au Cap-Breton.

Des citoyens manifestent à Halifax, samedi, contre le centre de données pour alimenter l'intelligence artificielle proposé au Cap-Breton par EverWind.
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet
La construction est évaluée à 10 milliards $ et le centre de données sera loué pour 20 ans à l’entreprise américaine Anthropic, spécialisée dans l’intelligence artificielle (IA), afin d’alimenter son agent conversationnel Claude.
D’autres rassemblements étaient organisés à Bridgewater, Kentville, Port Hawkesbury, Sydney, Truro, ainsi que devant le bureau de circonscription du premier ministre Tim Houston, à Westville, dans la région de Pictou.
Depuis l’annonce du projet, des inquiétudes ont été exprimées au sujet de la consommation d’électricité et d’eau par cet éventuel centre de données. Ailleurs, la facture d’électricité des citoyens a augmenté, parfois de façon dramatique.

Malgré le temps maussade de novembre, environ un millier de personnes ont occupé la rue Hollis, en face de l'Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse à Halifax, samedi.
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet
Énergétiquement, ça ne fait pas de sens. Économiquement, ça ne fait pas de sens, a affirmé samedi Jack Bailey, un des manifestants au centre-ville d’Halifax.
Il croit que la priorité risque d’être accordée aux exigences énergétiques du centre, au détriment de la population locale. À de nombreux endroits, l’arrivée de centres de données, réputés pour leurs énormes besoins en énergie, a entraîné une augmentation, parfois dramatique, de la facture d’électricité des contribuables.

Les risques de l'intelligence artificielle sont trop élevés, affirme ce manifestant, samedi à Halifax.
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet
En Nouvelle-Écosse, déjà, on utilise beaucoup de charbon et d'autres combustibles non renouvelables, souligne-t-il par ailleurs.
À pleine capacité de production, on estime que ce centre utilisera une quantité d'énergie qui représente environ un sixième de notre capacité globale de production d'électricité, a déclaré Rowan Swain, de l'organisme de bienfaisance Ecology Action Centre, présent au rassemblement de samedi. Cette information, affirme-t-il, vient du promoteur même du projet, EverWind.
EverWind affirme qu’elle paiera pour les mises à niveau du réseau électrique. Elles seront rapidement nécessaires et coûteront au minimum 74 millions $, d’après la Société indépendante d’exploitation du réseau d’électricité (IESO), une entité mise sur pied par le gouvernement provincial.

Tim Houston, premier ministre de la Nouvelle-Écosse, à la conférence de presse annonçant un projet de centre de données, le 16 octobre 2026, à Point Tupper.
Photo : CBC / Tom Ayers
À l’Assemblée législative, les partis d’opposition ont déploré le manque de consultations et l’absence de débat sur ce centre de données, annoncé quatre mois après que le premier ministre Houston eut affirmé qu’il n’était pas intéressé par ce genre de projets dans la province.
Le comté de Richmond n’était même pas au courant au moment où il y a eu l'annonce. Ç’a été une surprise pour tout le monde, a souligné en entrevue Benjamin Lauzon, organisateur de la manifestation qui s'est déroulée samedi à Port Hawkesbury, au Cap-Breton. En juin, même pas six mois passés, il a dit qu'il ne pensait même pas avoir un data centre, et tout d'un coup, c'était : c'est fait, c'est en chemin, et vous êtes chanceux.

Un manifestant aperçu samedi à Halifax a satirisé le premier ministre Tim Houston, jouant sur la ressemblance entre son nom et celui de Tim Horton.
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet
[Ça ne] va même pas servir le peuple de la Nouvelle-Écosse. Ça sert une entreprise américaine, au lieu de canadienne, et ça utilise notre électricité, renchérit Jack Bailey. Un centre de données pour soutenir de l'IA américaine, ça ne fait aucun sens, à mon avis.
En octobre, Tim Houston avait affirmé que l’accent mis par le gouvernement fédéral sur la souveraineté [canadienne] des données avait joué un rôle important dans son avis favorable d’un projet comme celui d’EverWind à Point Tupper.
Anthropic est une société américaine. Trent Vichie, le chef de la direction d’EverWind Fuels — comme le rappelait l’affiche brandie par un manifestant à Halifax samedi — est un Australien vivant aux États-Unis, qui a de surcroît fait près de 5000 $ en dons en 2024 pour la réélection de Donald Trump, comme le rapportait Halifax Examiner (nouvelle fenêtre) l’année dernière.

L'affiche d'un manifestant, samedi à Halifax, rappelle que le dirigeant d'EverWind, Trent Vichie — décrit à tort comme « nationaliste », plutôt que « ressortissant » (« national ») australien —, a donné en 2024 près de 5000 $ pour la réélection de Donald Trump.
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet
L’entreprise EverWind a tenu des séances d’information la semaine dernière. Mardi à D’Escousse, dans la municipalité de Richmond, des retraités se sont montrés plutôt d’accord avec la construction d’un centre de données pour l’IA. Ils ont dit avoir été témoins toute leur vie du manque d’emplois au Cap-Breton.
C'est fait comme ça quasiment par design, accuse Benjamin Lauzon. Ils laissent ça vague. Ils savent que les gens, ici, c'est une génération plus âgée. [...] Il y a beaucoup de gens qui ne savent même pas encore qu'il y a un centre de data AI qui s'en vient.
Toutefois, à Halifax, samedi, c’est une foule de tous âges qui s’est matérialisée.

Des gens d'âges divers ont pris part au rassemblement de samedi, à Halifax.
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet
Ce qui m'inquiète le plus, c'est pas une décision qui appartient juste a l'honorable Tim Houston, a raillé Benjamin Lauzon.
Il s'est auto-proclamé ministre de l’Énergie, rappelle-t-il.
Le premier ministre s'est en effet attribué ce portefeuille du 21 octobre 2025 au 27 mai 2026, lorsqu'il a placé le député Marco MacLeod dans le fauteuil de ministre de l'Énergie. Le 2 septembre suivant, Marco MacLeod démissionnait et Tim Houston reprenait ce ministère.
Les organisateurs des rassemblements de la fin de semaine demandent un moratoire sur tous les projets de centres de données consacrés à l’IA à grande échelle dans la province.

Des citoyens manifestent à Halifax, en Nouvelle-Écosse, le 7 novembre 2026 contre le centre de données pour alimenter l'intelligence artificielle proposé au Cap-Breton par EverWind.
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet
Selon Ned Zimmerman, qui se présente comme l’un des organisateurs, les centres de données d’IA à grande échelle sont des projets socialement destructeurs, irresponsables sur le plan environnemental.
Nous estimons que cette volonté d’intégrer l’IA dans tous les domaines soulève de nombreuses inquiétudes pour la société, et ce n’est pas le genre de chose que nous souhaitons voir imposée à nos communautés, à nos paysages, à nos écosystèmes et à nos populations, a-t-il soutenu.

L'intelligence artificielle n'en vaut pas les risques, affirme ce citoyen lors de la manifestation de samedi, à Halifax, en Nouvelle-Écosse.
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet
Le centre de données prévu devrait entrer en service en 2027 et consommer 95 mégawatts d’électricité lors de sa première phase. Une extension de 325 mégawatts est prévue pour mi-2028.
Un communiqué du bureau du premier ministre Houston prétend que le projet de centre de données ne sera mené à bien que s’il respecte les directives provinciales et fédérales, notamment en matière de protection de l’eau, de l’environnement, des tarifs d’électricité et des capacités de production.
Ottawa a annoncé cette année ses principes de développement responsable des centres de données (nouvelle fenêtre). Ces principes ne sont pas contraignants et ne sont enchâssés dans aucune loi fédérale ou provinciale, un fait critiqué par les partis d’opposition à Halifax.
EverWind n’a pas répondu à la demande de commentaires concernant ces manifestations.
Avec les informations de La Presse canadienne


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